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jeudi 17 juillet 2025
Éclipse
Photographie :
© 2025, Chartrand Saint-Louis
Musique :
© 2025, pièce de piano, titre : "Éclipse", par Chartrand Saint-Louis; Arrangement (orgue, violon, alto) par Albert, 1:29 min.
Mixage, révision et sonorisation par Albert
***
À la mémoire de ma mère, qui s’est doucement éteinte à l’aube du 16 juin 2025. Pour elle, chaque note est un murmure, chaque silence un souvenir.
Labels:
Ambiance,
Décès,
Hommage,
Lever du soleil/coucher du soleil,
Méditation,
Musique,
Paix,
Photographie,
Relation mère-fille,
SoundCloud,
Souvenirs,
Tristesse
vendredi 20 décembre 2024
Hommage à mon père
Un homme ayant toujours soutenu ses enfants dans leurs projets, qu'ils soient académiques ou sportifs.
***
Il manifestait un profond respect pour la vie privée de ses enfants et de leurs partenaires, évitant toute remarque déplacée ou question indiscrète.
***
Passionné de fête et de musique, il était un très bon danseur. C'est sur une piste de danse, au rythme du rock'n roll, qu'il a conquis le cœur de celle qui deviendrait son épouse. Leurs années de jeunesse, rythmées par les soirées dansantes entre amis, sont restées de merveilleux souvenirs.
***
Son harmonica, il le maîtrisait bien, et son répertoire, riche en chansons populaires, témoignait d'une oreille musicale assez fine.
***
Il chantait et sifflait avec plaisir des airs d'autrefois, de la bonne chanson canadienne. Il aurait pu faire briller de ses talents n'importe quelle chorale.
***
Véritable passionné de gastronomie, il était autant un gourmet gourmand qu'un cuisinier accompli. Sa curiosité culinaire ne connaissait pas de limites, et il excellait dans l'art de créer des plats aussi savoureux qu'originaux. Il était un hôte hors pair, capable de transformer un repas improvisé en un véritable festin.
***
Sa ténacité était proverbiale. Il savait ce qu'il voulait et ne se laissait pas détourner de son chemin. C'était un homme de caractère. Il était un esprit indépendant, avec ses propres façons de faire.
***
Économe par nature, il cultivait l'art de vivre simplement. Il prônait une vie dépouillée, loin du superflu. Il était un adepte de la simplicité volontaire, se contentant de l'essentiel. Il trouvait un bonheur simple dans les petites choses, loin de l'ostentation.
***
Il a longtemps pratiqué l'haltérophilie, un sport qui lui permettait de développer une endurance hors du commun et de canaliser son énergie. Sa force physique exceptionnelle était un héritage qu'il a transmis à son fils et à ses petits-fils.
***
Son humour était contagieux. Il avait toujours une anecdote ou une blague pour égayer la conversation. Ses fous rires devant les films de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy nous étaient communicatifs. C'était vraiment drôle de le voir rire aux larmes.
***
Sa coquetterie était une source intarissable d'amusement. Il prenait un malin plaisir à se regarder dans le miroir, ajustant ses vêtements sombres censés l'amincir ou cachant ses cheveux gris sous une teinture. Une fierté toute particulière illuminait son regard lorsqu'il se savait observé, conscient de l'ironie de la situation.
***
La lecture était et reste ancrée au cœur de notre famille. Une passion que mon père, son père et moi-même avons héritée.
***
Il fréquentait assidûment les bibliothèques, où il aimait échanger avec les bibliothécaires et découvrir de nouveaux horizons littéraires. De la littérature régionale à la spiritualité, en passant par la finance et l'astronomie, ses centres d'intérêt étaient vastes et variés.
***
Sa passion pour l'écriture était une constante dans sa vie. Toujours un carnet et un crayon à portée de main, il notait tout ce qui l'inspirait : une belle phrase lue dans un livre, une réflexion profonde, une émotion intense. Avec l'avènement d'Internet, il a rapidement maîtrisé les outils numériques pour partager ses écrits sur de multiples plateformes, devenant un auteur prolifique et connecté.
