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jeudi 23 novembre 2023

Initiation à la musique

Liste des oeuvres pouvant être présentées au cours d'un 1er cycle d'initiation à la musique (enfants de 6 à 11 ans)

• Prokoviev : Pierre et le loup
• Mozart : Danses allemandes
• Rimsky-Korsakov : Le vol du bourdon
• L. Mozart : Symphonie des jouets
• Saint-Saëns : Carnaval des animaux (éléphant, volière, aquarium, cygne)
• Rameau : Danses des Indes galantes
• Dukas : L'Apprenti sorcier
• Bizet : Jeux d'enfants (Trompette et tambour, la poupée, la toupie)
• Borodine : Dans les steppes de l'Asie centrale
• Mozart : Petite musique de nuit
• Beethoven : Symphonie pastorale (3e et 4e mouvements)
• G. Charpentier : Impressions d'Italie (A mules)
• Bizet : L'Arlésienne (1re partie du Prélude, menuet, carillon, farandole)
• Grieg : Peer Gynt (le matin, dans le hall du roi de la montagne)
• Berlioz : La Damnation de Faust (Marche hongroise, danse des sylphes)
• Smetana : La Moldau
• Debussy : Petite suite (en bateau)
• Schubert : La Truite (lied) et Quintette « La Truite » (variations)
• Vivaldi : Les Quatre Saisons (ler mouvement du printemps, 3e de l'automne et 2e de l'hiver)
• Stravinsky : L'Oiseau de feu (danse infernale et berceuse)
• Weber : L'Invitation à la valse
• Danceries du Moyen Age et de la Renaissance
• Moussorgsky : Tableaux d'une exposition (le bydlo, ballet des poussins, Goldenberg et Schmuyle, le marché de Limoges, la Grande Porte de Kiev)
• Wagner : Lohengrin (prélude du 1er acte)
• Rossini : Le Barbier de Séville (air de la calomnie)
• De Falla : L'Amour sorcier (danse rituelle du feu)
• Ravel : Ma Mère l'Oye (Le Petit Poucet, les entretiens de la Belle et de la Bête)
• Lulli : Menuet du Bourgeois gentilhomme
• Chabrier : España; Joyeuse marche
• Loucheur : Rapsodie malgache
• Saint-Saëns : Danse macabre
• Janequin : Le Chant des Oyseaux
• Ibert : Escales (Tunis)
• Moussorgsy : Une nuit sur le Mont Chauve
• Bach : Toccata et fugue en ré mineur, 3e suite en ré majeur pour orchestre (air, gavotte, bourrée)
• Milhaud : Suite provençale (1er, 3e, 5e et 8e mouvements)
• Bartok : Concerto pour orchestre (extraits)
• Britten : Variations et fugue sur un • thème de Purcell (présentation des instruments de l'orchestre)

– J. Ruault et R. Blin, Commentaires d'oeuvres musicales : Évolution de la musique du chant grégorien au jazz, Paris : Librairie A. Colin, 1964, p. 6-7

« Cette progression n'est donnée qu'à titre purement indicatif. Pour certaines de ces oeuvres, il est conseillé de ne présenter que les extraits signalés. » (p. 6)

mardi 19 octobre 2010

Le narcissisme

Le narcissisme consiste à une surévaluation et une admiration sans bornes de soi-même. Le narcissique se croit supérieur aux autres. Il n’y a que lui qui compte ; les autres n’ayant que peu d’importance à ses yeux. Le narcissisme peut être décrit comme un état d’expérience dans lequel l’individu, de même que ses sentiments, ses croyances, ses convictions, sont perçues comme étant réels, tandis que tout ce qui ne fait pas partie de sa personne ou ne correspond pas à ce qu’il croit, n’est ni réel, ni intéressant.

L’individu narcissique manifeste un grave défaut de jugement et est incapable d’objectivité. Il n’éprouve un sentiment de sécurité qu’à partir de la conviction profonde qu’il a de sa perfection, de sa supériorité, de ses extraordinaires qualités. Il doit s’en tenir à l’image narcissique qu’il a de lui-même pour être pleinement satisfait.

Si son narcissisme est menacé, l’individu se sent menacé dans tout ce qui est pour lui, d’une importance capitale. Quand les autres le critiquent, le méprisent ou mettent en doute « sa » vérité, qu’il considère comme absolue, le narcissique réagit avec colère. Il ne pardonne jamais à ceux qui l’ont blessé dans son narcissisme et il éprouve, la plupart du temps, un grand désir de vengeance.

