Lorsqu’on analyse les causes du stress, on réalise que celles-ci ont beaucoup évolué au cours du dernier siècle. Les statistiques démontrent que malgré les nettes améliorations au niveau des conditions de travail, les gens travaillent de plus en plus et doivent faire face à un stress de plus en plus important. La société dans laquelle on vit nous oblige à penser davantage, à travailler plus fort et à réussir dans tout. Au nom du progrès, on s’est créé un nouvel état appelé le stress.
Pourtant le stress cause de grands dommages. Face à un danger imminent, la sécrétion hormonale et le niveau d’adrénaline augmentent considérablement, entraînant une irrigation moins importante du cerveau, tout en mettant les sens en alerte. Sous un stress quotidien, le corps réagit de la même façon mais l’état d’alerte, qui se transforme souvent en lutte intérieure, peut se prolonger indéfiniment. Cela peut causer des troubles physiques importants ou des désordres mentaux.
Les symptômes liés au stress varient beaucoup d’une personne à une autre et ils peuvent être déclenchés pour diverses raisons. Généralement, le stress se manifeste sous une forme de douleur qui indique que quelque chose doit cesser. La plupart du temps, lorsqu’on est stressé, un problème, même banal, peut sembler insurmontable tout comme une petite tâche peut porter au découragement. Certains se sentent continuellement épuisés, tandis que d’autres se créent des maladies imaginaires ou entrent dans des rages folles. Il ne faut jamais considérer le stress comme faisant partie du quotidien, ni comme un moyen de s’attirer la sympathie des autres.
La première étape pour combattre le stress est de reconnaître qu’il est la conséquence de notre mode de vie et de notre propre attitude. Lorsqu’on est trop exigent envers soi-même, tout ce que l’on fait peut être une cause de stress. On entend souvent les gens dire qu’ils travaillent mieux sous pression. Il y a là une part de vérité, mais lorsque la production d’adrénaline atteint un certain niveau, la pression entraîne inévitablement du stress. En tenant compte de nos limites, on peut réussir, mais en allant au-delà, on déclenche une vague de stress qui risque de nous emporter.
Les malaises dues au stress se manifestent sous forme de symptômes physiologiques ou psychologiques. Voici quelques signes révélateurs :
La solitude
On se sent isolé de sa famille, de ses amis et on a le sentiment d’être seul au monde.
L’insécurité
On se sent insécure en présence de gens avec qui on se sentait à l’aise. On peut croire que l’on est constamment jugé ou critiqué par les autres.
L’incapacité de se concentrer
Il devient difficile de se concentrer sur son travail, sur une tâche, etc.
Le désintéressement
On ne s’intéresse plus à ceux qui nous entourent ni à ce qui nous intéressait auparavant.
La fatigue et les troubles du sommeil
Bien que l’on se sente constamment fatigué, on n’arrive pas à trouver le sommeil.
Les pleurs et les sautes d’humeur
Le fait de pleurer souvent est un des symptômes les plus courants. On passe par des phases de grande joie à des phases d’abattement.
L’impatience et l’irritabilité
On peut sortir de ses gonds pour des raisons insignifiantes ou s’en prendre aux autres pour des peccadilles.
La nervosité
On ne peut rester sans rien faire, on se tourne les pouces, se ronge les ongles et on bouge constamment.
L’obsession du travail
On se réfugie dans le travail d’une façon désordonnée.
La compulsion
On ne peut s’abstenir de trop manger, boire, fumer ou de faire des achats d’une façon compulsive.
La perte d’appétit
La nourriture n’a plus d’attrait. On n’arrive plus à avaler quoi que ce soit.
La peur du silence
Le silence nous met dans un tel état que l’on éprouve le besoin de parler sans arrêt en présence de gens ou de laisser la radio ou la télévision en marche.
L’obsession de l’apparence
On focalise trop sur son apparence, sur le besoin d’entamer sans cesse des régimes, etc.
Finalement, on peut reconnaître que la vie puisse être stressante, sans que cela nous affecte trop. Il faut apprendre à respecter nos besoins et nos capacités afin de mieux contrôler le stress. Aucune personne n’est obligée de subir le stress et nous avons tous la capacité de le tenir en échec. Il ne tient qu’à nous de prendre les moyens pour l’éviter.
À lire :
– George, Mike, La Relaxation, Relâcher les tensions, Vaincre le stress, Libérer son esprit, Paris : Éditions Le Courrier du Livre, 2003
vendredi 10 juillet 2009
Analyse du stress
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Comptes rendus,
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St-Louis (Jean-Claude),
Stress
mardi 26 mai 2009
Sur le chemin des glaces : journal de marche (Werner Herzog)
Dans ce livre d’une écriture belle et poétique, le cinéaste allemand Werner Herzog relate une expérience assez singulière qu’il vécut au début de sa trentaine. Du 23 novembre au 14 décembre 1974, il entreprit une longue promenade, en solitaire, le menant de Munich à Paris. L’une de ses amies, Lotte Eisner, critique de cinéma, se trouvait à Paris, malade au point d’en mourir. Alors un peu pour conjurer le sort, pour déjouer la mort, il décida d’aller la retrouver à pied, ayant la certitude que, ce faisant, elle survivrait.
Son petit carnet de notes, qu’il donne à lire, est un récit formidable, rempli d’observations et de réflexions. Il parle de ce que la marche offre, à voir et à penser. Il parle de ce que signifie l’épreuve et de la manière de la surmonter. Car il faut le dire, son périple ne fut pas facile. Il dut affronter le froid, le vent, la violente tempête, les nuages bas, la pluie, l’eau qui dégouline, le grésil et la neige brûlante en plein visage, le corps qui souffre (douleurs aux pieds et aux jambes), l’épuisement et, parfois, l’envie de rebrousser chemin, de faire demi-tour, d’interrompre ce projet, en apparence, si insensé.
Il marcha à travers des champs et des forêts, parfois le long d’une nationale. Il emprunta des sentiers de montagne et il dormit dans des granges à foin ou des maisons inhabitées. Il trouva parfois refuge dans les abris d’autobus et fit de brèves haltes de repos à proximité des monuments aux morts et dans quelques auberges. Trouver un gîte pour la nuit devint souvent périlleux.