***
Son dévouement à la poésie était entier. Ses vers, simples et touchants, évoquaient avec délicatesse la beauté de la nature et les émotions humaines. Il a rapidement trouvé sa place au sein d'une communauté de passionnés, échangeant avec d'autres poètes et voyant ses écrits salués par le public. Couronné par le succès, il a même eu l'honneur d'entendre ses poèmes récités par de grandes comédiennes comme Béatrice Picard. Jusqu'à son dernier souffle, la poésie a été son mode d'expression privilégié. Son dernier poème, "La décision", témoigne de son cheminement vers l'acceptation, après avoir longuement pesé les choix qui s'offraient à lui en fin de vie.
***
Il était un amoureux de la nature, profondément marqué par la sagesse autochtone. Les loups, avec leur intelligence et leur sens de la communauté, l'émerveillaient. Les Laurentides, avec ses belles collines et ses magnifiques lacs, ont toujours été son refuge. Pendant des années, il y est allé pour pêcher, camper et se ressourcer. Il se reconnectait avec la nature et retrouvait une paix intérieure.
***
Il nous transmettait sa passion pour la nature avec ferveur, nous incitant à observer, à écouter et à respecter le monde qui nous entoure. Ses petites marmottes étaient pour lui une preuve tangible de cette connexion unique avec le vivant.
***
La pêche l'attirait. Il pouvait passer des heures dans la chaloupe à guetter le moindre mouvement de la ligne. La chasse, en revanche, ne l'attirait pas.
***
Toujours à l'affût de l'actualité, il dévorait les journaux et ne manquait jamais une émission politique. Des "Mordus de la politique" aux "Coulisses du pouvoir", il était un spectateur averti. Il n'hésitait pas à prendre position sur les sujets qui le passionnaient, apportant son analyse éclairée aux débats.
***
Il jouait à des jeux de hasard comme s'il risquait sa vie à chaque partie. Quand la chance le quittait, les dés volaient en l'air, comme s'il venait de perdre une grande bataille.
***
Nous avons été choyés. Tandis que les autres enfants du quartier jouaient dans la rue, nous partions en expédition chaque été : camping, roulotte, chalet... Old Orchard, l'Île-du-Prince-Édouard, et bien d'autres destinations encore.
***
Après avoir dirigé avec brio un service municipal, il a choisi de profiter d'une retraite anticipée pour explorer de nouvelles passions. De la vente d'objets divers aux marchés aux puces à la réalisation de travaux de finition, en passant par les ventes de garage où il révélait son talent de négociateur, il a mené une retraite aussi active que diversifiée.
***
Ces dernières années, il trouvait la paix sur la balançoire de la résidence La Roseraie, observant la rivière du Nord et nourrissant tendrement les marmottes, les moufettes et les écureuils. Les résidents de son immeuble venaient souvent le rejoindre pour échanger quelques mots.
***
"Lolo", sa sœur aînée, a toujours été son roc, sa confidente. Une présence rassurante qui l'a accompagné tout au long de sa vie. Il attendait avec impatience leurs cafés, moments privilégiés où ils se confiaient tout.
Mon père et sa sœur "Lolo"
Photographie prise par Diane St-Louis
***
Dans sa chambre d'hôpital, sa voisine de lit m'a fait un compliment qui m'a touchée : « C'est votre père ? C'est une personne vraiment bien. » Et ce n'était pas la première fois que j'entendais cela. D'autres personnes m'avaient déjà assuré que je pouvais être fière de lui.
***
Dans ses derniers moments, il s'est ouvert à ses visiteurs, partageant souvenirs et rires, et appréciant les appels reçus et la présence de ses proches. Cette expérience nous rappelle que l'amour et la présence sont les dons les plus précieux, à offrir et à chérir au quotidien.
***
Je suis reconnaissante à ses soeurs Julie et Lorraine pour avoir été à ses côtés sans relâche à l'hôpital, le réconfortant et l'accompagnant jusqu'au bout.
***
Derrière chaque être humain, il y a un être sensible, complexe et lumineux. C'est cette facette de son être que je voulais vous révéler dans cet hommage.
***
Que ton souvenir reste à jamais gravé dans nos mémoires.
***
Merci, papa.
***
Montage vidéo de son poème "Errance", dont un extrait figure sur le signet funéraire.
***
Une de ses musiques préférées était la pièce pour violoncelle "Le flot du temps", composée par mon compagnon Albert.
***
Une mélodie et des couleurs d'automne en mémoire de mon père : "Rayons d'octobre".