Le narcissisme de groupe

La plupart des individus ne sont pas conscients de leur narcissisme ; ils ne le sont que de ses manifestations. Ainsi, ils éprouvent une considération extrême pour leur patrie, leur religion, leur groupe. Ils n’ont aucune difficulté à exprimer leur foi totale, puisqu’un tel comportement est jugé de façon positive par le groupe, c’est-à-dire comme étant une expression de leur piété, leur fidélité, leur dévouement.

S’ils devaient exprimer ces sentiments à l’égard de leur propre personne ; s’ils disaient par exemple : « Je suis l’être le plus merveilleux du monde » ou « Je vaux beaucoup plus que n’importe qui », les narcissiques seraient considérés comme excessivement vaniteux et même pas très sains d’esprit. Mais comme ils le font pour un groupe, ils sont admirés. Ils peuvent alors donner libre cours à leur narcissisme, tout simplement parce qu’ils sont socialement approuvés et confirmés.

Dans le narcissisme de groupe, l’objet n’est plus l‘individu, mais le groupe auquel il appartient. L’individu peut alors exprimer librement son narcissisme, sans aucune restriction. Affirmer que son pays (ou sa religion, son groupe, etc.) est le plus merveilleux, le plus cultivé, le plus puissant, ne semble pas exagéré, au contraire, ce langage devient l’expression de la foi, du patriotisme. Parce qu’il est partagé par un groupe, ce jugement paraît tout à fait réaliste et rationnel.

Le narcissisme de groupe a plusieurs fonctions. Il vise la solidarité et la cohésion du groupe et surtout, il favorise la manipulation en faisant appel aux préjugés narcissiques. De plus, il devient très important pour ceux qui ont peu l’occasion de se sentir valorisés. Même le plus humble trouve une compensation à sa condition misérable, en se disant : « Je fais partie du groupe le plus merveilleux qui soit. N’étant qu’un être sans importance, je deviens un géant en appartenant à ce groupe ».

Le narcissisme et le fanatisme

Ceux dont le narcissisme se rapporte à un groupe sont les plus susceptibles de devenir fanatiques. Ils réagissent avec rage à la moindre blessure, réelle ou imaginaire, infligée au groupe. On peut même affirmer qu’ils réagissent beaucoup plus intensément que s’ils étaient eux-mêmes visés. Un individu peut éprouver quelque doute en ce qui concerne sa propre image narcissique, mais il n’en éprouve jamais, en tant que membre d’un groupe, puisque son narcissisme est partagé par la majorité.

L’image narcissique du groupe est exaltée, tandis que les autres (les ennemis, les infidèles) sont rabaissés au rang le plus bas (pourceaux, damnés). Le membre du groupe devient le défenseur de la foi, de la dignité humaine, de la morale et du droit. Des intentions diaboliques sont prêtées aux ennemis : ils sont perfides, cruels, fondamentalement inhumains. La violation d’un symbole du narcissisme de groupe (livre sacré, crucifix, drapeau, etc.) est suivie d’une réaction de colère tellement intense qu’elle entraîne les pires atrocités.

Le narcissisme de groupe conduit inévitablement au fanatisme. Il est la source la plus importante de l’agressivité humaine. Il diffère des autres formes d’agressivité, en ce sens qu’il atteint des niveaux de barbarie inégalés. On n’a qu’à penser au fanatisme religieux. Quelle autre forme d’agressivité pourrait conduire un individu à se faire sauter à la dynamite parmi une foule de gens qui n’ont rien à voir avec « la cause », si âprement défendue ?

Référence :

Fromm, Erich, La passion de détruire : anatomie de la destructivité humaine, Paris : Laffont, 2001, c1975

Suggestions de lecture sur le thème du narcissisme :

Behary, Wendy T, Face aux narcissiques : mieux les comprendre pour mieux les désarmer, Paris : Eyrolles, 2010
Delamaire, René, Qu’est-ce que les chefs ont de plus que nous ? Paris : Eyrolles, 2009
Dessuant, Pierre, Le narcissisme, Paris : Presses universitaires de France, 2007, c1983 (coll. « Que sais-je ? » 2058)
Kernberg, Otto, La personnalité narcissique, Paris : Dunod, 1997

dimanche 10 octobre 2010

Appropriation de soi

Aujourd’hui se propagent le stress, le harcèlement, la perte de sens et la souffrance dans le monde du travail. À l’échelon individuel, comment se protéger contre les méfaits de l’organisation du travail ? Comment parvenir à préserver une parcelle de soi-même, rester maître de son temps et résister à l’aliénation ?