Le paysage l’invita à la réflexion. Les impressions nées de cette longue et périlleuse marche sont savoureuses. Tant de choses passent dans la tête du marcheur. L’odeur des champs est si puissante. En marchant, on rencontre des masses de choses jetées. Marcher fait souffrir aussi. La soif est parfois si forte que le marcheur n’en vient qu’à penser en terme de soif. En marchant, toutes sortes de bruits se font entendre. L’air s’emplit de sifflements, l’oreille est à l’écoute.
Le marcheur fait l’expérience du silence et de la formidable solitude. Herzog le ressentit vivement en s’enfonçant dans une forêt : « Quelle qualité de silence autour de moi ! » À d’autres instants, la solitude de la forêt, dans sa profondeur ténébreuse, rappelait le silence de mort, le vent seul s’agitant. La solitude est-elle bénéfique ? « Oui, assurément, répond l’auteur, elle nous ouvre à des intuitions dramatiques de l’avenir. »
Dans les instants de parfaite harmonie, d’euphorie avec lui-même, comme en suspens, où l’air est d’une pureté et d’une fraîcheur parfaites, d’agréables sensations envahissent le marcheur.
Tout au long du chemin, les buses l’accompagnèrent. Des souris, il en vit en grand nombre. Elles bruissaient dans l’herbe couchée. Seul celui qui marche voit les souris et se lie d’amitié avec elles. Et il y a tant de chiens. En voiture, ça se dérobe à notre perception, comme les odeurs de foin et les arbres gémissants. Un corbeau se posa sur le toit d’une maison, la tête dans les épaules, ne bougeant pas, sous la pluie. Longtemps, il était encore là, grelottant, solitaire et calme. Un sentiment de fraternité monta en Herzog et la solitude l’envahit. Il vécut ainsi de longs moments où il ne dit pas mot à qui que ce soit, où il ne vit personne. À force de solitude, la voix déraillait, ne pouvant que pépier.
Il vit des villages abandonnés du monde et des gens fatigués, des villes horribles et des lieux entièrement déserts, sans hommes ni refuges.
Dans ce journal de marche, le passage du réel à l’imaginaire se succède, la randonnée fournissant la nourriture nécessaire à l’imagination. Lorsque l’auteur rencontrait des moments de déprime, il dialoguait longuement avec lui-même et les personnages imaginaires de son cinéma.
La marche ! Chacun de nous devrait marcher. Herzog, lui, il se sentit voler à skis.
***
Herzog, Werner. Sur le chemin des glaces : Munich-Paris du 23-11 au 14-12-1974 ; traduit de l’allemand par Anne Dutter. Paris : Payot : Rivages, c1996, 113 p. (ISBN : 2-228-88991-1)
- Compte rendu de Chartrand Saint-Louis
Son petit carnet de notes, qu’il donne à lire, est un récit formidable, rempli d’observations et de réflexions. Il parle de ce que la marche offre, à voir et à penser. Il parle de ce que signifie l’épreuve et de la manière de la surmonter. Car il faut le dire, son périple ne fut pas facile. Il dut affronter le froid, le vent, la violente tempête, les nuages bas, la pluie, l’eau qui dégouline, le grésil et la neige brûlante en plein visage, le corps qui souffre (douleurs aux pieds et aux jambes), l’épuisement et, parfois, l’envie de rebrousser chemin, de faire demi-tour, d’interrompre ce projet, en apparence, si insensé.
Il marcha à travers des champs et des forêts, parfois le long d’une nationale. Il emprunta des sentiers de montagne et il dormit dans des granges à foin ou des maisons inhabitées. Il trouva parfois refuge dans les abris d’autobus et fit de brèves haltes de repos à proximité des monuments aux morts et dans quelques auberges. Trouver un gîte pour la nuit devint souvent périlleux.
Le paysage l’invita à la réflexion. Les impressions nées de cette longue et périlleuse marche sont savoureuses. Tant de choses passent dans la tête du marcheur. L’odeur des champs est si puissante. En marchant, on rencontre des masses de choses jetées. Marcher fait souffrir aussi. La soif est parfois si forte que le marcheur n’en vient qu’à penser en terme de soif. En marchant, toutes sortes de bruits se font entendre. L’air s’emplit de sifflements, l’oreille est à l’écoute.
Le marcheur fait l’expérience du silence et de la formidable solitude. Herzog le ressentit vivement en s’enfonçant dans une forêt : « Quelle qualité de silence autour de moi ! » À d’autres instants, la solitude de la forêt, dans sa profondeur ténébreuse, rappelait le silence de mort, le vent seul s’agitant. La solitude est-elle bénéfique ? « Oui, assurément, répond l’auteur, elle nous ouvre à des intuitions dramatiques de l’avenir. »
Dans les instants de parfaite harmonie, d’euphorie avec lui-même, comme en suspens, où l’air est d’une pureté et d’une fraîcheur parfaites, d’agréables sensations envahissent le marcheur.
Tout au long du chemin, les buses l’accompagnèrent. Des souris, il en vit en grand nombre. Elles bruissaient dans l’herbe couchée. Seul celui qui marche voit les souris et se lie d’amitié avec elles. Et il y a tant de chiens. En voiture, ça se dérobe à notre perception, comme les odeurs de foin et les arbres gémissants. Un corbeau se posa sur le toit d’une maison, la tête dans les épaules, ne bougeant pas, sous la pluie. Longtemps, il était encore là, grelottant, solitaire et calme. Un sentiment de fraternité monta en Herzog et la solitude l’envahit. Il vécut ainsi de longs moments où il ne dit pas mot à qui que ce soit, où il ne vit personne. À force de solitude, la voix déraillait, ne pouvant que pépier.
Il vit des villages abandonnés du monde et des gens fatigués, des villes horribles et des lieux entièrement déserts, sans hommes ni refuges.
Dans ce journal de marche, le passage du réel à l’imaginaire se succède, la randonnée fournissant la nourriture nécessaire à l’imagination. Lorsque l’auteur rencontrait des moments de déprime, il dialoguait longuement avec lui-même et les personnages imaginaires de son cinéma.
La marche ! Chacun de nous devrait marcher. Herzog, lui, il se sentit voler à skis.
