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vendredi 16 juin 2023

Au bonheur de lire

Petit livre d'à peine 107 pages qui se lit d'une traite avec pur bonheur. Ce sont des extraits puisés dans des livres où les écrivains se confient sur leur bonheur de lire, à travers leurs propres expériences ou par le truchement d'un personnage. Très belle sélection de textes. Mentionnons quelques noms : Montaigne, Stendhal, Zola, Rousseau, Sartre, Flaubert, Huysman.

« Les livres me donnaient confiance. Sentiment assez indéfinissable. Ils représentaient une force sûre, un secours permanent. Toujours réceptif, un livre ! À la première lecture, on a laissé une marque à telle ou telle page, le coin plié, c'est le passage qui répondait à une préoccupation, à un doute. Le dialogue est ininterrompu. D'autant plus vaste qu'on y ajoute tout ce qu'on veut. L'auteur n'a fait que poser les jalons indispensables. À vous de faire la tournée d'inspection. »

– Louis Calaferte, Septentrion; Au bonheur de lire, Gallimard, 2004, p. 43

« Savez-vous pourquoi des livres comme celui-ci ont une telle importance ? Parce qu'ils ont de la qualité. Et que signifie le mot qualité. Pour moi, ça veut dire texture. Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la "littérature". C'est du moins ma définition. Donner des détails. Des détails pris sur le vif. Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l'effleurer. Les mauvais la violent et l'abandonnent aux mouches. »

– Ray Bradbury, Fahrenheit 451; Au bonheur de lire, Gallimard, 2004, p. 79

Au bonheur de lire. Les plaisirs de la lecture par Daniel Pennac, Marcel Proust, Nathalie Sarraute... Paris : Gallimard, 2004

lundi 9 janvier 2023

Sonnez, merveilles ! (Kent Nagano)

Le chef d'orchestre Kent Nagano livre un puissant plaidoyer pour la musique classique.

Des questions lancinantes le tenaillent : La musique classique est-elle vouée à disparaître de nos vies ? Qu'est-ce qui explique la puissance de la musique classique ? Quels en sont les effets ? Pourquoi est-ce si important d'écouter de la musique classique ? Pourquoi devons-nous faire des efforts particuliers pour cela ?

À la manière de Stéphane Hessel, il est indigné par "l'orientation dictée par le matérialisme, le consumérisme et l'utilitarisme" qui met en péril la musique, de même qu'il s'indigne contre cette tendance à la réserver à une sphère exclusive de la société, sans parler du piètre état de l'enseignement de la musique classique; les programmes scolaires ne leur accordant presque plus aucune place.

Sans quelqu'un pour guider, un professeur ou peut-être un ami, la musique ne peut se transmettre comme il se doit. Il donne l'exemple de sa propre expérience à Morro Bay, sa ville natale, qu'il qualifie de miracle, auprès de celui qui a marqué ses premiers pas musicaux, le professeur Wachtang Korisheli, un pédagogue au talent exceptionnel.

Il a fait de la Maison symphonique de Montréal un véritable "laboratoire d'idées", après des années d'innovations et d'essais. Sa détermination à "créer une proximité, permettre à la musique de se rapprocher des gens" s'est faite sans compromis sur la qualité des prestations ou des oeuvres à présenter.

Dans des pages fabuleuses, il nous parle des musiciens qui ont compté pour lui : Bach, Schoenberg, Beethoven, Zappa, Messiaen, Bruckner, Ives et Bernstein.

Seul avec la musique en tête, le chef d'orchestre Kent Nagano partage tout ce que la musique peut nous apporter.

La musique fait oublier le temps. La musique donne un sens à la vie.

« Je fais le rêve d'un monde où chacun aurait la chance de trouver le chemin de la musique classique. Pas simplement celui de la musique, mais également celui de l'art. Les arts... font bien plus que rendre le quotidien supportable. Ils nous inspirent, ils nous ouvrent l'esprit. Ils nous aident à accepter l'incompréhensible et l'insoutenable, à y puiser de la force et à ne pas désespérer. » (p. 42)

« L'utilité est la grande idole de l'époque, elle demande que toutes les forces lui soient asservies et que tous les talents lui rendent hommage. Sur cette balance grossière, le mérite spirituel de l'art est sans poids; privé de tout encouragement, celui-ci se retire de la kermesse bruyante du siècle. » (Friedrich Schiller, poète allemande de la fin du XVIIIe siècle) (p. 98)

« L'art exige de nous que nous ne restions pas immobiles", dit Beethoven. » (p.171)

« La musique exerce une force incomparable; elle a la faculté de transformer le cerveau, d'éveiller des souvenirs ou de les effacer, elle mystifie nos attentes et se joue de notre imagination, elle cultive les sens, les perceptions, la sensibilité; elle remet complètement en question notre expérience du monde. » (p. 263)

– Kent Nagano, Sonnez, merveilles !, Boréal, 2015

***

Hommage à Kent Nagano

Lien vers la vidéo :
https://youtu.be/eiA-hWXmsB8

Lien vers SoundCloud :
https://soundcloud.com/chartrand-saint-louis/le-calme-de-la-nuit

dimanche 15 avril 2018

Les Allumettes suédoises (Robert Sabatier)

Les Allumettes suédoises relève de la catégorie des récits de l’enfance, récits dont je suis assez friand car, pour avoir vécu dans au moins quatre pays, j’ai souvent eu l’occasion de répondre, à ceux qui me posaient des questions sur mon origine, que mon pays c’est d’abord et avant tout l’enfance, puis, en second lieu, ma langue. Cela revenait à dire que ce qu’on est, ce qu’on devient dans la vie, provient en majeure partie de notre enfance et adolescence, un âge qui s’étend sur une période d’environ dix ans, soit de 7 à 17 ans. Après, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on ne fait que suivre le chemin qui a été tracé. Le récit de Robert Sabatier a cependant quelque chose en plus : il se distingue des autres récits de l’enfance en ce qu’il appartient aussi à la catégorie des récits de quartier, c’est-à-dire ces romans qui, à l’instar de ceux de Naguib Mahfouz au Caire (Passage des Miracles, Récits de notre quartier, etc.) ou, plus près de nous, de Michel Tremblay (Chroniques du Plateau Mont-Royal), considèrent l’espace comme un personnage à part entière.

Les Allumettes suédoises raconte l’histoire d’Olivier qui, à dix ans, vient de perdre sa mère, ce qui fait de lui un petit homme démuni face au monde. Sans jamais tomber dans le mélodrame, l’auteur en prend d’ailleurs conscience :

« Pourquoi, brusquement, alors qu’il ressentait la chaleur des autres, en lui vibra une corde qui rendait un son blessé ? Atteint par la mélancolie, Olivier, sans mère, sans sœur, pensa que durant des soirs et des soirs, il errerait ainsi dans la nuit à la recherche de quelque chose qu’il ne pourrait jamais rejoindre, se réchauffant mal, comme aux braseros d’hiver, à des foyers étrangers, les siens étant éteints à jamais ».

En attendant qu’il soit placé chez un oncle, il vit pendant quelques mois chez son cousin, récemment marié qui occupe un deux-pièces dans le quartier, son quartier, celui de Montmartre à Paris. Pendant ces quelques mois, Olivier ne va pas à l’école et traîne du matin au soir dans les rues du quartier, se liant d’amitié avec toute une série de personnages comme : Bougras, un vieil anarchiste de 74 ans; Lucien le bègue, un sans-filiste dont la femme, atteinte de tuberculose, va bientôt mourir; Daniel, un infirme connu sous le nom de l’araignée; Albertine Fague, la voisine obèse; Mado, la jolie call-girl; et, enfin, Mac, le caïd qui finira pas se faire arrêter par la police. Et bien sûr, il y a Virginie, la mère décédée trop tôt mais qui occupe encore toutes les pensées d’Olivier. C’est dans ce quartier des années 1930, plus précisément sur la rue Labat, près de l’avenue Bachelet, qu’Oliver évoluera pendant quelques mois.

Robert Sabatier est né en 1923 alors que Les Allumettes suédoises a été publié pour la première fois en 1969. Pourquoi l’auteur a-t-il attendu si longtemps avant de nous livrer ce récit lumineux sur une tranche d’enfance, un épisode intense de sa vie, comme le sont sans doute toutes périodes de transition dans la vie des hommes et des femmes ? Je ne sais pas, probablement en raison du besoin que nous avons tous de prendre quelque distance avant de revenir par des mots à des événements que nous avons vécus. Dans tous les cas, il faut lire ce roman de Sabatier; ou du moins ceux qui se souviennent de leur pays originel – l’enfance – doivent le lire sans tarder. À mon avis, Les Allumettes suédoises, dont le héros, Olivier, conserve toujours une boîte d’allumettes dans sa poche pour lutter contre l’angoisse, est un incontournable des récits d’enfance et, par la même occasion, de quartier, peu importe que celui-ci soit situé à Paris, à Montréal ou à Dakar.

Robert Sabatier est né à Paris en 1923. Orphelin comme son héros, il sera placé sous la tutelle de son oncle typographe. Il pratique plusieurs métiers avant de devenir journaliste pour différentes publications comme Arts, Le Figaro littéraire, Les Nouvelles littéraires. Plus tard, il sera directeur littéraire chez Albin Michel et fera son entrée à l’Académie Goncourt en 1971. Robert Sabatier a publié de nombreux romans et recueils de poèmes. Après Les Allumettes suédoises, il a écrit une suite à l’histoire d’Olivier qui compte six volumes, le plus récent étant Olivier 1940 publié en 2003.

Sabatier, Robert, Les Allumettes suédoises, Paris: Albin Michel, c1969, 1986.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

samedi 13 février 2016

La cybernétique

« Nous sommes des naufragés sur une planète vouée à la mort. »
Norbert Wiener, fondateur de la cybernétique

La cybernétique fournit l’une des principales clés permettant de comprendre la nature des mutations technologiques et culturelles en cours puisqu'elle a joué un rôle de premier plan dans la constitution d’un « paradigme informationnel » qui a germé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, nous sommes entrés dans « un monde sans frontières, tout entier voué à la communication et à l’échange d’informations (...). Un monde rendu plus rationnel par le contrôle et la gestion informationnels. Un monde peuplé d’êtres hybrides tels ces machines intelligentes, ces robots et cyborgs dont les médias annoncent chaque jour les nouveaux exploits. »

En niant l’héritage humaniste tout en promulguant une logique de désubjectivation, la cybernétique a ouvert une brèche profonde au cœur du principe d’humanité. Elle a rejeté les notions d’« autonomie subjective » et d’« intériorité subjective », présumant que « nous n’avons aucune expérience interne de la personnalité des autres ». La transformation radicale de la figure du sujet humain s'est opérée par la transformation de son rapport à la machine. En mettant l’accent sur les messages et les codes, la cybernétique en est venue à annuler les lignes de démarcation entre homme, ordinateur et environnement. Par l’extension de la notion de comportement, elle inclut la machine dans la catégorie universelle d’« être comportemental ». Cette conception a mené à une « ontologisation » de la machine.

- Céline Lafontaine, La société postmortelle : la mort, l’individu et le lien social à l’ère des technosciences, Paris : Éditions du Seuil, 2008 (résumé et extraits)

Le brillant essai de Céline Lafontaine permet de saisir tous les bouleversements qui affectent les sociétés modernes, dont la logique de désubjectivation et la négation de l’héritage humaniste. Comme le dit l’auteur, lorsque l’on prend conscience du lien traditionnellement établi en Occident entre la mémoire et la subjectivité, on se rend compte de l’ampleur du retournement philosophique induit par la cybernétique.