Philosophie Magazine (mensuel numéro 39, mai 2010) répond à ces questions dans son dossier : « Le travail nuit-il à la santé ? ».

Abus d’investissement
« La volonté de s’accomplir coûte que coûte dans son travail peut avoir des effets pervers. Ainsi l’aliénation peut-elle naître d’une confiance trop naïve dans les puissances bienfaisantes du labeur, conduisant à en espérer davantage qu’il ne peut apporter. Cette tendance à tout vouloir de son travail est flattée par de nombreux managers. En offrant à leurs employés des conditions confortables et la possibilité de progresser rapidement en termes de carrière et de salaire, ils encouragent les individus à tout donner, au risque de leur vie privée et de leur santé. » (Michel Eltchaninoff, p. 55)

Attentes irréalistes à l’égard du travail
« Pourquoi le travail aurait-il pour effet de nous isoler, de nous affaiblir, de nous abattre ? Précisément parce que nous ne comptons pas sur lui uniquement pour gagner de l’argent. Nous en attendons des satisfactions personnelles et sociales, un moyen d’apprendre, de nous améliorer, de nous émanciper. L’aliénation est le nom de cet immense espoir déçu. » (Michel Eltchaninoff, p. 48)

Beauté intrinsèque de tout travail
« La solution serait d’affronter la réalité et les finalités de son travail, quitte à emprunter, si c’est possible, une autre voie. À moins de rabaisser ses prétentions et d’apprendre à respecter, dans les tâches les plus humbles et apparemment les plus absurdes, la beauté intrinsèque de tout travail. » (Michel Eltchaninoff, p. 55)

Réalisme et pessimisme
« Une certaine dose de réalisme ou de pessimisme sur les vertus du travail peut contribuer à nous rendre plus heureux. » (Alain de Botton, philosophe, p. 43)

Se tourner vers la philosophie
« De façon générale, les philosophes ont toujours été méfiants vis-à-vis du travail, notamment physique et servile. Ils ont aussi continûment mis en garde leurs semblables contre la médiocrité d’une vie qui serait tout entière dévolue à la survie ou à l’accumulation de richesses. À côté des nécessités économiques, les philosophes n’ont de cesse d’affirmer la nécessité de la contemplation et de la réflexion gratuite, pour que la condition humaine soit vraiment accomplie et digne d’être vécue. » (Alexandre Lacroix, rédacteur en chef, p. 39)

Temps privé
« La fin de l’aliénation dépend donc à la fois des conditions objectives de travail et de notre rapport intime à nos tâches. Ainsi savoir résister au désir de découvrir ses messages en temps réel ou respecter le temps privé permet-il, au moins dans un premier temps, de réduire cette aliénation qui touche à notre conscience elle-même. » (Michel Eltchaninoff, p. 52)

Une activité parmi tant d’autres
« Travailler est une nécessité, mais aussi, ne l’oublions pas, une immense fatigue. Il ne faudrait pas que cette activité coupe court à tous nos rêves, envahisse à chaque instant notre conscience, dirige nos émotions. Si notre survie dépend de notre obéissance aux diktats de l’univers professionnel, la vie est ailleurs. » (Alexandre Lacroix, rédacteur en chef, p. 39)

Voies multiples pour exprimer ses talents
« Bien travailler, prendre du plaisir dans son travail n’a pas toujours besoin d’être fait en référence à un but ultime grandiose. (...) Nous exagérons l’idée que seuls certains métiers donnent des gratifications. Les voies pour exprimer ses talents sont multiples. » (Alain de Botton, philosophe, p. 43)

À lire :

Honneth, Axel, La société du mépris, Paris : La découverte, 2006
Marx, Karl, Manuscrits de 1844, Paris : Flammarion, 2008
Stiegler, Bernard, Pour une nouvelle critique de l’économie politique, Paris : Galilée, 2009

lundi 3 mai 2010

Apprendre à lâcher prise

Tout le monde aspire au bonheur, mais le stress intense dans lequel on vit nous empêche de goûter pleinement une vie heureuse. On a même souvent l’impression que le bonheur n’est pas pour nous. Or, il ne faut pas oublier que le bonheur réside, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous.