***
Herzog, Werner. Sur le chemin des glaces : Munich-Paris du 23-11 au 14-12-1974 ; traduit de l’allemand par Anne Dutter. Paris : Payot : Rivages, c1996, 113 p. (ISBN : 2-228-88991-1)
- Compte rendu de Chartrand Saint-Louis
jeudi 14 mai 2009
Érotisme vs Pornographie
Érotisme ou pornographie : Sacré ou profane ? Intérieur ou extérieur ?
Y a-t-il là dichotomie irréductible ou bien sommes-nous dans un continuum différemment perçu selon les époques ?
Voici ce qu’en pensait Henry Miller cité par Philippe Djian sur son Ardoise (Paris: Julliard, 2002). Un écrivain doit-il aborder la pornographie ?
" ... les prudents se réfugient dans l’érotisme - voyez leur sourire satisfait, leur jardin à la française, humez leur parfum suranné -, les autres, ceux qui croient encore à quelque chose, devront se battre à mains nues : pas de production hollywoodienne ni panoplie de métaphores chatoyantes. Pas de faux-fuyants ni de poudre aux yeux : juste le vocabulaire de base, sec et dur à s’en briser les mâchoires. Pas de clin d’œil, de complicité, de connivence avec le lecteur, ce qui est le fond de commerce de l’érotisme, non, pas de cette vulgarité là. Pas de cette pudeur autrement nauséabonde qui ravale la sexualité au rang de l’entertainment.
Regarder la sexualité en face, et se donner ainsi les moyens d’y comprendre quelque chose (quelles forces animent quoi - ou qui si l’on veut faire plus court), passe obligatoirement par la pornographie, à moins que l’on ne choisisse de piétiner sur place. Malheureusement, il n’y a pas de pornographie dans les sex-shops, il n’y a que de la merde, et il faut chercher la pornographie là où elle se trouve : chez les rares cinéastes et les quelques écrivains qui l’ont considérée comme un matériau noble, consubstantiel à la nature humaine et donc fichtrement digne d’intérêt.
... et si la seule réalité, le meilleur moyen de "penser notre époque" était contenu dans une scène de baise ? Si le miroir le plus juste de notre société s’y trouvait concentré ? Si l’on pouvait y décrypter la somme de nos terreurs, de nos angoisses, de nos joies et de nos peines, je veux dire de notre condition, ici et maintenant ? Et d’une manière plus triviale, si notre façon de baiser, les rapports que nous entretenons avec le sexe, comme nous en parlons et comme nous le pratiquons, avec quels mots, quelle brutalité, quels silences, et dans quelles positions, et avant, et après, et dans quel état d’esprit, et dans quelle intention, et avec quelle part de nous-mêmes, et jusqu’où, et pourquoi... et si toutes ces questions amenaient une réponse, si l’on consentait à les considérer objectivement une seule minute, ne se trouverait-on pas en présence du plus magistral instantané que l’on puisse espérer, de la plus sensible esquisse de la réalité ?
Ceci dit, vous faites comme vous voulez."
– Billet de Jean-Louis MILLET
Y a-t-il là dichotomie irréductible ou bien sommes-nous dans un continuum différemment perçu selon les époques ?
Voici ce qu’en pensait Henry Miller cité par Philippe Djian sur son Ardoise (Paris: Julliard, 2002). Un écrivain doit-il aborder la pornographie ?
" ... les prudents se réfugient dans l’érotisme - voyez leur sourire satisfait, leur jardin à la française, humez leur parfum suranné -, les autres, ceux qui croient encore à quelque chose, devront se battre à mains nues : pas de production hollywoodienne ni panoplie de métaphores chatoyantes. Pas de faux-fuyants ni de poudre aux yeux : juste le vocabulaire de base, sec et dur à s’en briser les mâchoires. Pas de clin d’œil, de complicité, de connivence avec le lecteur, ce qui est le fond de commerce de l’érotisme, non, pas de cette vulgarité là. Pas de cette pudeur autrement nauséabonde qui ravale la sexualité au rang de l’entertainment.
Regarder la sexualité en face, et se donner ainsi les moyens d’y comprendre quelque chose (quelles forces animent quoi - ou qui si l’on veut faire plus court), passe obligatoirement par la pornographie, à moins que l’on ne choisisse de piétiner sur place. Malheureusement, il n’y a pas de pornographie dans les sex-shops, il n’y a que de la merde, et il faut chercher la pornographie là où elle se trouve : chez les rares cinéastes et les quelques écrivains qui l’ont considérée comme un matériau noble, consubstantiel à la nature humaine et donc fichtrement digne d’intérêt.
... et si la seule réalité, le meilleur moyen de "penser notre époque" était contenu dans une scène de baise ? Si le miroir le plus juste de notre société s’y trouvait concentré ? Si l’on pouvait y décrypter la somme de nos terreurs, de nos angoisses, de nos joies et de nos peines, je veux dire de notre condition, ici et maintenant ? Et d’une manière plus triviale, si notre façon de baiser, les rapports que nous entretenons avec le sexe, comme nous en parlons et comme nous le pratiquons, avec quels mots, quelle brutalité, quels silences, et dans quelles positions, et avant, et après, et dans quel état d’esprit, et dans quelle intention, et avec quelle part de nous-mêmes, et jusqu’où, et pourquoi... et si toutes ces questions amenaient une réponse, si l’on consentait à les considérer objectivement une seule minute, ne se trouverait-on pas en présence du plus magistral instantané que l’on puisse espérer, de la plus sensible esquisse de la réalité ?
Ceci dit, vous faites comme vous voulez."
– Billet de Jean-Louis MILLET
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Sexualité
lundi 19 janvier 2009
Il était du troupeau
Il y était né. Il y avait été élevé et tout avait été fait pour l’y tenir serré.
Un milieu familial toujours assujetti à de petits nobliaux campagnards ou de grands bourgeois parisiens avait cultivé à l’envie l’art du « Ne parle pas si on ne te demande rien » ou encore « Ne regarde pas les gens en face, c’est effronté, ça ne se fait pas », premiers éléments vers une forme larvée de la servitude.