À lire aussi : Ronan Le Roux, "Cybernétique et société au XXIe siècle", Archive ouverte HAL, janvier 2014

vendredi 5 février 2016

Le responsable des ressources humaines (Avraham B. Yehoshua)

Une femme meurt dans un attentat terroriste. En soi, cela n’a rien d’inhabituel à Jérusalem. Sauf que, dans ce cas, personne ne vient réclamer le corps. Sur elle, on a retrouvé une fiche de paie permettant de l’identifier : Julia Ragaïev, quarante-huit ans, employée d’entretien dans une boulangerie industrielle de la ville. Au bout d’une semaine, le corps n’est toujours pas réclamé. Un employé de la morgue en informe un journaliste de petite envergure qui décide d’écrire un article sur un sujet haut en couleur en ces temps d’instabilité : le manque d’humanité d’une entreprise qui ne prend même pas la peine de s’inquiéter de l’absence d’une de ses employés. Le PDG de la boulangerie, un homme vieillissant qui souhaite retrouver la paix intérieure avant de tirer sa référence, convoque le responsable des ressources humaines et le charge de faire toute la lumière sur cette affaire.

C’est ainsi que les fils se tendent pour favoriser le décollage d’une histoire enlevante qui débute à Jérusalem pour se poursuivre dans une ex-république du bloc soviétique pour enfin revenir à Jérusalem. Une histoire qui tourne essentiellement autour de la quête du responsable des ressources humaines qui, agacé par le journaliste tout en autant que troublé par le destin tragique de cette femme, en fait une affaire personnelle.

Le roman est structuré en trois parties, une « passion en trois actes » comme l’indique l’auteur en sous-titre de son œuvre. Rien de très passionnel, pourtant, dans ce roman qui combine enquête policière, réflexion métaphysique et chronique sociale. Le héros, un homme de quarante ans, divorcé et père d’une fille adolescente, est incarné tout entier par une fonction, celle de responsable des ressources humaines ou de DRH. C’est à ce point que, nulle part dans le roman, l’auteur lui attribue un nom, une identité, si ce n’est celui d’un homme perturbé par l’hostilité des femmes : son ex-femme, d’abord, qui lui prend tout le pognon qu’elle peut lui prendre ; sa mère, ensuite, qui est mécontente de voir revenir son fils à la maison et qui l’accuse d’avoir laissé détruire sa famille ; sa fille, enfin, qui en a marre des disputes continuelles de ses parents.

C’est dans ce contexte que le DRH s’investit dans cette mission qui consiste à offrir une sépulture décente à cette femme dont la beauté « tatare » a quelque chose de mythique. L’enquête débute à la boulangerie, se poursuit dans le pays d’origine de Julia Ragaïev et se termine à Jérusalem où revient le DRH, après avoir trimbalé un cercueil pendant trois jours, pour enterrer cette femme, accompagné de son fils adolescent et de sa grand-mère. Au terme de sa mission, le PDG de l’entreprise s’indigne du peu de sens de toute cette affaire. Et c’est par cette réponse du responsable des ressources humaines que l’histoire se termine, sur une note teintée d’optimisme : « Le sens, monsieur, c’est à nous de le trouver. Et moi, comme toujours, je vous aiderai ».

J’ai profondément aimé ce roman qui, dans un style fort original, aborde une question tragique tout en ne négligeant pas la dimension personnelle et, par conséquent, universelle, de l’humain. Certes, le Proche-Orient doit composer avec un quotidien où la mort est parfois au bout de la rue. Mais cela n’occulte pas la difficulté de vivre du héros qui, attentat terroriste ou pas, s’interroge sur son destin. J’ai beaucoup aimé ce roman parce que l’auteur, malgré toute la lourdeur du monde, raconte des événements qui, avec un humour subtil mais constant, sait les mettre à notre portée. Ce qu’il faut retenir de ce roman, ce n’est pas nécessairement le culte mythique de Jérusalem, ville ouverte qui appartient à tous ceux qui se l’approprient (référence évidente au fils et à la mère de Julia Ragaïev qui reviennent y vivre à la fin du roman), mais plutôt cette rupture du quotidien personnalisée par cette quête au bout de laquelle le héros retrouve l’amour de sa fille et le respect de son ex-femme. Cela rappelle à tous ceux qui l’ignorent encore que c’est dans la mobilité que se manifeste l’humain en nous, car elle seule favorise le retour à soi si nécessaire au tournant de la vie.

Avraham B. Yeoshua est né à Jérusalem en 1936 dans une famille séfarade. Il est notamment l’auteur de L’Amant (1979), Un divorce tardif (1983), L’Année des cinq saisons (1990), Shiva (1995) et Voyage vers l’an mil (1998). Il vient de faire paraître La Mariée libérée (2005) aux éditions Calmann-Lévy.

Yehoshua, Avraham B., Le responsable des ressources humaines ; traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Paris : Calmann-Lévy, 2004.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

mardi 5 janvier 2016

Lacan et la boîte de mouchoirs (saison 3) (Chris Simon)

A la sortie du premier épisode de la première « saison » de Lacan et la boîte de mouchoirs, je me suis de suite inscrit parmi les lecteurs enthousiastes des textes de Chris Simon, lisant coup sûr coup chacun des épisodes. Puis j’ai lu la saison 2, intéressante bien entendu, mais moins enlevante que la 3 dont je viens de terminer la lecture.

Outre Hervé Mangin, le psychanalyste, on retrouve dans ce troisième volume Judith, qui va plutôt bien ces temps-ci, et Chloé, kleptomane à ses heures, forcée par sa mère à suivre des séances à trois. Comme toujours, l’écriture de Chris Simon est fluide et le ton allègre de ses récits s’avère très agréable à lire. D’ailleurs, c’est la qualité et le défaut du projet depuis le début : ça se lit trop vite… et, du coup, on reste sur notre faim, obligé de patienter jusqu’à la sortie des prochains épisodes. Bonne nouvelle, toutefois : l’auteure vient de faire paraître l’intégrale des trois saisons de son Lacan et la boîte de mouchoirs. Cette œuvre se termine sur une note pessimiste bien que réaliste, sans doute : « L’amour c’est offrir à quelqu’un qui n’en veut pas quelque chose que l’on n’a pas… » Serait-ce là le fondement de toute psychanalyse ?

Chris Simon est une auteure indépendante. On lui doit déjà plusieurs ouvrages. Je vous invite à consulter son site qui ne manque pas d’intérêt. À l’instar de nombreux « indés », elle est diffusée à la boutique Kindle d’Amazon. Si vous ne disposez pas de la liseuse de la marque, vous pouvez installer l’application Kindle sur n’importe laquelle tablette iPad, Androïd ou Windows. Toutefois, Lacan et la boîte de mouchoirs est également disponible chez Kobo, Apple et à la FNAC. Pour en savoir davantage, cliquez sur ce lien.

Chris Simon, Lacan et la boîte de mouchoirs, saison 3, 2015. Disponible sur plusieurs plateformes, notamment à la boutique Kindle d’Amazon.ca au prix modique de 4,99$

– Compte rendu de Daniel Ducharme

dimanche 22 février 2015

La Huitième Couleur : Les Annales du Disque-monde, Tome 1 (Terry Pratchett)

Je n'avais jamais lu un roman associé au genre fantasy avant aujourd'hui. Je ne sais pas trop pourquoi, mais ces mondes fantastiques issus directement du cerveau plus ou moins dérangé d’un auteur ne m’ont jamais attiré. Aussi n'ai-je pas lu Le seigneur des anneaux de Tolkien, la référence en la matière. Comment beaucoup de mes contemporains, je me suis simplement contenté de voir l’adaptation cinématographique de cette œuvre… parce qu'il fallait bien accompagner mon fils, devoir de père oblige ! Mais même au cinéma, cela ne m’a guère enchanté, de sorte que je m'endormais généralement dans le premier quart du film tellement je trouvais ça d'un ennui mortel. (À ce propos, le mage Rincevent, le héros du Disque-monde, dit qu’entre la passion et l’ennui, il préfère volontiers l’ennui… et je dois reconnaître, un peu lâchement, que je suis parfois de son avis.) Bref, à tort ou à raison, je n'ai jamais eu envie de lire cette série de romans qu'on ne cesse d’encenser depuis des lustres.... Cependant, un peu par hasard pendant les fêtes de fin d’année, je suis tombé sur le premier tome des Annales du Disque-monde de l’auteur britannique Terry Pratchett. Ma liseuse une fois chargée, j’ai débuté la lecture de cet ouvrage… en me surprenant d’éprouver du plaisir ! Le genre venait de gagner un adepte de plus…

D’emblée je dois préciser une chose : le monde de Pratchett n’a pas grand-chose à voir avec celui de Tolkien. Chez Pratchett, le monde est un immense disque qui repose sur les dos de quatre éléphants géants qui le transportent en se dirigeant, en une marche lente, vers l’infini. Nulle quête de l’anneau… mais une déroute incroyable qui entraîne Rincevent, un mage plutôt raté (il n’a jamais terminé son cours de magie à l’Université de l’Invisible) sur les chemins de ce monde incertain, voire périlleux. Accompagné de Deuxfleurs, un touriste naïf au bagage ambulant, Rincevent essaie de trouver un endroit tranquille pour installer ses pénates, fuyant l’incendie d’Ankh-Morpork… dans lequel il a une part de responsabilité. Bien entendu, sa route est parsemé d’embûches : des dieux et déesses, des trolls, des assassins et voleurs, des elfes, etc. Mais je renonce à vous raconter… tellement cette histoire est farfelue.

Le monde de Pratchett est à l’opposé de celui de Tolkien : il est tordu, baroque, hilarant… et je l’ai aimé autant que j’ai détesté celui de Tolkien. Pour conclure, si vous êtes un fan du Seigneur des anneaux, il est probable que vous ne le serez pas des Annales du Disque-monde.

La Huitième couleur constitue le premier volume de cette série qui en compte trente-neuf… Rédigé en 1983, il a fallu dix ans pour le rendre accessible aux lecteurs francophones. En effet, les éditions L’Atalante, qui diffuse maintenant toute la série en version ePub sans DRM (et à un prix fort raisonnable en plus) a entrepris de la publier en 1993.

Pratchett, Thierry, La Huitième Couleur : Les Annales du Disque-monde, Tome 1. L'Atalande, c1983, 1996. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

dimanche 27 janvier 2013

L’empathie

Plusieurs personnes confondent l’empathie avec la sympathie. Pourtant, il y a beaucoup de différence entre les deux. L’empathie signifie ressentir « dans » tandis que la sympathie signifie ressentir « avec ». Dans l’empathie, les personnes impliquées vivent la même expérience, alors que dans la sympathie, les personnes impliquées sont proches, mais chacune vit sa propre expérience. L’empathie est toujours orientée vers l’autre et elle a pour objectif le mieux-être de l’autre.

Par opposition, la sympathie vise à avoir une meilleure compréhension de ce que l’autre ressent. En résumé, la sympathie admet que l’on souffre avec l’autre, mais elle ne nous rapproche jamais véritablement. Avec l’empathie, au contraire, on sait qu’il est impossible de connaître vraiment l’autre sans aller plus loin, sans écouter attentivement, sans comprendre véritablement, sans pénétrer le coeur de l’autre.

La sympathie consiste à partager la peine de l’autre tandis que l’empathie exige une grande attention vis-à-vis des besoins de l’autre. Cette attention permet de comprendre l’autre et fait en sorte que s’établisse un climat de confiance. C’est par une grande écoute que l’on obtient les renseignements permettant de s’ouvrir à l’empathie. Combien de gens recherchent avant tout une oreille attentive ? Le seul fait de parler de leurs problèmes leur procure un sentiment de mieux-être.