***
Lire ses poèmes sur Poésie française.
***
(28 juillet 1938-27 octobre 2024)
Photographie prise en novembre 2008 par sa sœur, Lorraine St-Louis, surnommée affectueusement "Lolo" par les intimes.
***
Il manifestait un profond respect pour la vie privée de ses enfants et de leurs partenaires, évitant toute remarque déplacée ou question indiscrète.
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Passionné de fête et de musique, il était un très bon danseur. C'est sur une piste de danse, au rythme du rock'n roll, qu'il a conquis le cœur de celle qui deviendrait son épouse. Leurs années de jeunesse, rythmées par les soirées dansantes entre amis, sont restées de merveilleux souvenirs.
***
Son harmonica, il le maîtrisait bien, et son répertoire, riche en chansons populaires, témoignait d'une oreille musicale assez fine.
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Il chantait et sifflait avec plaisir des airs d'autrefois, de la bonne chanson canadienne. Il aurait pu faire briller de ses talents n'importe quelle chorale.
***
Véritable passionné de gastronomie, il était autant un gourmet gourmand qu'un cuisinier accompli. Sa curiosité culinaire ne connaissait pas de limites, et il excellait dans l'art de créer des plats aussi savoureux qu'originaux. Il était un hôte hors pair, capable de transformer un repas improvisé en un véritable festin.
***
Sa ténacité était proverbiale. Il savait ce qu'il voulait et ne se laissait pas détourner de son chemin. C'était un homme de caractère. Il était un esprit indépendant, avec ses propres façons de faire.
***
Économe par nature, il cultivait l'art de vivre simplement. Il prônait une vie dépouillée, loin du superflu. Il était un adepte de la simplicité volontaire, se contentant de l'essentiel. Il trouvait un bonheur simple dans les petites choses, loin de l'ostentation.
***
Il a longtemps pratiqué l'haltérophilie, un sport qui lui permettait de développer une endurance hors du commun et de canaliser son énergie. Sa force physique exceptionnelle était un héritage qu'il a transmis à son fils et à ses petits-fils.
***
Son humour était contagieux. Il avait toujours une anecdote ou une blague pour égayer la conversation. Ses fous rires devant les films de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy nous étaient communicatifs. C'était vraiment drôle de le voir rire aux larmes.
***
Sa coquetterie était une source intarissable d'amusement. Il prenait un malin plaisir à se regarder dans le miroir, ajustant ses vêtements sombres censés l'amincir ou cachant ses cheveux gris sous une teinture. Une fierté toute particulière illuminait son regard lorsqu'il se savait observé, conscient de l'ironie de la situation.
***
La lecture était et reste ancrée au cœur de notre famille. Une passion que mon père, son père et moi-même avons héritée.
***
Il fréquentait assidûment les bibliothèques, où il aimait échanger avec les bibliothécaires et découvrir de nouveaux horizons littéraires. De la littérature régionale à la spiritualité, en passant par la finance et l'astronomie, ses centres d'intérêt étaient vastes et variés.
***
Sa passion pour l'écriture était une constante dans sa vie. Toujours un carnet et un crayon à portée de main, il notait tout ce qui l'inspirait : une belle phrase lue dans un livre, une réflexion profonde, une émotion intense. Avec l'avènement d'Internet, il a rapidement maîtrisé les outils numériques pour partager ses écrits sur de multiples plateformes, devenant un auteur prolifique et connecté.
***
Son dévouement à la poésie était entier. Ses vers, simples et touchants, évoquaient avec délicatesse la beauté de la nature et les émotions humaines. Il a rapidement trouvé sa place au sein d'une communauté de passionnés, échangeant avec d'autres poètes et voyant ses écrits salués par le public. Couronné par le succès, il a même eu l'honneur d'entendre ses poèmes récités par de grandes comédiennes comme Béatrice Picard. Jusqu'à son dernier souffle, la poésie a été son mode d'expression privilégié. Son dernier poème, "La décision", témoigne de son cheminement vers l'acceptation, après avoir longuement pesé les choix qui s'offraient à lui en fin de vie.
***
Il était un amoureux de la nature, profondément marqué par la sagesse autochtone. Les loups, avec leur intelligence et leur sens de la communauté, l'émerveillaient. Les Laurentides, avec ses belles collines et ses magnifiques lacs, ont toujours été son refuge. Pendant des années, il y est allé pour pêcher, camper et se ressourcer. Il se reconnectait avec la nature et retrouvait une paix intérieure.