De l’église alors omniprésente, de cathés en patros en passant par colos et confessionnaux, les curés pilonnaient les jeunes ouailles à eux confiées avec le devoir d’état et d’obéissance absolue à ceux qui sont au-dessus afin de plaire à Dieu. Et carte de pointage pour les présences à la messe s’il vous plaît (ou non d’ailleurs, c’était pareil).... Il en était.
L’école de la République elle-même vous rangeait savamment en cases désignées, orientées, tout ce petit monde qu’elle avait à préparer pour la vie active alors dite professionnelle. Là d’où il était, - d’où i’venais - c’était le cours complémentaire. Il devait lui permettre d’aller un peu au-delà du certif’, jusqu’au brevet élémentaire même, pourquoi pas, si ses moyens et son travail...
Au bout de ce tunnel de quinze ans, un expert de l’orientation scolaire le voua au métier de tourneur. Selon lui, il en avait toutes les qualités. Il manquait d’une, fondamentale, ce qui le mettait selon lui en totale contradiction avec ce projet : il avait une réelle aversion pour le travail du métal, ses mains noires et graisseuses alors que le bois est si doux au toucher, poncé à grain fin n’a-t-il pas le soyeux d’une peau, de celle du haut de l’intérieur d’une cuisse au plus près de l’intimité... Si au moins il avait dit menuisier cet homme, sans doute que...
Fer et bois, matériaux on connaissait "bien", le CC à côté des matières scolaires classiques d’un cursus adapté sixième/troisième, offrait en effet du travail en atelier une fois par semaine. Mais il était expert, n’est-ce pas, cet homme, dans l’art de fournir de la matière vive à l’enseignement professionnel.
Au programme d’alors au CC, la physique et la chimie. La physique, un peu abstraite, mais la chimie, Ah ! la chimie ! Selon lui, une voie toute tracée. Prestige de la blouse blanche ? Il ne savait, mais son choix fut vite fait.
Sans diplôme. Deux lettres de "motivation". Deux réponses positives. Heureux temps du plein emploi du début des "trente glorieuses"....
Ça devint mon métier.
J’entrais donc dans le monde d’une progression marche par marche toujours aidé/coopté par un certain de la marche du dessus. Une méthode d’aspiration ascendante depuis longtemps rodée pour garantir le bon fonctionnement de tout le système.
Dix sept années de cours du soir suivies de deux années d’école plein temps, soit dix-neuf ans plus tard, je décrochais un titre d’ingénieur, un vrai, pas au rabais. Major de promo même que j’étais face à des petits jeunes qui avaient faits les classes préparatoires. Bête de somme, en somme, fruit du système et fière de l’être !
Ainsi capé, je changeais d’orientation. Par aspiration. Nouveau domaine, le commerce dans la science. Il faut quand même des bases, non ?
Là, plus de cours et de diplômes à passer, mais toujours l’ascension verticale avec les ressorts - ou miroirs ? - travail/compétence. Ainsi, je montais, montais comme la petite bête - ou le gros bêta - jusqu’à un perchoir, sans l’avoir voulu tout en l’ayant recherché plus ou moins, consciemment et/ou non.
Le système est bien huilé - vaseliné serait grossier - même si soudain la contradiction vous pète à la gueule, littéralement. J’étais là pour mettre en forme ces messages qui doivent faire passer les « Mais, si... » pour des « Longs termes », ces pilules, petites et grosses, qui font mal, qui tuent l’espoir, qui brisent des vies au profit du... profit. Profit de ceux qui ont imaginé, mis en place, entretenu depuis si longtemps l’aspirateur. Ces rois du management sans ménagement car, par hasard - mais y en a-t-il ? - , le mot manager ne viendrait-il pas de "faire le ménage" tout autour afin que les subalternes puissent travailler dans les meilleurs conditions possibles de... rentabilité pour la pompe à profit!
Bien sûr au cours de cette période il y eut beaucoup d’autres messages sous beaucoup de forme, sympas ceux-ci, même si ce n’étaient que des carottes ou des poignées de queues de cerises... Mais il y avait les autres, putain ! les autres.
Et on est là au cœur de la toile, englueur englué, à se débattre malgré tout, à tenter d’user le plus souvent possible de méthodes marginales, au rencard du système dominant, trop naturelles sans doute car sans assez de pression...
Mais l’araigne règne, et la pression, concurrentielle celle-ci, pour ce poste prisé, vous satellise un jour avant de vous débarquer sur le bas côté. Comme ça, comme scorie. Comme les autres. Le train doit continuer son chemin sur les rails en vigueur n’est-ce pas, sans quoi, où irions-nous ?
Longtemps colère et soulagement se mêlèrent en moi intimement, semant le trouble et le tourment, avant que le soulagement l’emporte. Alors, calme revenu, mon propre ménage devint possible ! De sous la poussière je remis au jour certaines vérités qui m’étaient chères...
puis, du plumeau j’ai retiré une plume...
– Nouvelle de Jean-Louis MILLET
Un milieu familial toujours assujetti à de petits nobliaux campagnards ou de grands bourgeois parisiens avait cultivé à l’envie l’art du « Ne parle pas si on ne te demande rien » ou encore « Ne regarde pas les gens en face, c’est effronté, ça ne se fait pas », premiers éléments vers une forme larvée de la servitude.
De l’église alors omniprésente, de cathés en patros en passant par colos et confessionnaux, les curés pilonnaient les jeunes ouailles à eux confiées avec le devoir d’état et d’obéissance absolue à ceux qui sont au-dessus afin de plaire à Dieu. Et carte de pointage pour les présences à la messe s’il vous plaît (ou non d’ailleurs, c’était pareil).... Il en était.
L’école de la République elle-même vous rangeait savamment en cases désignées, orientées, tout ce petit monde qu’elle avait à préparer pour la vie active alors dite professionnelle. Là d’où il était, - d’où i’venais - c’était le cours complémentaire. Il devait lui permettre d’aller un peu au-delà du certif’, jusqu’au brevet élémentaire même, pourquoi pas, si ses moyens et son travail...
Au bout de ce tunnel de quinze ans, un expert de l’orientation scolaire le voua au métier de tourneur. Selon lui, il en avait toutes les qualités. Il manquait d’une, fondamentale, ce qui le mettait selon lui en totale contradiction avec ce projet : il avait une réelle aversion pour le travail du métal, ses mains noires et graisseuses alors que le bois est si doux au toucher, poncé à grain fin n’a-t-il pas le soyeux d’une peau, de celle du haut de l’intérieur d’une cuisse au plus près de l’intimité... Si au moins il avait dit menuisier cet homme, sans doute que...