L’empathie s’exprime dans l’action. Si on demeure passif, inactif, incapable de se libérer de l’émotion pour passer à l’action, on empêche l’empathie de suivre son cours, car celle-ci est toujours orientée vers l’action. Étant donné que chaque personne, chaque situation sont uniques, l’empathie exige de demeurer alerte et lucide. Si on démontre de la nonchalance, l’empathie ne peut s’exprimer, car une attention soutenue lui est indispensable.

Apprendre à exprimer notre empathie requiert une bonne conscience de soi, un esprit ouvert, du discernement et de la pratique. Pour faciliter cet apprentissage, il est nécessaire de poser les bonnes questions et d’éviter les jugements hâtifs. Les questions pertinentes doivent être empathiques. En posant les bonnes questions, on transmet notre désir d’apprendre de l’autre ainsi que notre intérêt vis-à-vis des besoins. Pour orienter l’échange, il faut laisser de côté notre désir de tout contrôler. On laisse à l’autre le choix de la direction à prendre.

De toutes les qualités qu’exige l’empathie, c’est l’écoute qui demande le plus de concentration, car les distractions sont nombreuses. On n’écoute souvent que d’une oreille en attendant notre tour de parler, quand on ne coupe pas la parole, tout simplement. L’écoute empathique requiert qu’on laisse de côté une vision du monde centrée sur soi-même. L’écoute empathique pénètre le coeur de l’autre et fait émerger ce que la peur, la colère, le désespoir ont enfoui profondément.

L’empathie est agissante. Elle accroît la conscience de soi, consolide nos rapports interpersonnels et nous aide à comprendre des gens qui, au premier abord, pourraient nous sembler étranges ou antipathiques. En élargissant notre perception, l’empathie nous dévoile l’extraordinaire complexité de la vie. Il existe de nombreuses façons d’être qui traduisent l’empathie. Citons l’honnêteté, l’humilité, l’acceptation, la tolérance, la gratitude, l’espoir et le pardon. C’est en faisant l’expérience de ces expressions qu’on prend conscience de notre capacité à forger des liens étroits avec les autres.

L’honnêteté est l’âme de l’empathie, son oxygène, son souffle vital. Sans l’honnêteté, l’empathie perd sa raison d’être. En effet, comment pourrait-on avoir des relations empathiques avec les autres sans être sincère avec eux ? Si on n’est pas sincère, comment exiger que les autres le soient ? L’empathie et le respect sont interdépendants. L’empathie ne peut exister sans le respect de l’autre et le respect ne peut exister sans l’empathie. Grâce à l’empathie, nous ressentons ce que les autres ressentent et cette capacité est la base même de l’empathie.

Le respect et l’empathie exigent de l’honnêteté, un dialogue ouvert, une attention constante, une écoute entière et une sincère volonté d’apporter notre soutien. Lorsque nous comprenons les pensées et les sentiments des autres, le caractère unique de ce qu’ils vivent nous inspire un grand respect. Sans la compréhension et la participation active qu’exige l’empathie, l’amour véritable n’est qu’une construction distraite et vide. L’empathie seule sait lui donner tout son poids. L’empathie est la substance de l’amour ; elle est son coeur qui bat, son âme qui cherche, sa raison d’être.

Référence :

Ciaramicoli, Arthur P. et Katherine Ketcham, Le pouvoir de l’empathie : un antidote à la solitude, Montréal : Éditions de l’homme, 2000

jeudi 22 septembre 2011

Nos cavernes intérieures

Nos lointains ancêtres vivaient dans des cavernes, des grottes naturelles taillées dans le roc, afin de se protéger des intempéries et des bêtes féroces. On les appelait d’ailleurs « les hommes des cavernes ». La découverte du feu leur a permis de rendre ces lieux habitables, en les éclairant et les réchauffant. La vie était cependant très difficile pour ces êtres primitifs.

Puis les hommes ont évolué. Ils sont sortis des cavernes, ont construit des habitations rudimentaires, puis de plus en plus sophistiquées. De découverte en découverte, ils sont parvenus à créer nos sociétés modernes. L’évolution a permis à l’homme de sortir des cavernes extérieures, mais elle ne l’a pas libéré de ses cavernes intérieures que sont la peur, l’angoisse, le découragement, le désespoir, la dépression, les phobies, les troubles de comportement, etc.

Nos ancêtres préhistoriques se servaient des cavernes comme abris temporaires, alors que beaucoup de gens se servent de leurs cavernes intérieures comme refuges permanents. Nos ancêtres maniaient le feu et le silex pour assurer leur survie physique, alors que plusieurs se servent de la manipulation pour assurer leur survie affective. Les cavernes extérieures étaient des petits domaines où régnaient les plus forts ; les cavernes intérieures, tels la dépression et les autres problèmes de comportement, forment des royaumes où certains ont l’impression de régner en maître.

Les personnes dépressives, dépendantes affectives, etc. sont enfermées dans leur caverne intérieure où elles ressentent une certaine sécurité. Ce sont elles qui décident ! Elles n’ont pas à répondre aux attentes des autres. Il y a des inconvénients, certes, mais il y a aussi de nombreux avantages, dont les principaux sont : l’irresponsabilité et la non-obligation d’affronter les difficultés de la vie. Ces deux avantages sont les pierres angulaires des cavernes affectives modernes.

Certaines personnes semblent douées pour le bonheur alors que d’autres semblent marquées au fer rouge du malheur. Pourquoi la vie est-elle si facile pour certains et si difficile pour d’autres ? Qu’est-ce qui fait que des personnes sont des fonceuses et d’autres des éternelles perdantes ? Ces personnes auraient-elles perdu contact avec les éléments majeurs qui donnent un sens à la vie ? Cet espoir, qui constitue la lumière, les guide-t-il dans le bon chemin ?

L’espoir

L’espoir est un sentiment de confiance qui nous porte à considérer ce que nous attendons comme réalisable. Il est construit sur la conviction que quelque chose de beau, de bien, de positif va nous arriver. L’espoir constitue une aspiration, un élan, une poussée vers l’avant. Il est le moteur de la vie !

L’espoir apporte la sécurité, car il fait disparaître les doutes, les craintes. Il donne confiance, raffermit dans les résolutions. Malheureusement, à l’heure actuelle, l’espoir fait place à l’incertitude, le découragement, la désillusion et même le désespoir. Pourquoi en sommes-nous venus à perdre l’espoir d’une vie meilleure ? Pourquoi tant de gens ont-ils perdu foi en l’avenir ?

La satisfaction

L’espoir nous donne l’énergie dont nous avons besoin pour avancer dans la vie. Pour s’installer, il doit être alimenté par un élément très simple qui s’appelle la satisfaction. La satisfaction procure la joie de vivre. Quand on est satisfait, on est heureux ! Nous ressentons du plaisir et un immense bien-être.

Il y a la satisfaction intérieure qui nous apporte un sentiment de plénitude. Elle est générée par la fierté que nous avons d’avoir accompli quelque chose de beau, de bien ; par la prise de conscience de nos forces et nos qualités : « J’ai accompli cela et j’en suis fier ».

Et il y a la satisfaction extérieure, celle qui procure un plaisir temporaire, soit un besoin à assouvir d’une façon ou d’une autre. Nous pouvons générer cette satisfaction de l’intérieur, ou la prendre à l’extérieur de nous. C’est une chose dont nous avons besoin pour vivre. Cette chose n’est pas nécessairement de grande valeur ; elle est utile, tout simplement.

Conclusion

L’espoir et la satisfaction constituent l’énergie qui nous permet d’aller de l‘avant. Sans énergie, aucun moteur ne peut se mettre en marche. Il en va de même pour nous, humains ! S’il n’y a pas d’espoir, nous stagnons ou nous régressons. S’il n’y a pas de satisfaction, il n’y a pas de bonheur possible.

À lire :

Reid, Louise, Le nouvel âge… des cavernes : les refuges de l’anxiété, Outremont : Quebecor, 2005

vendredi 7 janvier 2011

Le soleil des Scorta (Laurent Gaudé)

J’ai eu envie de lire un roman dont l’auteur a remporté le prix Goncourt. Alors, en parcourant le Web, je suis tombé sur un site consacré aux prix littéraires qui fournit, entre autres choses, la liste de tous les romans primés au Goncourt depuis 1903. Un peu par hasard, mon choix s’est arrêté sur ce roman de Laurent Gaudé, un auteur qui m’était inconnu jusqu’à ce jour.

Le soleil des Scorta est un roman tellurique, un roman dont les personnages sont fortement attachés à la terre, en l’occurrence au village de Montepuccio en Italie du sud. Il s’agit d’une saga familiale, une saga qui ne ressemble pas pourtant aux sagas familiales dont nous ont habitués des auteurs français comme Max Gallo avec, par exemple, sa trilogie de La Baie des anges (Laffont, 1975). Non, dans sa saga, Laurent Gaudé va à l’essentiel, empruntant davantage le style du nouvelliste que celui du romancier.

L’histoire débute vers 1870 dans ce petit village de la côte de Pouilles où le premier Scorta, né d’un vaurien et d’une mère décédée en couche, va grandir en semant la terreur dans la région. À la fin de sa vie, riche et respectée, il lèguera tout à l’église du village, laissant sa fille et ses deux fils dans le dénuement. Ceux-ci devront repartir de zéro, comme son père l’a fait avant eux. Après une tentative d’immigration ratée à New York, les enfants reviennent à Montepuccio pour s’y établir. Ils trimeront dur jusqu’à ce qu’ils puissent ouvrir une tabagie. Mariés, le clan s’agrandira grâce aux enfants qui naissent de leurs unions.

Dans un style sobre et dépouillé, l’auteur recourt à la narration omnisciente pour raconter l’histoire des Scorta. Pour rompre un peu le côté statique du style, il a la bonne idée de clore chacun des dix chapitres du récit par la confession de Carmela, fille de Rocco, le premier des Scorta, et mère d’Elia, le dernier de la lignée à s’exprimer sur le chemin parcouru par cette famille qui, au cours des cent vingt années que compte son histoire, a vaincu la faim, la misère et, surtout, la malédiction qui pesait sur elle. À la fin du récit, Anna, fille d’Elia, décide de quitter Montepuccio pour étudier la médecine à Bologne tout en ayant conscience que le sang des Scorta coule en elle. L’histoire, toutefois, ne dit pas si elle reviendra au village ses études terminées.

Pour aimer ce livre, le mot « racine » doit avoir une résonance positive pour vous, de même que le mot « clan » qui demeure la clé de voûte de ce roman dans lequel la terre, le soleil et les humains finissent par fusionner pour arborer les traits d’un personnage à part entière. Si, comme moi, vous venez de la ville, qu’au concept de racine vous préférez celui d’origine, et que votre monde dépasse celui que constituent votre mère, vos frères et sœurs et vos oncles, alors peut-être que vous lirez ce roman en diagonale, sans trop y croire. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un bon roman et qu’il s’est trouvé 80 000 lecteurs pour le lire, ce qui atténue considérablement la portée négative de cette critique. Néanmoins, en décrivant la vie des Scorta, l’auteur donne l’impression que la vie d’un homme ou d’une femme se réduit à quelques données factuelles. Ce n’est peut-être qu’une impression, souvent fausse comme la plupart des impressions. Cela dit, rien ne m’empêche de penser que des valeurs comme la terre et le sang, en ce siècle de migrations internationales, ne peuvent justifier une existence. En voulant trop aller à l’essentiel, on risque de passer à côté de quelque chose. La vie, sans doute.