***
Il nous transmettait sa passion pour la nature avec ferveur, nous incitant à observer, à écouter et à respecter le monde qui nous entoure. Ses petites marmottes étaient pour lui une preuve tangible de cette connexion unique avec le vivant.
***
La pêche l'attirait. Il pouvait passer des heures dans la chaloupe à guetter le moindre mouvement de la ligne. La chasse, en revanche, ne l'attirait pas.
***
Toujours à l'affût de l'actualité, il dévorait les journaux et ne manquait jamais une émission politique. Des "Mordus de la politique" aux "Coulisses du pouvoir", il était un spectateur averti. Il n'hésitait pas à prendre position sur les sujets qui le passionnaient, apportant son analyse éclairée aux débats.
***
Il jouait à des jeux de hasard comme s'il risquait sa vie à chaque partie. Quand la chance le quittait, les dés volaient en l'air, comme s'il venait de perdre une grande bataille.
***
Nous avons été choyés. Tandis que les autres enfants du quartier jouaient dans la rue, nous partions en expédition chaque été : camping, roulotte, chalet... Old Orchard, l'Île-du-Prince-Édouard, et bien d'autres destinations encore.
***
Après avoir dirigé avec brio un service municipal, il a choisi de profiter d'une retraite anticipée pour explorer de nouvelles passions. De la vente d'objets divers aux marchés aux puces à la réalisation de travaux de finition, en passant par les ventes de garage où il révélait son talent de négociateur, il a mené une retraite aussi active que diversifiée.
***
Ces dernières années, il trouvait la paix sur la balançoire de la résidence La Roseraie, observant la rivière du Nord et nourrissant tendrement les marmottes, les moufettes et les écureuils. Les résidents de son immeuble venaient souvent le rejoindre pour échanger quelques mots.
***
"Lolo", sa sœur aînée, a toujours été son roc, sa confidente. Une présence rassurante qui l'a accompagné tout au long de sa vie. Il attendait avec impatience leurs cafés, moments privilégiés où ils se confiaient tout.
Mon père et sa sœur "Lolo"
Photographie prise par Diane St-Louis
***
Dans sa chambre d'hôpital, sa voisine de lit m'a fait un compliment qui m'a touchée : « C'est votre père ? C'est une personne vraiment bien. » Et ce n'était pas la première fois que j'entendais cela. D'autres personnes m'avaient déjà assuré que je pouvais être fière de lui.
***
Dans ses derniers moments, il s'est ouvert à ses visiteurs, partageant souvenirs et rires, et appréciant les appels reçus et la présence de ses proches. Cette expérience nous rappelle que l'amour et la présence sont les dons les plus précieux, à offrir et à chérir au quotidien.
***
Je suis reconnaissante à ses soeurs Julie et Lorraine pour avoir été à ses côtés sans relâche à l'hôpital, le réconfortant et l'accompagnant jusqu'au bout.
***
Derrière chaque être humain, il y a un être sensible, complexe et lumineux. C'est cette facette de son être que je voulais vous révéler dans cet hommage.
***
Que ton souvenir reste à jamais gravé dans nos mémoires.
***
Merci, papa.
***
Montage vidéo de son poème "Errance", dont un extrait figure sur le signet funéraire.
***
Une de ses musiques préférées était la pièce pour violoncelle "Le flot du temps", composée par mon compagnon Albert.
***
Une mélodie et des couleurs d'automne en mémoire de mon père : "Rayons d'octobre".
***
Lire ses poèmes sur Poésie française.
***
(28 juillet 1938-27 octobre 2024)
Photographie prise en novembre 2008 par sa sœur, Lorraine St-Louis, surnommée affectueusement "Lolo" par les intimes.
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Chartrand Saint-Louis,
Éloge funèbre,
Hommage,
Poésie,
SoundCloud,
Souvenirs,
St-Louis (Jean-Claude)
jeudi 13 juillet 2023
Évocation
Montage et photographies :
© 2023, Chartrand Saint-Louis
Musique :
© 2023, pièce de piano, titre : "Évocation", par Chartrand Saint-Louis, 0:55 min.