Fer et bois, matériaux on connaissait "bien", le CC à côté des matières scolaires classiques d’un cursus adapté sixième/troisième, offrait en effet du travail en atelier une fois par semaine. Mais il était expert, n’est-ce pas, cet homme, dans l’art de fournir de la matière vive à l’enseignement professionnel.
Au programme d’alors au CC, la physique et la chimie. La physique, un peu abstraite, mais la chimie, Ah ! la chimie ! Selon lui, une voie toute tracée. Prestige de la blouse blanche ? Il ne savait, mais son choix fut vite fait.
Sans diplôme. Deux lettres de "motivation". Deux réponses positives. Heureux temps du plein emploi du début des "trente glorieuses"....
Ça devint mon métier.
J’entrais donc dans le monde d’une progression marche par marche toujours aidé/coopté par un certain de la marche du dessus. Une méthode d’aspiration ascendante depuis longtemps rodée pour garantir le bon fonctionnement de tout le système.
Dix sept années de cours du soir suivies de deux années d’école plein temps, soit dix-neuf ans plus tard, je décrochais un titre d’ingénieur, un vrai, pas au rabais. Major de promo même que j’étais face à des petits jeunes qui avaient faits les classes préparatoires. Bête de somme, en somme, fruit du système et fière de l’être !
Ainsi capé, je changeais d’orientation. Par aspiration. Nouveau domaine, le commerce dans la science. Il faut quand même des bases, non ?
Là, plus de cours et de diplômes à passer, mais toujours l’ascension verticale avec les ressorts - ou miroirs ? - travail/compétence. Ainsi, je montais, montais comme la petite bête - ou le gros bêta - jusqu’à un perchoir, sans l’avoir voulu tout en l’ayant recherché plus ou moins, consciemment et/ou non.
Le système est bien huilé - vaseliné serait grossier - même si soudain la contradiction vous pète à la gueule, littéralement. J’étais là pour mettre en forme ces messages qui doivent faire passer les « Mais, si... » pour des « Longs termes », ces pilules, petites et grosses, qui font mal, qui tuent l’espoir, qui brisent des vies au profit du... profit. Profit de ceux qui ont imaginé, mis en place, entretenu depuis si longtemps l’aspirateur. Ces rois du management sans ménagement car, par hasard - mais y en a-t-il ? - , le mot manager ne viendrait-il pas de "faire le ménage" tout autour afin que les subalternes puissent travailler dans les meilleurs conditions possibles de... rentabilité pour la pompe à profit!
Bien sûr au cours de cette période il y eut beaucoup d’autres messages sous beaucoup de forme, sympas ceux-ci, même si ce n’étaient que des carottes ou des poignées de queues de cerises... Mais il y avait les autres, putain ! les autres.
Et on est là au cœur de la toile, englueur englué, à se débattre malgré tout, à tenter d’user le plus souvent possible de méthodes marginales, au rencard du système dominant, trop naturelles sans doute car sans assez de pression...
Mais l’araigne règne, et la pression, concurrentielle celle-ci, pour ce poste prisé, vous satellise un jour avant de vous débarquer sur le bas côté. Comme ça, comme scorie. Comme les autres. Le train doit continuer son chemin sur les rails en vigueur n’est-ce pas, sans quoi, où irions-nous ?
Longtemps colère et soulagement se mêlèrent en moi intimement, semant le trouble et le tourment, avant que le soulagement l’emporte. Alors, calme revenu, mon propre ménage devint possible ! De sous la poussière je remis au jour certaines vérités qui m’étaient chères...
puis, du plumeau j’ai retiré une plume...
– Nouvelle de Jean-Louis MILLET
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Nouvelles
dimanche 30 novembre 2008
Consultation
La consultation est facilitée par l'usage de mots-clés. Un classement est fait par rédacteurs et auteurs cités.
Il est possible de connaître toutes les publications d’un rédacteur en cliquant sur son nom dans la liste des rédacteurs. Le chiffre entre parenthèses à la suite du nom renvoie au nombre d'articles publiés par ce rédacteur.
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Le Petit Portail d'Albert
vendredi 28 novembre 2008
Aphorismes zen
« Le corps est l’étui fragile qui, durant un certain nombre d’années, renferme ton âme. »
Bouddha
« La seule loi de l’univers qui ne soit pas soumise au changement est que tout change, tout est impermanent. »
Bouddha
« L’homme qui, au lieu de mettre de l’huile dans sa lampe, l’alimente avec de l’eau, ne dissipera pas les ténèbres qui l’entourent. »
Bouddha
« La force est l’arme de ceux qui ont tort. »
Bouddha
« N’interrogez pas le silence car il est muet... c’est en nous même que nous devons chercher la délivrance. »
Bouddha
« Les hommes dès qu’ils naissent sont exposés à la mort. Jeunes et vieux, ignorants et savants, tous mourront. Ce n’est ni par les plaintes, ni par le désespoir que l’on atteint à la paix de l’âme. »
Bouddha
« La mort est sourde, elle n’entend pas la voix de l’amour. »
Bouddha
« Celui qui désire la paix du cœur doit arracher de sa blessure la flèche de la peine, la plainte et la lamentation... »
Bouddha
« Rien n’échappe à la censure des hommes ; ils critiquent celui qui demeure silencieux, ils blâment celui qui parle, ils murmurent contre celui qui prêche la voie droite. Mais cela importe peu ; faites le bien et laissez parler les autres ! »
Bouddha
« Comme un long fleuve la vie n’est magnifique qu’en offrant de multiples méandres. »
Chen Ziang
« Fermer les yeux pour tout voir, et mourir les yeux ouverts. »
F. Pagny
« Écrase le tronc du cerisier, tu ne trouves pas de fleurs. C’est le ciel du printemps qui a apporté les fleurs. »
Ikkyû
« La lune claire se reflète dans des milliers de fleuves. »
Ikkyû
« Gagner ou perdre est l’inscience qui fait croire à la personnalité et au Moi. »
Ikkyû
« Écoutez seulement avec attention le vent dans les pins et les cèdres. »
Ryonen Genso
« La pureté du vent, la clarté de la lune, qui peut les peindre ? »
Deshimaru
« Une seule cause ne produit pas un seul effet. »
Deshimaru
« Quand le vent souffle vers l’ouest, le nuage va vers l’ouest. »
Deshimaru
« Lorsqu’on obtient une chose, on en perd une autre ! »
Deshimaru
« Agir sans but ni profit est l’attitude exacte. »
Dogen
« Ici et maintenant contient l’éternité, ici et maintenant seul existe. »
Dogen
« En bateau sur l’océan, si nous regardons dans toutes les directions, l’océan nous semble rond. »
Dogen
« Si l’on ne regarde qu’un seul côté, l’autre côté reste obscur. »
Dogen
« La pluie lave, le vent polit. »
Deshimaru
« Nous ne pouvons pas voir la montagne lorsque nous sommes au sommet. »
Deshimaru
« La lumière est le monde des différences, dans l’obscurité règne l’identité. »
Deshimaru
« L’ombre des actes est indélébile. »
Prajnaparamita S.