Né le 6 juillet 1972, Laurent Gaudé vit à Paris. Diplômé d’études littéraires, il consacre son temps à l’écriture de pièces de théâtre dont certaines sont jouées, notamment en France et en Allemagne. Il a écrit trois romans - Cris (2001), La Mort du roi Tsongor (2002) et Le Soleil des Scorta (2004) - tous publiés chez Actes Sud.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

vendredi 10 décembre 2010

Les falsificateurs (Antoine Bello)

Le héros des Falsificateurs s’appelle Sliv Dartunghuver et est islandais. À peine sorti de l’école, il est embauché par Baldur, Furvset et Thoberg, une firme de conseil en environnement basé à Reykjavik. Mais il s’agit d’une couverture car, dans les faits, il travaille pour le CFR, c’est-à-dire le Consortium de falsification du réel, une organisation aux allures de confrérie ayant des tentacules partout dans le monde.

Pendant les trois cents premières pages du roman, l’auteur décrit les opérations du CFR. Cela apparaît comme une sorte de jeu... mais, suite à une erreur de Sliv, tout bascule dans l’horreur. En poste à Cordoba (Argentine) sous les ordres de la jolie et ambitieuse Lena Thorsen, une Danoise qui parle couramment l’islandais, les Opérations spéciales du CFR dépêchent deux émissaires. Et voilà que le côté maffieux de l’organisation ressort au grand jour.... Soudain, le héros se trouve malgré lui complice d’un assassinat, ce qui l’amène à donner sa démission... qu’on lui refuse, bien entendu.

Mais tout se retourne en faveur du CFR qui, par la voix de Gunnar Eriksson, son père spirituel en quelque sorte, annonce à Sliv qu’il ne s’agissait que d’une manipulation destinée à l’aguerrir, qu’il n’y avait jamais eu mort d’homme. Autrement, les Opérations spéciales ont bien fait leur boulot... mais sans tuer personne. Il écope tout de même d’une suspension de six mois au terme de laquelle il est promu agent classe 3 et se retrouve en Sibérie pour suivre un cours de perfectionnement de trois ans. Ensuite, en raison de ses résultats exceptionnels, il est intégré aux Opérations spéciales. Quant à la finalité du CFR, on n’en sait rien...

Les falsificateurs est un roman ludique d’une construction narrative sans faille. On prend plaisir à le lire, bien entendu, même si le récit est parsemé de passages didactiques - les dossiers sur lesquels travaille Sliv. On apprend ainsi plusieurs choses sur les Bochimans du Botswana, sur les aléas de l’industrie du pétrole, sur la police secrète est-allemande - la Stasi -, etc. Par contre, quitte à inventer une organisation comme le CFR, pourquoi l’avoir imaginée à l’image d’une bureaucratie lourde, fortement hiérarchisée, qui rappelle les organisations internationales comme l’Unesco ou le PNUD ? Une organisation presque anachronique à l’heure actuelle... L’auteur aurait eu tout intérêt à lire Henry Minzberg, le spécialiste en théorie de l’organisation, pour visiter d’autres modèles... Dernier reproche qui ne doit pas, cependant, vous décourager de lire ce roman brillant : on ne sait toujours pas, au bout de 500 pages, quelle est la finalité du CPR... et, au lieu du mot « fin », l’auteur inscrit « à suivre » à la fin de son récit. Bref, il faudra lire la suite pour apprendre davantage...

Cette suite s’intitule Les éclaireurs et est parue en 2009 chez Gallimard.

Antoine Bello est un écrivain français né à Boston en 1970, ce qui lui confère d’office la nationalité américaine. Dès 1996, il publiait un recueil de nouvelles - Les funambules (1996) suivi de peu par Éloge de la pièce manquante (1998). Il vit à New York.

Bello, Antoine, Les falsificateurs, Paris : Gallimard, 2007, 501 p.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

mercredi 1 décembre 2010

Le mécanisme du stress

Qu’est-ce que le stress ?

Le stress est un terme général qui sert à désigner la réaction d’un organisme à une agression, un agent, ou aux facteurs qui sont à l’origine d’une agression. Par réaction, on entend : « une mobilisation physiologique ou psychique de l’organisme ». Le stress désigne également, une action violente, exemples : un bruit intense, un grand choc émotionnel, une vive contrariété, etc.

Il est normal de ressentir du stress. Ce dernier ne pose aucun problème lorsque l’organisme retrouve son équilibre dans un laps de temps raisonnable. Dans bien des cas, le stress peut même s’avérer bénéfique. Mais s’il perdure ou s’il est mal géré, les mécanismes qui assurent un retour à l’équilibre ne peuvent agir efficacement et c’est alors qu’apparaissent les problèmes majeurs.

Le stress psychologique

Le stress psychologique désigne l’ensemble des réactions émotionnelles à une pression interne ou externe. Il peut s’agir d’un stress momentané ou d’une réaction émotionnelle, devenue chronique. Le stress psychologique est normal car la vie met continuellement des embûches à la satisfaction de nos besoins. Les évènements qui nous atteignent sur le plan psychique provoquent des émotions diverses.

Le stress peut consister en de l’inquiétude, du découragement ou de la colère. Par contre, l’expression « se sentir stressé » est aussi vague que « se sentir bien » ou « se sentir mal ». Or, pour avoir de la prise sur cet état, il faut absolument identifier les émotions qui composent le stress. Dans certains cas, le fait de subir de la pression ou la conviction que la situation est sans issue, peuvent provoquer un état de stress intense.

Nos émotions

Nous sommes tous habités par diverses émotions. Ce sont ces émotions qui nous indiquent de quoi est composé le stress. C’est aussi ce qui nous permet de nous orienter et d’agir de façon à bien le gérer. Dans toutes les situations, nous avons le choix de vivre pleinement nos émotions ou de bloquer le processus émotionnel. Si nous entravons le processus naturel, il en résulte des problèmes, entre autres : des tensions physiques, maux de tête, douleurs musculaires, digestion difficile, etc. La gravité des maux augmente lorsqu’on n’agit pas de façon appropriée pour faire face aux agents stressants.

Des tensions psychiques, telles que l’anxiété ou l’angoisse, peuvent également apparaître, voire s’installer. Si ces tensions durent trop longtemps, les réactions sont susceptibles de dégénérer en graves problèmes, exemples : crise de panique, épuisement émotionnel, dépression, etc. Tel est le danger qui guette la personne souffrant de stress psychologique. Dans la mesure où la personne n’arrive pas à mieux se protéger, les effets du stress s’accumulent provoquant de sérieux dommages.

À quoi sert le stress ?

En tant que capacité de l’organisme à réagir à la pression, le stress est indispensable à la vie. Que deviendrions-nous si nous ne pouvions supporter la pression provoquée par les aléas de la vie ? Que serions-nous si nous étions incapables de régler les problèmes du quotidien ? Si nous ne pouvions gérer le stress, nous serions démunis et sans énergie devant les difficultés. Nous serions incapables de trouver des solutions ou de nous adapter à une situation.

Le stress bien vécu ne demande aucune intervention particulière. Cependant, si nous avons des raisons de croire que le stress nous cause de graves problèmes, il est important de prendre les dispositions afin qu’il ne dégénère. Il vaut mieux consulter un médecin avant qu’il ne soit trop tard car le stress peut conduire les gens à poser des gestes radicaux. Il est même la première cause de suicide chez les gens incapables de vivre un stress jugé trop intense.

À lire :

Michelle, Larivey, La puissance des émotions : comment distinguer les vraies des fausses ? Montréal : Éditions de l’Homme, 2002

mercredi 17 novembre 2010

Une enfance laconique (Santiago H. Amigorena)

En juillet dernier, je me suis rendu à la Grande Bibliothèque pour y chercher Ma dernière mémoire, un des derniers textes qu’a écrit Raymond Abellio avant de mourir, un auteur dont j’ai lu toute l’oeuvre romanesque au début des années 1980. En arrivant sur les lieux, j’ai constaté avec stupéfaction que les trois volumes de Ma dernière mémoire, qui pourtant figurait bien au catalogue de la bibliothèque, venaient d’être empruntés. En farfouillant sur les rayons, à droite de l’emplacement vide où devaient se trouver cet ouvrage, je suis tombé sur l’autobiographie d’un certain Amigorena intitulée Une enfance laconique, laquelle débute par cette simple phrase: « Le retour est un instant toujours lointain ». Séduit, je me suis rapidement saisi de ce livre avant qu’un autre hurluberlu ne l’emprunte. Les risques étaient minimes, sans doute, car cet auteur s’avère totalement inconnu, mais on ne sait jamais…

Outre une introduction fort succincte, Une enfance laconique compte deux parties. La première – Le premier cauchemar – s’étend sur une bonne centaine de pages qu’aucun chapitre ne découpe alors que la deuxième – La première lettre –, pourtant plus courte que la première, est structurée en trente-huit petits chapitres. Cette structure dichotomique donne déjà une bonne indication sur la construction du récit – atypique, non linéaire – qu’on s’apprête à lire. Mais là ne s’arrête pas la singularité de ce livre qui raconte «la vie d’un écrivain qui ne voulut jamais écrire, de la première à la dernière syllabe». Si Santiago H. Amigorena n’a jamais voulu écrire, c’est que l’écriture s’est présentée à lui comme l’unique moyen d’entrer en communication avec le monde. Pourquoi cela? Tout simplement parce qu’il est muet, ou du moins parce qu’il ne parle pas, s’enfonçant dans le mutisme depuis sa petite enfance, un mutisme dont personne n’a réussi à l’en faire sortir au cours des premières années de sa vie qu’il vécut à Buenos Aires (Argentine), puis à Montevideo (Uruguay) à partir de l’âge de six ans.

En fait, tout le récit que fait Amigorena de son enfance tourne autour de deux événements somme toute mineurs, événements qui correspondent aux deux parties de son autobiographie. Le premier cauchemar s’avère en quelque sorte le prétexte à une réflexion sur la mémoire, le souvenir et l’oubli. Si je qualifie cet événement de mineur, c’est que, tout en souvenant avoir fait ce cauchemar, l’auteur est bien incapable de l’évoquer avec précision. Comme il l’écrit lui-même: « Un souvenir émergeant des flots opaques de l’oubli est toujours devenu dans ma vie, ma lointaine vie, une pelletée de terre de plus extraite de l’abîme qui me sépare déjà du monde » (p. 103). Mais oublions ce premier cauchemar assez typique des cauchemars d’abandon nocturne que font de nombreux enfants de par le monde, cauchemars qui témoignent d’ailleurs assez bien de la volonté autobiographique dont la difficulté suprême consiste à dire pour la première fois ce qui cependant a été déjà dit des milliers de fois, «répétant inlassablement ce qui pourtant n’a jamais été dit » (p. 69). Oublions, donc, ce cauchemar pour nous concentrer sur l’inessentiel, sur l’accessoire qui, dans ce livre, atteint véritablement le sommet de la virtuosité littéraire quand Santiago Horacio (Saint-Jacques Horace, en français) raconte les origines de sa famille issue de deux lignées distinctes: la maternelle, juive polonaise, et la paternelle, catholique espagnole dont les aïeux n’ont cependant pas hésité à se «marier» avec des nombreuses autochtones du sud de l’Argentine. Dans la première partie de cette autobiographie, le récit des origines de l’auteur constitue une longue digression digne des écrits épiques de Gabriel Garcia Marquez et qui atténue, en fin de compte, la portée symbolique de ce premier cauchemar. Quant à la deuxième partie – La première lettre –, elle compte des textes plus courts, plus incisifs aussi, qui racontent la découverte des mots et, en quelque sorte, de l’écriture, laquelle se manifeste par une simple lettre que l’auteur rédige à l’intention de sa tante, émigrée en Angleterre.

Le retour de mémoire, dont il est question dès la première phrase de ce livre, s’effectue à Paris alors qu’Amigorena vient tout juste d’avoir trente ans et qu’il reprend l’écriture après quatre ans d’interruption. C’est de là qu’il écrit maintenant, donc, et c’est en français qu’il le fait, sa langue d’adoption. C’est sans doute ce qui explique que son livre soit rangé sous « autobiographies littéraires françaises », juste à côté des mémoires de Raymond Abellio. C’est tout ce que je sais du maintenant de cet auteur et, pour en savoir davantage, il faudra lire la suite de cette étrange autobiographie dont je recommande la lecture à tous ceux qui, comme moi, parfois, estiment que « le langage est l’ombre du silence ».