Une des principales causes du stress est ce désir de tout contrôler, non seulement les événements, mais aussi la vie des gens qui nous entourent. Quoi de plus valorisant pour l’ego que de dominer et contrôler les autres ? Cette attitude entraîne inévitablement des conflits, car personne n’aime se faire dominer ou dicter une ligne de conduite. On ne peut également contrôler tous les événements, car la vie est faite d’une suite d’imprévus sur lesquels nous n’avons aucun contrôle.

On retrouve chez les gens qui aiment contrôler, une volonté que tout soit fait selon leurs goûts. Leur désir de tout contrôler est si fort qu’il les pousse à en faire toujours plus afin de donner l’impression qu’ils sont indispensables. Ce faisant, ils s’épuisent, autant physiquement que mentalement, car ils vivent sous une tension constante.

On peut exercer un contrôle sur sa propre vie, mais pas sur la vie en général. Pour vivre heureux et en harmonie, il faut accepter les gens tels qu’ils sont ainsi que les événements que nous ne pouvons contrôler. Pourquoi s’en prendre à la température, aux bouchons de circulation, aux files d’attente, etc. Nos sautes d’humeur n’y changent rien. Elles ne font que nous rendre plus agressifs et plus stressés. D’où la nécessité de lâcher prise.

En apprenant à lâcher prise, on apprend à vivre en harmonie avec les gens et à composer avec les événements. On permet à notre sagesse intérieure de s’exprimer et, à la longue, on y gagne en sérénité. Dans cette optique, on ne se laisse pas déstabiliser par les difficultés de la vie. En développant une réaction saine face aux événements, on acquiert une philosophie indispensable pour faire face à toutes les situations.

Références :

Lamarre, Dolorès, Le temps de lâcher prise : s’ouvrir à la connaissance de soi, Montréal : Quebecor, 2009
Poletti, Rosette et Barbara Dobbs, Se désencombrer de l’inutile, Genève : Jouvence, 2008
Portelance, Colette, Les 7 étapes du lâcher-prise, Montréal : Éditions du Cram, 2009

vendredi 11 avril 2008

Les manipulateurs

Les manipulateurs savent se dissimuler sous différents masques dont ils se servent pour mieux manœuvrer leurs proches. Ils sont passés maîtres dans l’art de modifier ces masques selon les personnes, les situations et les buts visés. Ils peuvent être sympathiques ou dictateurs. Le manipulateur sympathique ne l’est que pour un certain temps. Lorsque nous touchons à son pouvoir ou à son territoire, il se transforme instantanément. Lorsqu’on lui refuse quelque chose, il devient ironique, sarcastique et même méchant.

Comment reconnaître un manipulateur ?

- Il culpabilise les autres, au nom d’un lien familial, d’une amitié, de l’amour, etc.
- Il reporte sa responsabilité sur les autres et se démet de ses propres responsabilités.
- Il ne communique pas clairement ses demandes.
- Il répond de façon évasive.
- Il change ses opinions, ses comportements, selon les personnes ou situations.
- Il invoque toutes sortes de raisons pour déguiser ses demandes.
- Il exige des autres la perfection et une réponse immédiate à ses besoins.
- Il met en doute la compétence, les qualités des autres ; il critique, dévalorise et juge.
- Il fait passer ses messages par d’autres au lieu de le faire lui-même directement.
- Il sème la zizanie, crée la suspicion, divise pour mieux régner.
- Il joue à la victime pour se faire plaindre.
- Il oublie les demandes des autres, après avoir promis de s’en occuper.
- Il utilise les principes moraux des autres pour ses besoins (notions de charité, etc.)
- Il menace de façon déguisée ou utilise le chantage.
- Il change carrément de sujet au milieu d’une conversation.
- Il évite ou fuit un entretien, une réunion importante.
- Il tente de démontrer sa supériorité et se moque de l’ignorance des autres.
- Il ment constamment.
- Il prêche le faux pour savoir le vrai et déforme les faits à son avantage.
- Il est égocentrique à l’extrême.
- Il est jaloux des autres.
- Il ne supporte pas les critiques le concernant et nie l’évidence.
- Il ne tient aucunement compte des besoins des autres.
- Il attend au dernier moment pour demander, exiger ou contraindre.
- Il dit une chose alors que son attitude et ses actes démontrent le contraire.
- Il utilise la flatterie pour obtenir ce qu’il veut.
- Il crée un sentiment de malaise chez les autres.
- Il prend tous les moyens pour atteindre ses buts au détriment des autres.
- Il force à faire des choses qu’une personne n’aurait pas faites de son plein gré.
- Il est constamment l’objet de discussions entre les gens qui le connaissent.