« C’est en se lamentant qu’on devient lamentable ! »
B. Leblanc-Halmos
« Nous donnons toujours un sol fertile à nos démons ! »
M. de Smedt
– Aphorismes recueillis par Jean-Louis MILLET
Bouddha
« La seule loi de l’univers qui ne soit pas soumise au changement est que tout change, tout est impermanent. »
Bouddha
« L’homme qui, au lieu de mettre de l’huile dans sa lampe, l’alimente avec de l’eau, ne dissipera pas les ténèbres qui l’entourent. »
Bouddha
« La force est l’arme de ceux qui ont tort. »
Bouddha
« N’interrogez pas le silence car il est muet... c’est en nous même que nous devons chercher la délivrance. »
Bouddha
« Les hommes dès qu’ils naissent sont exposés à la mort. Jeunes et vieux, ignorants et savants, tous mourront. Ce n’est ni par les plaintes, ni par le désespoir que l’on atteint à la paix de l’âme. »
Bouddha
« La mort est sourde, elle n’entend pas la voix de l’amour. »
Bouddha
« Celui qui désire la paix du cœur doit arracher de sa blessure la flèche de la peine, la plainte et la lamentation... »
Bouddha
« Rien n’échappe à la censure des hommes ; ils critiquent celui qui demeure silencieux, ils blâment celui qui parle, ils murmurent contre celui qui prêche la voie droite. Mais cela importe peu ; faites le bien et laissez parler les autres ! »
Bouddha
« Comme un long fleuve la vie n’est magnifique qu’en offrant de multiples méandres. »
Chen Ziang
« Fermer les yeux pour tout voir, et mourir les yeux ouverts. »
F. Pagny
« Écrase le tronc du cerisier, tu ne trouves pas de fleurs. C’est le ciel du printemps qui a apporté les fleurs. »
Ikkyû
« La lune claire se reflète dans des milliers de fleuves. »
Ikkyû
« Gagner ou perdre est l’inscience qui fait croire à la personnalité et au Moi. »
Ikkyû
« Écoutez seulement avec attention le vent dans les pins et les cèdres. »
Ryonen Genso
« La pureté du vent, la clarté de la lune, qui peut les peindre ? »
Deshimaru
« Une seule cause ne produit pas un seul effet. »
Deshimaru
« Quand le vent souffle vers l’ouest, le nuage va vers l’ouest. »
Deshimaru
« Lorsqu’on obtient une chose, on en perd une autre ! »
Deshimaru
« Agir sans but ni profit est l’attitude exacte. »
Dogen
« Ici et maintenant contient l’éternité, ici et maintenant seul existe. »
Dogen
« En bateau sur l’océan, si nous regardons dans toutes les directions, l’océan nous semble rond. »
Dogen
« Si l’on ne regarde qu’un seul côté, l’autre côté reste obscur. »
Dogen
« La pluie lave, le vent polit. »
Deshimaru
« Nous ne pouvons pas voir la montagne lorsque nous sommes au sommet. »
Deshimaru
« La lumière est le monde des différences, dans l’obscurité règne l’identité. »
Deshimaru
« L’ombre des actes est indélébile. »
Prajnaparamita S.
« C’est en se lamentant qu’on devient lamentable ! »
B. Leblanc-Halmos
« Nous donnons toujours un sol fertile à nos démons ! »
M. de Smedt
– Aphorismes recueillis par Jean-Louis MILLET
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mardi 2 septembre 2008
Edward Burtynsky ou l’homme aux yeux verts
Verts comme vifs. Verts comme vivants. Verts comme veilleurs. Verts comme écolo... Ainsi qualifierais-je Edward Burtynsky, photographe canadien, traqueur d’images de l’impact des hommes sur la nature.
Je l’ai découvert dans une revue d’art française avec des photos rapportées de Chine. Toutes montraient le gigantisme et la standardisation à l’œuvre au cœur des cités nouvelles comme dans les usines. Après avoir vu ceci, l’invasion du marché occidental par les produits chinois devenait une simple évidence, un fait inéluctable.
Plus récemment, j’ai pu voir certaines de ses photos sur le thème des carrières à ciel ouvert. J’ai été accroché par les vues de Carrare en Italie, haut lieu du marbre blanc, site et matériau cher à l’un des géants de l’art de la Renaissance florentine, Michelangelo Buonarroti. Les excavations présentées étaient gigantesques et montraient des fronts de taille d’une très grande rigueur rectiligne. Prises du dessus, elles semblaient issues du dessein - ou dessin qui sait ? - d’un maître de l’abstraction. Sur l’une des photos, une sorte de rebus de blocs informes et de "restes" industriels. J’imaginais le Florentin réclamant contre toute attente l’un de ces blocs déchus comme il l’avait fait cinq siècles plus tôt et lui donner vie en un nouveau David de génie.
D’autres carrières étaient présentées, notamment celles de Barre dans le Vermont et de Makrana au Rajasthan, montrant la transformation catastrophique apportée à l’environnement par un travail d’exploitation des ressources naturelles conduit sans le moindre respect de la nature.