Santiago H. Amigorena est né à Buenos Aires en 1962. Après Une enfance laconique, il a fait paraître une suite de deux ouvrages à cette autobiographie – Une jeunesse aphone (2000) et Une adolescence taciturne –, tous deux publiés chez P.O.L. La notice biographique qui lui consacre cet éditeur nous apprend qu’il a rédigé une trentaine de scénarios de film. Pour le reste, son éditeur brouille plutôt les cartes quant au parcours de cet écrivain hors normes.

Amigorena, Santiago H. Une enfance laconique. Paris, P.O.L., 1998.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

mardi 19 octobre 2010

Le narcissisme

Le narcissisme consiste à une surévaluation et une admiration sans bornes de soi-même. Le narcissique se croit supérieur aux autres. Il n’y a que lui qui compte ; les autres n’ayant que peu d’importance à ses yeux. Le narcissisme peut être décrit comme un état d’expérience dans lequel l’individu, de même que ses sentiments, ses croyances, ses convictions, sont perçues comme étant réels, tandis que tout ce qui ne fait pas partie de sa personne ou ne correspond pas à ce qu’il croit, n’est ni réel, ni intéressant.

L’individu narcissique manifeste un grave défaut de jugement et est incapable d’objectivité. Il n’éprouve un sentiment de sécurité qu’à partir de la conviction profonde qu’il a de sa perfection, de sa supériorité, de ses extraordinaires qualités. Il doit s’en tenir à l’image narcissique qu’il a de lui-même pour être pleinement satisfait.

Si son narcissisme est menacé, l’individu se sent menacé dans tout ce qui est pour lui, d’une importance capitale. Quand les autres le critiquent, le méprisent ou mettent en doute « sa » vérité, qu’il considère comme absolue, le narcissique réagit avec colère. Il ne pardonne jamais à ceux qui l’ont blessé dans son narcissisme et il éprouve, la plupart du temps, un grand désir de vengeance.

Le narcissisme de groupe

La plupart des individus ne sont pas conscients de leur narcissisme ; ils ne le sont que de ses manifestations. Ainsi, ils éprouvent une considération extrême pour leur patrie, leur religion, leur groupe. Ils n’ont aucune difficulté à exprimer leur foi totale, puisqu’un tel comportement est jugé de façon positive par le groupe, c’est-à-dire comme étant une expression de leur piété, leur fidélité, leur dévouement.

S’ils devaient exprimer ces sentiments à l’égard de leur propre personne ; s’ils disaient par exemple : « Je suis l’être le plus merveilleux du monde » ou « Je vaux beaucoup plus que n’importe qui », les narcissiques seraient considérés comme excessivement vaniteux et même pas très sains d’esprit. Mais comme ils le font pour un groupe, ils sont admirés. Ils peuvent alors donner libre cours à leur narcissisme, tout simplement parce qu’ils sont socialement approuvés et confirmés.

Dans le narcissisme de groupe, l’objet n’est plus l‘individu, mais le groupe auquel il appartient. L’individu peut alors exprimer librement son narcissisme, sans aucune restriction. Affirmer que son pays (ou sa religion, son groupe, etc.) est le plus merveilleux, le plus cultivé, le plus puissant, ne semble pas exagéré, au contraire, ce langage devient l’expression de la foi, du patriotisme. Parce qu’il est partagé par un groupe, ce jugement paraît tout à fait réaliste et rationnel.

Le narcissisme de groupe a plusieurs fonctions. Il vise la solidarité et la cohésion du groupe et surtout, il favorise la manipulation en faisant appel aux préjugés narcissiques. De plus, il devient très important pour ceux qui ont peu l’occasion de se sentir valorisés. Même le plus humble trouve une compensation à sa condition misérable, en se disant : « Je fais partie du groupe le plus merveilleux qui soit. N’étant qu’un être sans importance, je deviens un géant en appartenant à ce groupe ».

Le narcissisme et le fanatisme

Ceux dont le narcissisme se rapporte à un groupe sont les plus susceptibles de devenir fanatiques. Ils réagissent avec rage à la moindre blessure, réelle ou imaginaire, infligée au groupe. On peut même affirmer qu’ils réagissent beaucoup plus intensément que s’ils étaient eux-mêmes visés. Un individu peut éprouver quelque doute en ce qui concerne sa propre image narcissique, mais il n’en éprouve jamais, en tant que membre d’un groupe, puisque son narcissisme est partagé par la majorité.

L’image narcissique du groupe est exaltée, tandis que les autres (les ennemis, les infidèles) sont rabaissés au rang le plus bas (pourceaux, damnés). Le membre du groupe devient le défenseur de la foi, de la dignité humaine, de la morale et du droit. Des intentions diaboliques sont prêtées aux ennemis : ils sont perfides, cruels, fondamentalement inhumains. La violation d’un symbole du narcissisme de groupe (livre sacré, crucifix, drapeau, etc.) est suivie d’une réaction de colère tellement intense qu’elle entraîne les pires atrocités.

Le narcissisme de groupe conduit inévitablement au fanatisme. Il est la source la plus importante de l’agressivité humaine. Il diffère des autres formes d’agressivité, en ce sens qu’il atteint des niveaux de barbarie inégalés. On n’a qu’à penser au fanatisme religieux. Quelle autre forme d’agressivité pourrait conduire un individu à se faire sauter à la dynamite parmi une foule de gens qui n’ont rien à voir avec « la cause », si âprement défendue ?

Référence :

Fromm, Erich, La passion de détruire : anatomie de la destructivité humaine, Paris : Laffont, 2001, c1975

Suggestions de lecture sur le thème du narcissisme :

Behary, Wendy T, Face aux narcissiques : mieux les comprendre pour mieux les désarmer, Paris : Eyrolles, 2010
Delamaire, René, Qu’est-ce que les chefs ont de plus que nous ? Paris : Eyrolles, 2009
Dessuant, Pierre, Le narcissisme, Paris : Presses universitaires de France, 2007, c1983 (coll. « Que sais-je ? » 2058)
Kernberg, Otto, La personnalité narcissique, Paris : Dunod, 1997

dimanche 10 octobre 2010

Appropriation de soi

Aujourd’hui se propagent le stress, le harcèlement, la perte de sens et la souffrance dans le monde du travail. À l’échelon individuel, comment se protéger contre les méfaits de l’organisation du travail ? Comment parvenir à préserver une parcelle de soi-même, rester maître de son temps et résister à l’aliénation ?

Philosophie Magazine (mensuel numéro 39, mai 2010) répond à ces questions dans son dossier : « Le travail nuit-il à la santé ? ».

Abus d’investissement
« La volonté de s’accomplir coûte que coûte dans son travail peut avoir des effets pervers. Ainsi l’aliénation peut-elle naître d’une confiance trop naïve dans les puissances bienfaisantes du labeur, conduisant à en espérer davantage qu’il ne peut apporter. Cette tendance à tout vouloir de son travail est flattée par de nombreux managers. En offrant à leurs employés des conditions confortables et la possibilité de progresser rapidement en termes de carrière et de salaire, ils encouragent les individus à tout donner, au risque de leur vie privée et de leur santé. » (Michel Eltchaninoff, p. 55)

Attentes irréalistes à l’égard du travail
« Pourquoi le travail aurait-il pour effet de nous isoler, de nous affaiblir, de nous abattre ? Précisément parce que nous ne comptons pas sur lui uniquement pour gagner de l’argent. Nous en attendons des satisfactions personnelles et sociales, un moyen d’apprendre, de nous améliorer, de nous émanciper. L’aliénation est le nom de cet immense espoir déçu. » (Michel Eltchaninoff, p. 48)

Beauté intrinsèque de tout travail
« La solution serait d’affronter la réalité et les finalités de son travail, quitte à emprunter, si c’est possible, une autre voie. À moins de rabaisser ses prétentions et d’apprendre à respecter, dans les tâches les plus humbles et apparemment les plus absurdes, la beauté intrinsèque de tout travail. » (Michel Eltchaninoff, p. 55)

Réalisme et pessimisme
« Une certaine dose de réalisme ou de pessimisme sur les vertus du travail peut contribuer à nous rendre plus heureux. » (Alain de Botton, philosophe, p. 43)

Se tourner vers la philosophie
« De façon générale, les philosophes ont toujours été méfiants vis-à-vis du travail, notamment physique et servile. Ils ont aussi continûment mis en garde leurs semblables contre la médiocrité d’une vie qui serait tout entière dévolue à la survie ou à l’accumulation de richesses. À côté des nécessités économiques, les philosophes n’ont de cesse d’affirmer la nécessité de la contemplation et de la réflexion gratuite, pour que la condition humaine soit vraiment accomplie et digne d’être vécue. » (Alexandre Lacroix, rédacteur en chef, p. 39)

Temps privé
« La fin de l’aliénation dépend donc à la fois des conditions objectives de travail et de notre rapport intime à nos tâches. Ainsi savoir résister au désir de découvrir ses messages en temps réel ou respecter le temps privé permet-il, au moins dans un premier temps, de réduire cette aliénation qui touche à notre conscience elle-même. » (Michel Eltchaninoff, p. 52)

Une activité parmi tant d’autres
« Travailler est une nécessité, mais aussi, ne l’oublions pas, une immense fatigue. Il ne faudrait pas que cette activité coupe court à tous nos rêves, envahisse à chaque instant notre conscience, dirige nos émotions. Si notre survie dépend de notre obéissance aux diktats de l’univers professionnel, la vie est ailleurs. » (Alexandre Lacroix, rédacteur en chef, p. 39)

Voies multiples pour exprimer ses talents
« Bien travailler, prendre du plaisir dans son travail n’a pas toujours besoin d’être fait en référence à un but ultime grandiose. (...) Nous exagérons l’idée que seuls certains métiers donnent des gratifications. Les voies pour exprimer ses talents sont multiples. » (Alain de Botton, philosophe, p. 43)

À lire :

Honneth, Axel, La société du mépris, Paris : La découverte, 2006
Marx, Karl, Manuscrits de 1844, Paris : Flammarion, 2008
Stiegler, Bernard, Pour une nouvelle critique de l’économie politique, Paris : Galilée, 2009

lundi 3 mai 2010

Apprendre à lâcher prise

Tout le monde aspire au bonheur, mais le stress intense dans lequel on vit nous empêche de goûter pleinement une vie heureuse. On a même souvent l’impression que le bonheur n’est pas pour nous. Or, il ne faut pas oublier que le bonheur réside, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous.

Une des principales causes du stress est ce désir de tout contrôler, non seulement les événements, mais aussi la vie des gens qui nous entourent. Quoi de plus valorisant pour l’ego que de dominer et contrôler les autres ? Cette attitude entraîne inévitablement des conflits, car personne n’aime se faire dominer ou dicter une ligne de conduite. On ne peut également contrôler tous les événements, car la vie est faite d’une suite d’imprévus sur lesquels nous n’avons aucun contrôle.

On retrouve chez les gens qui aiment contrôler, une volonté que tout soit fait selon leurs goûts. Leur désir de tout contrôler est si fort qu’il les pousse à en faire toujours plus afin de donner l’impression qu’ils sont indispensables. Ce faisant, ils s’épuisent, autant physiquement que mentalement, car ils vivent sous une tension constante.

On peut exercer un contrôle sur sa propre vie, mais pas sur la vie en général. Pour vivre heureux et en harmonie, il faut accepter les gens tels qu’ils sont ainsi que les événements que nous ne pouvons contrôler. Pourquoi s’en prendre à la température, aux bouchons de circulation, aux files d’attente, etc. Nos sautes d’humeur n’y changent rien. Elles ne font que nous rendre plus agressifs et plus stressés. D’où la nécessité de lâcher prise.