Mixage, révision et sonorisation par Albert
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Albert,
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Chartrand Saint-Louis,
Musique,
Photographie,
SoundCloud,
Souvenirs,
Vidéo
samedi 13 juin 2015
Je ne bégaie pas quand j’écris
Quand enfant je rentrais de l’école, je demandais souvent à ma mère pourquoi je bégayais. Elle me répondait toujours : « Tu ne bégaie pas, tu hésites. » Si cela atténuait mon angoisse, cela ne m’aidait en rien à faire face à mes camarades qui, comme on peut s’en douter, ne saisissaient pas la nuance entre un bègue et un… hésiteur ! Aussi avais-je droit quotidiennement à toutes sortes de blagues comme, par exemple, celle-ci : « Eh Dany, as-tu une minute ? J’aimerais te parler une seconde… » En classe, histoire d’éviter les rires des camarades, je me taisais autant que possible. Bien entendu, quand l’enseignant me pointait du doigt pour m’interroger, j’étais saisi de terreur pendant quelques secondes avant de répondre… Heureusement, la plupart des mes professeurs faisaient preuve d’empathie… au point que l’un d’entre eux, je me souviens, ne m’interrogeait jamais !
Oui, je sais, cela vous fait sourire… et je ne m’en formaliserai pas ! Tout comme je ne m’en formalisais pas trop quand on me lançait ce genre de vannes en ma jeunesse. Après tout, j’étais bègue. Par ailleurs, dans ma vie de bègue, j’ai appris très tôt à mépriser ces gens-là, les jugeant indigne de mon amitié. Jamais aucun d’entre eux n’est devenu mon ami. Exagérément, sans doute, je les rayais mentalement de la carte de l’humanité, convaincu qu’aucun de ceux qui se moquaient de moi, qui s’amusaient à m’imiter, n’arriverait à quelque chose de valable dans la vie. Bref, mon mépris agissait en moi comme une arme silencieuse, certes, mais très efficace pour le maintien de mon estime de moi.
En fait, ce qui m’a toujours attristé dans ce handicap a peu de choses à voir avec les blagues qu’on pouvait me faire à l’occasion. Généralement, je n’y portais pas trop attention, compte tenu que ceux qui les faisaient n’avaient guère d’importance à mes yeux et, qui plus est, ne faisaient pas partie de mes amis. Non, ce qui me chagrinait le plus concernait l’air idiot que le bégaiement m’apportait. Car vous pouvez bien penser ce que vous voulez, un gars qui bégaie n’a jamais l’air intelligent… Et je vous prie de croire que cela constitue sans aucun doute le handicap majeur du bègue… et ce, tant dans sa vie professionnelle que personnelle.
Prenons les filles, par exemple. Comment pensez-vous qu’un bègue s’y prend pour approcher une fille ? Il ne l’approche pas, c’est tout… car le désir social, toujours médiatisé, défavorise le bègue. Dans la mesure où on désire ce que socialement on nous montre comme désirable, les chances qu’une jeune fille porte son attention sur un bègue s’avèrent plutôt minces. Aussi ai-je mis beaucoup de temps avant de sortir avec une fille… comme j’ai mis du temps à asseoir ma situation professionnelle.