Curiosité à vif, j’ai cherché sur le web le site du photographe (1). Et là, j’ai été confronté à des séries de photos envoûtantes, d’une grande beauté formelle jusque et y compris dans la description de décharges où nous, humains, laissons traîner nos déchets, pneus et vieux métaux, méga-poubelles qualifiées de "Urban Mines" par l’artiste, ou bien encore dans celle des chantiers navals ( série "Ships" ), des champs pétrolifères ( série "Oil" ) ou encore du projet colossal des Trois Gorges en Chine .... Autant de dénonciations de notre incurie.
La cinéaste Jennifer Baichwal (2) a suivi Edward Burtynsky dans son déplacement en Chine et en a tiré un documentaire "Manufactured Landscapes" (3).
N’ayant pas eu l’occasion de voir ce film en France, j’ai demandé à Chartrand Saint-Louis qui avait assisté à sa projection au Canada ce qui en ressortait.
« Ce documentaire montre avec quelle frénésie la Chine se modernise et saccage son environnement. Cela laisse entrevoir clairement que les efforts pour freiner les émissions de gaz à effet de serre vont être pratiquement "annulés" par ces sociétés en émergence, la Chine et l’Inde, dont les besoins énergétiques sont énormes et sans cesse croissants. Il est évident qu’elles ne vont pas stopper leurs objectifs de développement. Les pronostics étaient déjà si alarmants. Il y a longtemps qu’il aurait fallu prendre des mesures pour restreindre les transports (gros pollueurs) et agir sur bien d’autres fronts. Rien ne va assez vite. À la fin de la projection, je me demandais : va-t-on s’en sortir ? Devant tant d’inconsciences, tant de tergiversations, il semble qu’on ne puisse que baisser les bras. D’un autre côté, à l’égard de cette menace gigantesque (la dégradation fulgurante de l’environnement), on est amené à relativiser ses "petits ennuis". Ça nous ramène à l’essentiel et nous éloigne des futilités... qui sont légion. » (4)
J’ai senti la nécessité de répondre en ces termes.
« Je comprends pleinement que l’on soit choqué par l’attitude des Chinois ou des Indiens vis-à-vis de l’environnement et je le suis moi-même... parfois ! Mais...
Mais l’Occident ne peut leur jeter la pierre, encore moins se dresser en grand gardien du bien de tous. Pour cela, il nous aurait fallu être irréprochables par le passé, car seule l’exemplarité peut porter, comme je l’exposais en son temps dans une réflexion sur les droits de l’homme et leurs perceptions en Europe et en Asie : « Droits de l’Homme... peut-on concilier des cultures opposées ? » (5) Nous récoltons aujourd’hui ce qu’hier nous avons semé dans ces pays alors assujettis. Notre seule chance d’influer maintenant sur les choix écologiques de ces États en plein boom économique est dans la mise au point, au plus vite, de systèmes de remplacement propres. Notre technologie le permet sans aucun doute lorsque l’on voit ce que le militaire est à même de faire et les sommes qui s’y engloutissent, la preuve par l’absurde que les moyens existent. Reste aux gouvernants à l’imposer. En ont-ils la possibilité face aux lobbies et aux multinationales ? Là est la vraie question, je crois. En tant que citoyens des démocraties, nous avons donc, à notre niveau, notre mot - notre bulletin plutôt - à glisser dans le débat. » (4)
Sur quoi Chartrand a conclu :
« ... Cette poursuite du développement sous toutes les latitudes est une catastrophe. Une pure catastrophe. Il y a longtemps que nous aurions dû redéfinir le concept de "développement". » (4)
Edward Burtynsky ou comment un homme peut mettre son art - immense - au service de la cause absolument prioritaire de la protection de l’environnement et susciter le débat qui doit impérativement voir le jour.
- Billet de Jean-Louis MILLET
(1) Edward Burtynsky (Photographics Works) ;
(2) Jennifer Baichwal - Northern Stars ;
(3) Manufactured Landscapes, voir aussi Paysages Fabriqués (Manufactured Landscapes) (2006) de Jennifer Baichwal ;
(4) Conversation virtuelle (courriels) entre Chartrand Saint-Louis et Jean-Louis Millet (en date du 8 octobre 2007) ;
(5) Zen évasion (26 novembre 2005).
Nous vous invitons à consulter la page consacrée à Edward Burtynsky chez Artsy qui fournit aux visiteurs des listes d'expositions mises à jour, plus de 90 de ses œuvres et des articles exclusifs. La page comprend également des artistes et catégories connexes.
Je l’ai découvert dans une revue d’art française avec des photos rapportées de Chine. Toutes montraient le gigantisme et la standardisation à l’œuvre au cœur des cités nouvelles comme dans les usines. Après avoir vu ceci, l’invasion du marché occidental par les produits chinois devenait une simple évidence, un fait inéluctable.
Plus récemment, j’ai pu voir certaines de ses photos sur le thème des carrières à ciel ouvert. J’ai été accroché par les vues de Carrare en Italie, haut lieu du marbre blanc, site et matériau cher à l’un des géants de l’art de la Renaissance florentine, Michelangelo Buonarroti. Les excavations présentées étaient gigantesques et montraient des fronts de taille d’une très grande rigueur rectiligne. Prises du dessus, elles semblaient issues du dessein - ou dessin qui sait ? - d’un maître de l’abstraction. Sur l’une des photos, une sorte de rebus de blocs informes et de "restes" industriels. J’imaginais le Florentin réclamant contre toute attente l’un de ces blocs déchus comme il l’avait fait cinq siècles plus tôt et lui donner vie en un nouveau David de génie.
D’autres carrières étaient présentées, notamment celles de Barre dans le Vermont et de Makrana au Rajasthan, montrant la transformation catastrophique apportée à l’environnement par un travail d’exploitation des ressources naturelles conduit sans le moindre respect de la nature.
Curiosité à vif, j’ai cherché sur le web le site du photographe (1). Et là, j’ai été confronté à des séries de photos envoûtantes, d’une grande beauté formelle jusque et y compris dans la description de décharges où nous, humains, laissons traîner nos déchets, pneus et vieux métaux, méga-poubelles qualifiées de "Urban Mines" par l’artiste, ou bien encore dans celle des chantiers navals ( série "Ships" ), des champs pétrolifères ( série "Oil" ) ou encore du projet colossal des Trois Gorges en Chine .... Autant de dénonciations de notre incurie.