En apprenant à lâcher prise, on apprend à vivre en harmonie avec les gens et à composer avec les événements. On permet à notre sagesse intérieure de s’exprimer et, à la longue, on y gagne en sérénité. Dans cette optique, on ne se laisse pas déstabiliser par les difficultés de la vie. En développant une réaction saine face aux événements, on acquiert une philosophie indispensable pour faire face à toutes les situations.

Références :

Lamarre, Dolorès, Le temps de lâcher prise : s’ouvrir à la connaissance de soi, Montréal : Quebecor, 2009
Poletti, Rosette et Barbara Dobbs, Se désencombrer de l’inutile, Genève : Jouvence, 2008
Portelance, Colette, Les 7 étapes du lâcher-prise, Montréal : Éditions du Cram, 2009

vendredi 10 juillet 2009

Analyse du stress

Lorsqu’on analyse les causes du stress, on réalise que celles-ci ont beaucoup évolué au cours du dernier siècle. Les statistiques démontrent que malgré les nettes améliorations au niveau des conditions de travail, les gens travaillent de plus en plus et doivent faire face à un stress de plus en plus important. La société dans laquelle on vit nous oblige à penser davantage, à travailler plus fort et à réussir dans tout. Au nom du progrès, on s’est créé un nouvel état appelé le stress.

Pourtant le stress cause de grands dommages. Face à un danger imminent, la sécrétion hormonale et le niveau d’adrénaline augmentent considérablement, entraînant une irrigation moins importante du cerveau, tout en mettant les sens en alerte. Sous un stress quotidien, le corps réagit de la même façon mais l’état d’alerte, qui se transforme souvent en lutte intérieure, peut se prolonger indéfiniment. Cela peut causer des troubles physiques importants ou des désordres mentaux.

Les symptômes liés au stress varient beaucoup d’une personne à une autre et ils peuvent être déclenchés pour diverses raisons. Généralement, le stress se manifeste sous une forme de douleur qui indique que quelque chose doit cesser. La plupart du temps, lorsqu’on est stressé, un problème, même banal, peut sembler insurmontable tout comme une petite tâche peut porter au découragement. Certains se sentent continuellement épuisés, tandis que d’autres se créent des maladies imaginaires ou entrent dans des rages folles. Il ne faut jamais considérer le stress comme faisant partie du quotidien, ni comme un moyen de s’attirer la sympathie des autres.

La première étape pour combattre le stress est de reconnaître qu’il est la conséquence de notre mode de vie et de notre propre attitude. Lorsqu’on est trop exigent envers soi-même, tout ce que l’on fait peut être une cause de stress. On entend souvent les gens dire qu’ils travaillent mieux sous pression. Il y a là une part de vérité, mais lorsque la production d’adrénaline atteint un certain niveau, la pression entraîne inévitablement du stress. En tenant compte de nos limites, on peut réussir, mais en allant au-delà, on déclenche une vague de stress qui risque de nous emporter.

Les malaises dues au stress se manifestent sous forme de symptômes physiologiques ou psychologiques. Voici quelques signes révélateurs :

La solitude

On se sent isolé de sa famille, de ses amis et on a le sentiment d’être seul au monde.

L’insécurité

On se sent insécure en présence de gens avec qui on se sentait à l’aise. On peut croire que l’on est constamment jugé ou critiqué par les autres.

L’incapacité de se concentrer

Il devient difficile de se concentrer sur son travail, sur une tâche, etc.

Le désintéressement

On ne s’intéresse plus à ceux qui nous entourent ni à ce qui nous intéressait auparavant.

La fatigue et les troubles du sommeil

Bien que l’on se sente constamment fatigué, on n’arrive pas à trouver le sommeil.

Les pleurs et les sautes d’humeur

Le fait de pleurer souvent est un des symptômes les plus courants. On passe par des phases de grande joie à des phases d’abattement.

L’impatience et l’irritabilité

On peut sortir de ses gonds pour des raisons insignifiantes ou s’en prendre aux autres pour des peccadilles.

La nervosité

On ne peut rester sans rien faire, on se tourne les pouces, se ronge les ongles et on bouge constamment.

L’obsession du travail

On se réfugie dans le travail d’une façon désordonnée.

La compulsion

On ne peut s’abstenir de trop manger, boire, fumer ou de faire des achats d’une façon compulsive.

La perte d’appétit

La nourriture n’a plus d’attrait. On n’arrive plus à avaler quoi que ce soit.

La peur du silence

Le silence nous met dans un tel état que l’on éprouve le besoin de parler sans arrêt en présence de gens ou de laisser la radio ou la télévision en marche.

L’obsession de l’apparence

On focalise trop sur son apparence, sur le besoin d’entamer sans cesse des régimes, etc.

Finalement, on peut reconnaître que la vie puisse être stressante, sans que cela nous affecte trop. Il faut apprendre à respecter nos besoins et nos capacités afin de mieux contrôler le stress. Aucune personne n’est obligée de subir le stress et nous avons tous la capacité de le tenir en échec. Il ne tient qu’à nous de prendre les moyens pour l’éviter.

À lire :

– George, Mike, La Relaxation, Relâcher les tensions, Vaincre le stress, Libérer son esprit, Paris : Éditions Le Courrier du Livre, 2003

mardi 26 mai 2009

Sur le chemin des glaces : journal de marche (Werner Herzog)

Dans ce livre d’une écriture belle et poétique, le cinéaste allemand Werner Herzog relate une expérience assez singulière qu’il vécut au début de sa trentaine. Du 23 novembre au 14 décembre 1974, il entreprit une longue promenade, en solitaire, le menant de Munich à Paris. L’une de ses amies, Lotte Eisner, critique de cinéma, se trouvait à Paris, malade au point d’en mourir. Alors un peu pour conjurer le sort, pour déjouer la mort, il décida d’aller la retrouver à pied, ayant la certitude que, ce faisant, elle survivrait.

Son petit carnet de notes, qu’il donne à lire, est un récit formidable, rempli d’observations et de réflexions. Il parle de ce que la marche offre, à voir et à penser. Il parle de ce que signifie l’épreuve et de la manière de la surmonter. Car il faut le dire, son périple ne fut pas facile. Il dut affronter le froid, le vent, la violente tempête, les nuages bas, la pluie, l’eau qui dégouline, le grésil et la neige brûlante en plein visage, le corps qui souffre (douleurs aux pieds et aux jambes), l’épuisement et, parfois, l’envie de rebrousser chemin, de faire demi-tour, d’interrompre ce projet, en apparence, si insensé.

Il marcha à travers des champs et des forêts, parfois le long d’une nationale. Il emprunta des sentiers de montagne et il dormit dans des granges à foin ou des maisons inhabitées. Il trouva parfois refuge dans les abris d’autobus et fit de brèves haltes de repos à proximité des monuments aux morts et dans quelques auberges. Trouver un gîte pour la nuit devint souvent périlleux.

Le paysage l’invita à la réflexion. Les impressions nées de cette longue et périlleuse marche sont savoureuses. Tant de choses passent dans la tête du marcheur. L’odeur des champs est si puissante. En marchant, on rencontre des masses de choses jetées. Marcher fait souffrir aussi. La soif est parfois si forte que le marcheur n’en vient qu’à penser en terme de soif. En marchant, toutes sortes de bruits se font entendre. L’air s’emplit de sifflements, l’oreille est à l’écoute.

Le marcheur fait l’expérience du silence et de la formidable solitude. Herzog le ressentit vivement en s’enfonçant dans une forêt : « Quelle qualité de silence autour de moi ! » À d’autres instants, la solitude de la forêt, dans sa profondeur ténébreuse, rappelait le silence de mort, le vent seul s’agitant. La solitude est-elle bénéfique ? « Oui, assurément, répond l’auteur, elle nous ouvre à des intuitions dramatiques de l’avenir. »

Dans les instants de parfaite harmonie, d’euphorie avec lui-même, comme en suspens, où l’air est d’une pureté et d’une fraîcheur parfaites, d’agréables sensations envahissent le marcheur.

Tout au long du chemin, les buses l’accompagnèrent. Des souris, il en vit en grand nombre. Elles bruissaient dans l’herbe couchée. Seul celui qui marche voit les souris et se lie d’amitié avec elles. Et il y a tant de chiens. En voiture, ça se dérobe à notre perception, comme les odeurs de foin et les arbres gémissants. Un corbeau se posa sur le toit d’une maison, la tête dans les épaules, ne bougeant pas, sous la pluie. Longtemps, il était encore là, grelottant, solitaire et calme. Un sentiment de fraternité monta en Herzog et la solitude l’envahit. Il vécut ainsi de longs moments où il ne dit pas mot à qui que ce soit, où il ne vit personne. À force de solitude, la voix déraillait, ne pouvant que pépier.

Il vit des villages abandonnés du monde et des gens fatigués, des villes horribles et des lieux entièrement déserts, sans hommes ni refuges.

Dans ce journal de marche, le passage du réel à l’imaginaire se succède, la randonnée fournissant la nourriture nécessaire à l’imagination. Lorsque l’auteur rencontrait des moments de déprime, il dialoguait longuement avec lui-même et les personnages imaginaires de son cinéma.

La marche ! Chacun de nous devrait marcher. Herzog, lui, il se sentit voler à skis.

***

Herzog, Werner. Sur le chemin des glaces : Munich-Paris du 23-11 au 14-12-1974 ; traduit de l’allemand par Anne Dutter. Paris : Payot : Rivages, c1996, 113 p. (ISBN : 2-228-88991-1)

- Compte rendu de Chartrand Saint-Louis

vendredi 11 avril 2008

Les manipulateurs

Les manipulateurs savent se dissimuler sous différents masques dont ils se servent pour mieux manœuvrer leurs proches. Ils sont passés maîtres dans l’art de modifier ces masques selon les personnes, les situations et les buts visés. Ils peuvent être sympathiques ou dictateurs. Le manipulateur sympathique ne l’est que pour un certain temps. Lorsque nous touchons à son pouvoir ou à son territoire, il se transforme instantanément. Lorsqu’on lui refuse quelque chose, il devient ironique, sarcastique et même méchant.

Comment reconnaître un manipulateur ?

- Il culpabilise les autres, au nom d’un lien familial, d’une amitié, de l’amour, etc.
- Il reporte sa responsabilité sur les autres et se démet de ses propres responsabilités.
- Il ne communique pas clairement ses demandes.
- Il répond de façon évasive.
- Il change ses opinions, ses comportements, selon les personnes ou situations.
- Il invoque toutes sortes de raisons pour déguiser ses demandes.
- Il exige des autres la perfection et une réponse immédiate à ses besoins.
- Il met en doute la compétence, les qualités des autres ; il critique, dévalorise et juge.
- Il fait passer ses messages par d’autres au lieu de le faire lui-même directement.
- Il sème la zizanie, crée la suspicion, divise pour mieux régner.
- Il joue à la victime pour se faire plaindre.
- Il oublie les demandes des autres, après avoir promis de s’en occuper.
- Il utilise les principes moraux des autres pour ses besoins (notions de charité, etc.)
- Il menace de façon déguisée ou utilise le chantage.
- Il change carrément de sujet au milieu d’une conversation.
- Il évite ou fuit un entretien, une réunion importante.
- Il tente de démontrer sa supériorité et se moque de l’ignorance des autres.
- Il ment constamment.
- Il prêche le faux pour savoir le vrai et déforme les faits à son avantage.
- Il est égocentrique à l’extrême.
- Il est jaloux des autres.
- Il ne supporte pas les critiques le concernant et nie l’évidence.
- Il ne tient aucunement compte des besoins des autres.
- Il attend au dernier moment pour demander, exiger ou contraindre.
- Il dit une chose alors que son attitude et ses actes démontrent le contraire.
- Il utilise la flatterie pour obtenir ce qu’il veut.
- Il crée un sentiment de malaise chez les autres.
- Il prend tous les moyens pour atteindre ses buts au détriment des autres.
- Il force à faire des choses qu’une personne n’aurait pas faites de son plein gré.
- Il est constamment l’objet de discussions entre les gens qui le connaissent.