Honnêtement, je ne m’en suis pas trop mal sorti dans la vie, notamment en raison d’une découverte essentielle que j’ai faite assez tôt dans mon adolescence : je ne bégaie pas quand j’écris. Au siècle de l’image, moi j’ai privilégié l’écrit… C’est ce qui m’a permis d’obtenir de bons résultats à l’école, de réussir le concours d’entrée dans la fonction publique et, bien entendu, de me faire ma première copine… parce que, tout simplement, quand je tombais amoureux d’une fille, ne pouvant pas lui parler sans risquer de tout foutre par terre avec l’air idiot du bègue, je lui écrivais… Ma première « vraie » copine (par vraie, j’entends « fréquentation sur une base régulière »), je l’ai eue à un âge où mes amis en avaient depuis plusieurs années déjà. Je l’ai conquise en glissant une lettre sous la porte de sa chambre. (Nous vivions alors à plusieurs dans un ancien presbytère.) Dans cette lettre, je lui avouais mes sentiments, bien entendu. Le soir, en rentrant à la maison, elle a frappé à ma porte et, avec un large sourire, m’a dit : « Moi aussi »
À l’instar de tous ceux qui vivent avec un handicap, le bègue trouve en lui un moyen de contournement pour avancer dans la vie. Certains, comme le héros duPetit Bonzi, dressent une liste de mots alternatifs sur lesquels ils ne butent pas. D’autres recourent à d’autres moyens. Pour ma part, je l’ai fait à ma manière de sorte que ce handicap n’a pas été un obstacle à mes réalisations. Et je suis aussi heureux et malheureux que la plupart d’entre vous. Ça dépend des jours, quoi…
- Billet de Daniel Ducharme
Oui, je sais, cela vous fait sourire… et je ne m’en formaliserai pas ! Tout comme je ne m’en formalisais pas trop quand on me lançait ce genre de vannes en ma jeunesse. Après tout, j’étais bègue. Par ailleurs, dans ma vie de bègue, j’ai appris très tôt à mépriser ces gens-là, les jugeant indigne de mon amitié. Jamais aucun d’entre eux n’est devenu mon ami. Exagérément, sans doute, je les rayais mentalement de la carte de l’humanité, convaincu qu’aucun de ceux qui se moquaient de moi, qui s’amusaient à m’imiter, n’arriverait à quelque chose de valable dans la vie. Bref, mon mépris agissait en moi comme une arme silencieuse, certes, mais très efficace pour le maintien de mon estime de moi.
En fait, ce qui m’a toujours attristé dans ce handicap a peu de choses à voir avec les blagues qu’on pouvait me faire à l’occasion. Généralement, je n’y portais pas trop attention, compte tenu que ceux qui les faisaient n’avaient guère d’importance à mes yeux et, qui plus est, ne faisaient pas partie de mes amis. Non, ce qui me chagrinait le plus concernait l’air idiot que le bégaiement m’apportait. Car vous pouvez bien penser ce que vous voulez, un gars qui bégaie n’a jamais l’air intelligent… Et je vous prie de croire que cela constitue sans aucun doute le handicap majeur du bègue… et ce, tant dans sa vie professionnelle que personnelle.
Prenons les filles, par exemple. Comment pensez-vous qu’un bègue s’y prend pour approcher une fille ? Il ne l’approche pas, c’est tout… car le désir social, toujours médiatisé, défavorise le bègue. Dans la mesure où on désire ce que socialement on nous montre comme désirable, les chances qu’une jeune fille porte son attention sur un bègue s’avèrent plutôt minces. Aussi ai-je mis beaucoup de temps avant de sortir avec une fille… comme j’ai mis du temps à asseoir ma situation professionnelle.
Honnêtement, je ne m’en suis pas trop mal sorti dans la vie, notamment en raison d’une découverte essentielle que j’ai faite assez tôt dans mon adolescence : je ne bégaie pas quand j’écris. Au siècle de l’image, moi j’ai privilégié l’écrit… C’est ce qui m’a permis d’obtenir de bons résultats à l’école, de réussir le concours d’entrée dans la fonction publique et, bien entendu, de me faire ma première copine… parce que, tout simplement, quand je tombais amoureux d’une fille, ne pouvant pas lui parler sans risquer de tout foutre par terre avec l’air idiot du bègue, je lui écrivais… Ma première « vraie » copine (par vraie, j’entends « fréquentation sur une base régulière »), je l’ai eue à un âge où mes amis en avaient depuis plusieurs années déjà. Je l’ai conquise en glissant une lettre sous la porte de sa chambre. (Nous vivions alors à plusieurs dans un ancien presbytère.) Dans cette lettre, je lui avouais mes sentiments, bien entendu. Le soir, en rentrant à la maison, elle a frappé à ma porte et, avec un large sourire, m’a dit : « Moi aussi »
À l’instar de tous ceux qui vivent avec un handicap, le bègue trouve en lui un moyen de contournement pour avancer dans la vie. Certains, comme le héros duPetit Bonzi, dressent une liste de mots alternatifs sur lesquels ils ne butent pas. D’autres recourent à d’autres moyens. Pour ma part, je l’ai fait à ma manière de sorte que ce handicap n’a pas été un obstacle à mes réalisations. Et je suis aussi heureux et malheureux que la plupart d’entre vous. Ça dépend des jours, quoi…
- Billet de Daniel Ducharme
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