La cinéaste Jennifer Baichwal (2) a suivi Edward Burtynsky dans son déplacement en Chine et en a tiré un documentaire "Manufactured Landscapes" (3).
N’ayant pas eu l’occasion de voir ce film en France, j’ai demandé à Chartrand Saint-Louis qui avait assisté à sa projection au Canada ce qui en ressortait.
« Ce documentaire montre avec quelle frénésie la Chine se modernise et saccage son environnement. Cela laisse entrevoir clairement que les efforts pour freiner les émissions de gaz à effet de serre vont être pratiquement "annulés" par ces sociétés en émergence, la Chine et l’Inde, dont les besoins énergétiques sont énormes et sans cesse croissants. Il est évident qu’elles ne vont pas stopper leurs objectifs de développement. Les pronostics étaient déjà si alarmants. Il y a longtemps qu’il aurait fallu prendre des mesures pour restreindre les transports (gros pollueurs) et agir sur bien d’autres fronts. Rien ne va assez vite. À la fin de la projection, je me demandais : va-t-on s’en sortir ? Devant tant d’inconsciences, tant de tergiversations, il semble qu’on ne puisse que baisser les bras. D’un autre côté, à l’égard de cette menace gigantesque (la dégradation fulgurante de l’environnement), on est amené à relativiser ses "petits ennuis". Ça nous ramène à l’essentiel et nous éloigne des futilités... qui sont légion. » (4)
J’ai senti la nécessité de répondre en ces termes.
« Je comprends pleinement que l’on soit choqué par l’attitude des Chinois ou des Indiens vis-à-vis de l’environnement et je le suis moi-même... parfois ! Mais...
Mais l’Occident ne peut leur jeter la pierre, encore moins se dresser en grand gardien du bien de tous. Pour cela, il nous aurait fallu être irréprochables par le passé, car seule l’exemplarité peut porter, comme je l’exposais en son temps dans une réflexion sur les droits de l’homme et leurs perceptions en Europe et en Asie : « Droits de l’Homme... peut-on concilier des cultures opposées ? » (5) Nous récoltons aujourd’hui ce qu’hier nous avons semé dans ces pays alors assujettis. Notre seule chance d’influer maintenant sur les choix écologiques de ces États en plein boom économique est dans la mise au point, au plus vite, de systèmes de remplacement propres. Notre technologie le permet sans aucun doute lorsque l’on voit ce que le militaire est à même de faire et les sommes qui s’y engloutissent, la preuve par l’absurde que les moyens existent. Reste aux gouvernants à l’imposer. En ont-ils la possibilité face aux lobbies et aux multinationales ? Là est la vraie question, je crois. En tant que citoyens des démocraties, nous avons donc, à notre niveau, notre mot - notre bulletin plutôt - à glisser dans le débat. » (4)
Sur quoi Chartrand a conclu :
« ... Cette poursuite du développement sous toutes les latitudes est une catastrophe. Une pure catastrophe. Il y a longtemps que nous aurions dû redéfinir le concept de "développement". » (4)
Edward Burtynsky ou comment un homme peut mettre son art - immense - au service de la cause absolument prioritaire de la protection de l’environnement et susciter le débat qui doit impérativement voir le jour.
- Billet de Jean-Louis MILLET
(1) Edward Burtynsky (Photographics Works) ;
(2) Jennifer Baichwal - Northern Stars ;
(3) Manufactured Landscapes, voir aussi Paysages Fabriqués (Manufactured Landscapes) (2006) de Jennifer Baichwal ;
(4) Conversation virtuelle (courriels) entre Chartrand Saint-Louis et Jean-Louis Millet (en date du 8 octobre 2007) ;
(5) Zen évasion (26 novembre 2005).
Nous vous invitons à consulter la page consacrée à Edward Burtynsky chez Artsy qui fournit aux visiteurs des listes d'expositions mises à jour, plus de 90 de ses œuvres et des articles exclusifs. La page comprend également des artistes et catégories connexes.
vendredi 22 août 2008
Si tu le peux
N'abandonne pas, ne fais pas comme moi
Sauve le monde, s'il est encore temps
Hurle ton espoir, ta peine et ton émoi
Ne t'arrête jamais, garde les rêves d'antan.
Ne te laisse pas endormir, ne sois jamais repu
Indigne-toi, dénonce les idées factices,
Moi je n'ai pas su, moi je n'ai pas pu
Lutte de tes mains contre la haine et les injustices.
Rends aux mots leur sens et leur valeur
Préserve la terre et les mers, ne renonce pas
Refuse les compromis et la fatalité du malheur
Tu sais que la vérité est le seul grand pas.
Acharne-toi sur l'empire des corrompus
Revendique la fraternité, l'égalité
Moi je n'ai pas su, moi je n'ai pas pu
Faire de mon pays un paradis sans hostilité.
Ne passe pas dans cette vie inaperçu
Sois solidaire même si tu restes solitaire
Moi je n'ai pas pu, moi je n'ai pas su
Sauve les hommes, si tu le peux, sauve la terre.
– Poème de Michaël Adam
Sauve le monde, s'il est encore temps
Hurle ton espoir, ta peine et ton émoi
Ne t'arrête jamais, garde les rêves d'antan.
Ne te laisse pas endormir, ne sois jamais repu
Indigne-toi, dénonce les idées factices,
Moi je n'ai pas su, moi je n'ai pas pu
Lutte de tes mains contre la haine et les injustices.
Rends aux mots leur sens et leur valeur
Préserve la terre et les mers, ne renonce pas
Refuse les compromis et la fatalité du malheur
Tu sais que la vérité est le seul grand pas.
Acharne-toi sur l'empire des corrompus
Revendique la fraternité, l'égalité
Moi je n'ai pas su, moi je n'ai pas pu
Faire de mon pays un paradis sans hostilité.
Ne passe pas dans cette vie inaperçu
Sois solidaire même si tu restes solitaire
Moi je n'ai pas pu, moi je n'ai pas su
Sauve les hommes, si tu le peux, sauve la terre.
– Poème de Michaël Adam
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