On peut qualifier de manipulateur celui qui possède une dizaine de ces caractéristiques. Il faut évidemment faire une distinction entre faire de la manipulation de temps à autres et être un véritable manipulateur. Il est possible de retrouver dans notre comportement trois ou quatre de ces caractéristiques sans que cela fasse de nous des manipulateurs. Un véritable manipulateur n’agit pas comme tout le monde. Il ne s’agit pas chez lui d’un comportement passager. Le manipulateur manipule car il ne peut faire autrement. Il s’agit pour lui d’un système de défense, souvent inconscient. Malgré les apparences, le manipulateur n’a pas confiance en lui. Il ne peut exister sans la présence des autres et se construit en dévalorisant les autres. Les besoins, les droits des autres, sont pour lui très secondaires. Il a besoin des autres comme un noyé a besoin de s’accrocher à une bouée. Ce n’est qu’en dévalorisant, en culpabilisant et en critiquant les autres, qu’il se valorise et se déresponsabilise.

Les buts du manipulateur

Le but premier du manipulateur est de tenter de faire reconnaître qu’il est plus intelligent, plus compétent, plus bon, plus généreux que les autres. Comment s’organise-t-il ? Il observe, teste, épie ou s’arrange pour relever les failles et les défauts des autres. De cette façon, il peut s’en démarquer lui-même. En relevant une faille chez l’autre, il ne peut qu’être différent, selon lui. On appelle cela le phénomène de projection. Le manipulateur reproche à l’autre des lacunes qui sont les siennes. C’est une logique courante qui amène à la conclusion suivante chez la victime : « S’il me reproche de l’être, il ne peut l’être lui-même ». C’est cette fausse évidence qui nous piège et nous déstabilise.

Comment devient-on manipulateur ?

Il s’agit d’un système de défense mis en place dès l’enfance. On ne devient pas manipulateur du jour au lendemain. Le mécanisme de défense du manipulateur est différent de tout autre mécanisme, en ce sens que la manipulation est systématiquement utilisée comme moyen de survie. Ce mécanisme devient automatique chez le manipulateur. Il devient son seul et unique mode ; le seul qui lui permette de communiquer. Un manipulateur forge sa personnalité dès l’enfance. Enfant manipulateur, il a commencé par noter les failles affectives de ses parents pour mieux les faire souffrir par la culpabilisation. Il a compris rapidement que ce moyen lui donnait du pouvoir sur eux. La plupart des manipulateurs ont été considérés, dès leur enfance, comme plus intelligents, plus malins que les autres enfants. Ils ont été des enfants-rois, trop admirés, trop gâtés, qui ont obtenu ce qu’ils voulaient en utilisant la manipulation. Ils ont évidemment conservé cette attitude en vieillissant.

Le manipulateur est-il conscient de l’être ?

Environ 20% des manipulateurs sont bien conscients de leur état et en jouissent, puisqu’ils confondent ce pouvoir avec de l’intelligence. Ils prennent plaisir à être désagréables, à déstabiliser et culpabiliser les autres. La plupart cependant, n’ont pas conscience des dégâts qu’ils causent. Ils ne réalisent pas les conséquences de leurs actes : dévalorisation, perte de confiance en soi, stress intense, destruction psychique avec répercussions sur les plans physiologiques et physiques. L’attitude du manipulateur est semblable à celle du paranoïaque : surestimation du moi, méfiance, susceptibilité, agressivité. Le manipulateur attribue aux autres les intentions persécutrices qui sont les siennes. Le manipulateur ne se remet jamais en question. Hormis quelques rares exceptions, le manipulateur n’est pas conscient de son attitude dévastatrice. Son égocentrisme est tellement puissant que ce seul facteur suffit à expliquer son ignorance des dommages qu’il cause.

Les dommages causé par un manipulateur

Un manipulateur est indéniablement un rongeur d’énergie. La victime dira : « Il me pompe toute mon énergie » ou « Il me rend malade par son attitude, ses remarques désobligeantes ». Un contact prolongé avec un manipulateur engendre un sentiment de culpabilité, d’anxiété, de peur ou de détresse. Ces sentiments s’installent et deviennent de plus en plus lourds avec le temps. Les conséquences sont multiples : dépression, angoisse, stress, maux de tête, troubles digestifs, nervosité, tensions musculaires, manque de sommeil, troubles cardiovasculaires, troubles cutanés, etc. À long terme, une maladie grave peut en résulter.

Les moyens pour contrer la manipulation

Pour éviter d’être détruit par un manipulateur, il est très important de se protéger. Il faut pour cela utiliser la technique, dite du brouillard, c’est-à-dire d’un mode de communication floue et superficielle consistant à ne pas s’engager. Il peut s’agir d’une réponse humoristique ou ironique, ou encore d’une réponse ferme de refus. Le manipulateur s’éloigne rapidement d’une personne insensible à son pouvoir. Il ne peut se sentir supérieur vis-à-vis d’un indifférent, puisque ce dernier ne réagit pas aux provocations, aussi subtiles soient-elles. Le manipulateur glisse complètement sur un indifférent. Le principe est de toujours répondre avec indifférence et de faire en sorte que le manipulateur le comprenne rapidement. Il est important de répondre du tac au tac, sans animosité, ni agressivité. Les principes sont les suivants :

- Faire des phrases courtes.
- Rester dans le floue.
- Utiliser des phrases toutes faites, des proverbes, etc.
- Utiliser le "on" régulièrement.
- Faire de l’humour si la situation le permet.
- Sourire, surtout en fin de phrase.
- Faire de l’auto-dérision.
- Rester poli.
- Ne pas entrer dans des discussions qui ne mènent à rien.
- Éviter l’agressivité.
- Ne pas tenter de se justifier, car c’est impossible avec un manipulateur.
- Faire de l’ironie, si le contexte le permet.

En bref, il faut faire en sorte que notre comportement soit celui d’un indifférent. Le contrôle de soi est important pour éviter tout débordement d’émotions négatives pour soi.

Voici quelques exemples de phrases courtes : a) C’est votre opinion ! b) Vous pouvez le penser, c’est votre droit ! c) C’est votre interprétation ! d) Prenez-le comme vous le voulez ! e) C’est une façon de voir ! f) Personne n’est parfait ! g) Ça peut arriver à tout le monde ! h) Je n’ai pas le don de voyant ! i) Chacun ses goûts ! j) Ne vous inquiétez pas pour moi ! k) Il ou elle a ses raisons ! l) On ne commencera pas à tomber dans les ragots ! etc. Des réponses courtes déstabilisent le manipulateur en ce sens qu’il ne peut jouer son jeu.

Conclusion

Il faut être conscient des dommages considérables causés par un manipulateur et il faut s’en protéger. À moins de vivre cloîtrés, nous allons rencontrer des manipulateurs au cours de notre vie. Ils sont heureusement peu nombreux et leur existence ne doit pas nous rendre méfiants vis-à-vis tout le monde. Sachons nous fier à notre instinct de survie et soyons à l’écoute de nos émotions. Puisque le manipulateur ne changera pas, à moins d’une thérapie, il est inutile de tenter de le changer soi-même. Il faut simplement se protéger sans créer de guerres inutiles et sans fin. Notre salut réside dans notre ferme détermination à ne jamais se faire manipuler par qui que ce soit.

Sources :

Abgrall, Jean-Marie, Tous manipulés, Tous manipulateurs, Paris : First, 2003
Ettori, Fernand et Pascal Génot, Manipulé, Moi ? Jamais ! Influence et manipulation dans la vie quotidienne, Paris : First, 2006
Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Paris : J’ai lu, 2004, c1997
Lalord, François et Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles ? Paris : Odile Jacob, 1996
Nazare-Aga, Isabelle, Les manipulateurs sont parmi nous. Qui sont-ils ? Comment s’en protéger ? Montréal : Éditions de l’homme, 1997
Ruben, Douglas H., Le sentiment de culpabilité : dix étapes pour s’en libérer, Saint-Jean-de-Braye, France : Dangles, 1996
Thomas, Gordon, Enquête sur les manipulations mentales : les méthodes de la CIA et des terroristes, Paris : Albin Michel, c1989

mercredi 3 octobre 2007

Sur la route (Jack Kerouac)

On ne peut aborder "Sur la route" sans le restituer dans le contexte d’alors. Les États-Unis - l’Amérique comme l’on dit - viennent de gagner la Seconde guerre mondiale, de terrasser le fascisme avec l’aide de quelques alliés bien sûr, mais... Toute une jeunesse issue de la crise des années 30 a vécu ceci de loin, sans être directement impliquée. À la sortie du conflit, que trouvent ces jeunes autour d’eux, que leur propose l’« american way of life », quels idéaux pourraient les motiver ?

L’Amérique est le

- pays conformiste pudibond du consumérisme triomphant ;
- pays de l’aide à la reconstruction des vaincus d’hier et des alliés exsangues dans une approche au minimum clientéliste ;
- pays maccarthyste de la chasse aux sorcières ;
- pays ségrégationniste aux lois raciales dignes de l’apartheid afrikaner ;
- pays auto proclamé gendarme du monde face à « l’hydre rouge » qui engloutit l’Europe de l’est et une bonne partie de l’Asie ;
- pays aux certitudes vacillantes derrière son bouclier nucléaire face aux évènements de Chine et de Corée...

Certains, le plus grand nombre, s’y réfugient ou s’y plaisent, voire s’y complaisent. D’autres, à la marge, refusent et choisissent la voie de la liberté de l’homme, la voie de la "fureur de vivre" (1), du « faire la vie » au sens de vivre sa vie pleinement, de vivre une vie d’être humain. Beaucoup d’entre eux décident alors que cette voie ne peut être que sur la route, que leur vie ne peut être qu’une vie de routard allant sans but d’une ville à l’autre, d’un petit boulot à un autre, voyageant à pied, en stop, en clandestin dans des wagons de marchandises...

Sans but, pas vraiment, car ce qu’ils recherchent, c’est la rencontre, c’est l’Autre afin de se trouver eux-mêmes voire pour certains de tutoyer Dieu. Ils vivent ceci au travers d’expériences multiples et variées, n’en écartant aucune a priori, ni le sexe, surtout pas le sexe, ni l’alcool, surtout pas l’alcool, ni les drogues, surtout pas les drogues. Ils optent donc pour la voie de la transgression, la voie des "Clochards Célestes" qui pour certains trouvera ses fondements et son développement dans un bouddhisme hinayana largement syncrétique. Jean-Louis Lebris de Kerouac est de ceux-ci.

Né en 1922 au Québec dans une famille canadienne catholique d’origine bretonne tôt installée à Lowell dans le Massachusetts, il y est devenu Jack Kerouac. Il fait partie au cours des années 40 d’un groupe d’amis, fréquentant pour certains l’université Columbia de New York, pour d’autres les rues et les bars des quartiers vétustes. Il revendique « Les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout en un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent... » Il est fou de sexe dont les plaisirs lui font « entrevoir le paradis ». Kerouac est et restera toujours un mystique.

Cette assemblée à géométrie variable compte cependant quelques permanents, dont William Burroughs et Allen Ginsberg. Ceux-ci, comme Kerouac, ont soif de liberté et d’écriture hors de l’académisme ou de la manière de la Lost Generation des années 20, celle des Gertrude Stein, Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Ezra Pound...

Un jazz nouveau, révolutionnaire, le be-bop, est leur musique, Charlie Parker, une idole, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke et Thelonious Monk, ses saints. Cette musique est pour eux tous un déclic mais pour Kerouac c’est une véritable révélation (2) : il y a là un son, une virtuosité, une liberté mais surtout l’improvisation avec ses imprévisibilités. Il y a le rythme, le swing, l’évasion, c’est beat selon Herbert Huncke l’un des membres du groupe, mot dont Kerouac va faire sa chose. (3)

C’est le langage nu de l’émotion, le langage du blues, répétitif, litanique, scandé, le langage du quotidien pauvre de la rue, prenant, mais non dénué d’humour et de conviction. C’est l’équilibre entre une assise rythmique, une variation mélodique simple et le récit au jour le jour de l’errance. Voici rassemblés les éléments d’un style d’écriture à créer. (4)

Le passage à l’acte va se produire avec la rencontre de Kerouac et de Neal Cassidy organisée par Allen Ginsberg amant fugace de ce dernier. Neal Cassidy est un instable toujours en mouvement libéré des contraintes sociétales, menant une vie délirante dans laquelle alcool, drogue et sexe - il est bisexuel - font bon ménage. C’est le point de départ d’une amitié d’âme très forte. Son emprise sur Kerouac est immense. Les contraires s’attirent. Jack est le spectateur, Neal l’acteur. Il finit par le décider de quitter sa machine à écrire et sa mère (5) pour prendre la route. Cassidy a une réputation de conducteur hors pair et c’est sans encombre qu’il mène Kerouac de New York à San Francisco et inversement allant de l’une à l’autre de ces deux villes sans faire la moindre pause, si ce n’est pour faire le plein.

Kerouac refera plusieurs fois la traversée aller et retour du continent nord-américain entre 1947 et 1951 (6). Il ajoutera à cela plusieurs incursions au Mexique. De ces voyages trans-américains il va tirer la très longue histoire quasi autobiographique de son second roman publié, "On the Road". Le personnage principal en est Neal Cassidy alias Dean Moriarty, il est lui-même alias Sal Paradise. Il rédige ce texte en trois semaines sur des feuilles de papier japonais collées les unes aux autres en un très long rouleau (7) lors de longues séances de prose spontanée, inspirée du phrasé du jazz, seule technique capable, selon lui, de rendre dans la fiction la « profusion myriadique » de la vie réelle (8). En ce sens, l’écriture de Kerouac est purement cinématographique.

Voici ce qu’il en dit à Neal Cassidy : « Du 2 avril au 22, j’ai écrit 125 000 mots d’un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. (...) L’histoire traite de toi et de moi sur la route... (...) J’ai raconté toute la route à présent. Suis allé vite parce que la route va vite... écrit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mètres de long (du papier-calque...) - Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et en fait pas de paragraphes... Je l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route... » et ce qu’il en écrit à un autre ami : « ... (c’est) un roman picaresque situé en Amérique,..., qui traite simplement du stop et des chagrins, des difficultés, des aventures, des efforts et du labeur dans tout çà (deux garçons qui vont en Californie, un pour retrouver sa nana, l’autre à la recherche d’un Hollywood doré ou d’une illusion de ce genre, et ayant à travailler dans des fêtes foraines, des cantines, des usines, des fermes, tout au long de la route, arrivant en Californie pour ne rien y trouver... et repartant dans l’autre sens). »

Le manuscrit est proposé à plusieurs éditeurs qui tous tergiversent, surpris sinon scandalisés par la complexité (un très long paragraphe sans virgules) et la teneur du texte. Ils suggèrent à Kerouac de couper certains passages, ceux ayant trait à l’homosexualité et aux relations avec des mineures, en particulier, ce qu’il refuse de faire... jusqu’en 1957 (9). Joyce Johnson, sa compagne de l’époque traduit ainsi l’état d’esprit de Kerouac : « Ses sentiments au sujet de "Sur la route" étaient mitigés. Forcément. Il a senti que le manuscrit d’origine avait été trahi par le polissage et la mise en forme finale. Viking Press redoutait par-dessus tout la diffamation et l’obscénité. Ce n’était pas une période propice pour publier un livre comme "Sur la route". Ils ont vraiment retravaillé le manuscrit et aussi le ton employé par Jack - notamment cette éditrice du nom d’Helen Taylor. Et quand ils ont finalement envoyé à Jack un exemplaire relié, il n’avait pas eu l’occasion de voir la plupart des changements effectués. C’était une négation de ses droits fondamentaux d’écrivain. » Viking Press sort donc le livre dans une version « acceptable ».

Au lendemain de la publication, le critique littéraire du New York Times, Gilbert Millstein, conclut ainsi son article : « ... la déclaration la plus claire, la plus importante et la plus belle faite jusqu’ici par la génération que, voici quelques années, Kerouac a lui-même qualifiée de beat et dont il est le principal avatar. De même que "Le soleil se lève aussi", plus que tout autre roman des années 20, fut considéré comme le roman emblématique de la génération perdue, il semble certain que "Sur la Route" deviendra celui de la Beat Generation. »

La prophétie se réalisa, "Sur la route" fut le livre culte de la génération qui venait d’être baptisée. Ce succès tardif poussa Kerouac sous les projecteurs. À son corps défendant, il fut catalogué comme l’incarnation d’un courant qu’il n’avait aucun goût et peu d’aptitude à soutenir. À partir de ce jour il dut, selon son agent Sterling Lord, « affronter de nouveaux démons : la réaction du public, la célébrité, la notoriété. Mais dans ses quelques rares moments de quiétude, il était encore possible d’entrevoir le vrai Jack Kerouac. » (10)

L’engouement créé par ce livre déboucha un peu plus tard sur le mouvement beatnik dont les tenants se réclamèrent de la Beat Generation. Le nom avait été composé de beat et du suffixe nick, clin d’oeil au Spoutnik, premier satellite artificiel russe apparu au même moment et dont parlaient beaucoup les médias de l’époque. Kerouac s’en tint toujours éloigné, l’être du beat originel disparaissant sous l’exponentiel des oripeaux et des propos du paraître d’une mode mercantile. Ce courant trouva toutefois une continuité dans le mouvement hippie qui déferla sur l’Occident dans les années 60 porté par la génération du baby-boom. Aux États-Unis, cette jeunesse, plus politique que la précédente, s’opposa à la guerre du Vietnam et agit pour les droits civiques et la déségrégation. (11)

Le "faire la vie" devint le "faire l’amour pas la guerre" sur fond de paroles de protest songs aux accents folk (12), de blues blanc (13) et de sonorités rock n’ roll... Ce courant se dispersa dans le psychédélisme et des voies teintées de spiritualismes indo-asiatiques ou nord-amérindiens - dont le new age - avant que les baby-boomers intègrent progressivement la société libérale.

En 2001, la rédaction du American Modern Library inclut "Sur la route" dans sa liste des 100 meilleurs romans en langue anglaise du 20e siècle.

« Kerouac savait qu’il faut s’émouvoir, se serrer, pleurer : qu’on n’a qu’une vie. » (14)

En guise de conclusion :

Le meilleur de Kerouac, celui qui me prend le plus aux tripes, est parmi les romans : Tristessa (1955/1960/1982)* et Big Sur (1961/1962/1966), ou les écrits sur sa quête bouddhique : L’écrit de l’éternité d’or (1956/1960/1979) et Dharma (1953-1956/1997/2000). Ceci est un avis personnel qui n’engage que son auteur (rires) !

* (année d’écriture/année de publication/année de publication en français)


– Billet de Jean-Louis MILLET


Notes:


(1) Qui crèvera bientôt les écrans, portée par un autre mythe James Dean : La fureur de vivre.

(2) En 1958 Jack Kerouac a notamment enregistré un disque en compagnie des saxophonistes Al Cohn et Zoot Sims intitulé Blues and Haikus, où il récite de courts poèmes avec, en fond sonore, des solos improvisés de saxophone.

(3) Le terme Beat désignait au 19ème siècle les vagabonds voyageant clandestinement dans les wagons de marchandises. Mais pour ce qui nous concerne, Beat est un mot fourre-tout qui a donné lieu à de nombreuses interprétations. Pour son "inventeur" Huncke, cela signifie être dans la rue, battu, écrasé, perdant, au bout du rouleau. Puis, rapidement, cela glisse vers la musique avec "sympathetique" comme traduction des pulsations de la batterie, puis vers "cool" comme détachement absolu pour arriver finalement à une acceptation plus spiritualiste : "beatifique".

(4) À cette époque, le même vent de renouveau souffle sur la peinture. Un autre « clochard » fou de jazz et d’alcool va innover, Jackson Pollock, avec le drip painting

(5) Chez qui il se réfugie pour se soustraire au groupe et pouvoir écrire...

(6) Pour les trajets, voir :
http://ny-ca.net/home.aspx/
http://www.geocities.com/Athens/420...

(7) L’original a été vendu plus de 2 M$ en 2001...

(8) Voici ce qu’il en écrit à Allen Ginsberg en 52 « Esquisser [ Ed White a mentionné çà... « Pourquoi ne fais-tu pas simplement des esquisses dans les rues comme un peintre mais avec des mots... ? » ], c’est ce que j’ai fait... tout s’active devant toi... tu n’as qu’à purifier ton esprit et le laisser déverser les mots (que les anges de la vision font voler sans effort quand tu te tiens devant la réalité) et écrire avec 100% d’honnêteté à la fois psychique et sociale, etc., et frapper tout à fond, sans honte, bon gré mal gré, rapidement jusqu’à ne plus être conscient d’écrire parfois, tellement j’étais inspiré. »

(9) Durant cette période, il n’écrira pas moins de 10 ouvrages, romans ou recueils de poèmes qui seront tous publiés après le succès de "Sur la Route" !

(10) En 1967, Kerouac répond en français à Fernand Seguin de Radio Canada : Seguin rencontre Kerouac.

(11) En Europe - Tchécoslovaquie, Italie, Pologne, France... - cela déboucha sur les soubresauts étudiants très politisés de 1968. Le Japon, le Mexique et le Canada connurent aussi des violences.

(12) On pense bien sûr à Bob Dylan - qui lui aussi endossera à son corps défendant le costume de maître à penser d’une génération - et à Joan Baez, héritiers de Woody Guthrie et de Pete Seger.

(13) De Janis Joplin et de Joe Cocker par exemple.

(14) Sylvain Marcelli in L’Interdit, décembre 2001.

(15) Pour les paroles des chansons :

Bob Dylan
http://www.bobdylan.com/songs/roada...
Canned Heat
http://www.drfeelgood.de/c_heat/s_o...
Francis Cabrel
http://www.paroles.net/chansons/128...
Bernard Lavilliers
http://www.paroles.net/chansons/194...
Gérald de Palmas
http://www.paroles.net/chansons/222...
Raphaël
http://www.paroles.net/chansons/322...

Sources:

- Préface de Yves Buin et dossiers afférents in Kerouac, Jack, Sur la route et autres romans. Paris : Gallimard, 2003, 1419 p. (collection Quarto)

- Gifford, Barry et Lawrence Lee, Les vies parallèles de Jack Kerouac ; traduit par Brice Matthieussent. Paris : H. Veyrier, 1979, 320 p.

Mais aussi :

- Jack Kerouac
- Neal Cassady
- Sur la route
- "Kerouac écrit sur une Amérique qui n’existe plus" par Meghan ORourke
- Chronologie de la vie de Jack Kerouac (1922-1969)
- Hommage à Jack Kerouac
- "La Beat Generation et son influence sur la société américaine" par Elizabeth Guigou
- Errance de Kerouac
- Beatnik
- Hippie