On peut qualifier de manipulateur celui qui possède une dizaine de ces caractéristiques. Il faut évidemment faire une distinction entre faire de la manipulation de temps à autres et être un véritable manipulateur. Il est possible de retrouver dans notre comportement trois ou quatre de ces caractéristiques sans que cela fasse de nous des manipulateurs. Un véritable manipulateur n’agit pas comme tout le monde. Il ne s’agit pas chez lui d’un comportement passager. Le manipulateur manipule car il ne peut faire autrement. Il s’agit pour lui d’un système de défense, souvent inconscient. Malgré les apparences, le manipulateur n’a pas confiance en lui. Il ne peut exister sans la présence des autres et se construit en dévalorisant les autres. Les besoins, les droits des autres, sont pour lui très secondaires. Il a besoin des autres comme un noyé a besoin de s’accrocher à une bouée. Ce n’est qu’en dévalorisant, en culpabilisant et en critiquant les autres, qu’il se valorise et se déresponsabilise.

Les buts du manipulateur

Le but premier du manipulateur est de tenter de faire reconnaître qu’il est plus intelligent, plus compétent, plus bon, plus généreux que les autres. Comment s’organise-t-il ? Il observe, teste, épie ou s’arrange pour relever les failles et les défauts des autres. De cette façon, il peut s’en démarquer lui-même. En relevant une faille chez l’autre, il ne peut qu’être différent, selon lui. On appelle cela le phénomène de projection. Le manipulateur reproche à l’autre des lacunes qui sont les siennes. C’est une logique courante qui amène à la conclusion suivante chez la victime : « S’il me reproche de l’être, il ne peut l’être lui-même ». C’est cette fausse évidence qui nous piège et nous déstabilise.

Comment devient-on manipulateur ?

Il s’agit d’un système de défense mis en place dès l’enfance. On ne devient pas manipulateur du jour au lendemain. Le mécanisme de défense du manipulateur est différent de tout autre mécanisme, en ce sens que la manipulation est systématiquement utilisée comme moyen de survie. Ce mécanisme devient automatique chez le manipulateur. Il devient son seul et unique mode ; le seul qui lui permette de communiquer. Un manipulateur forge sa personnalité dès l’enfance. Enfant manipulateur, il a commencé par noter les failles affectives de ses parents pour mieux les faire souffrir par la culpabilisation. Il a compris rapidement que ce moyen lui donnait du pouvoir sur eux. La plupart des manipulateurs ont été considérés, dès leur enfance, comme plus intelligents, plus malins que les autres enfants. Ils ont été des enfants-rois, trop admirés, trop gâtés, qui ont obtenu ce qu’ils voulaient en utilisant la manipulation. Ils ont évidemment conservé cette attitude en vieillissant.

Le manipulateur est-il conscient de l’être ?

Environ 20% des manipulateurs sont bien conscients de leur état et en jouissent, puisqu’ils confondent ce pouvoir avec de l’intelligence. Ils prennent plaisir à être désagréables, à déstabiliser et culpabiliser les autres. La plupart cependant, n’ont pas conscience des dégâts qu’ils causent. Ils ne réalisent pas les conséquences de leurs actes : dévalorisation, perte de confiance en soi, stress intense, destruction psychique avec répercussions sur les plans physiologiques et physiques. L’attitude du manipulateur est semblable à celle du paranoïaque : surestimation du moi, méfiance, susceptibilité, agressivité. Le manipulateur attribue aux autres les intentions persécutrices qui sont les siennes. Le manipulateur ne se remet jamais en question. Hormis quelques rares exceptions, le manipulateur n’est pas conscient de son attitude dévastatrice. Son égocentrisme est tellement puissant que ce seul facteur suffit à expliquer son ignorance des dommages qu’il cause.

Les dommages causé par un manipulateur

Un manipulateur est indéniablement un rongeur d’énergie. La victime dira : « Il me pompe toute mon énergie » ou « Il me rend malade par son attitude, ses remarques désobligeantes ». Un contact prolongé avec un manipulateur engendre un sentiment de culpabilité, d’anxiété, de peur ou de détresse. Ces sentiments s’installent et deviennent de plus en plus lourds avec le temps. Les conséquences sont multiples : dépression, angoisse, stress, maux de tête, troubles digestifs, nervosité, tensions musculaires, manque de sommeil, troubles cardiovasculaires, troubles cutanés, etc. À long terme, une maladie grave peut en résulter.

Les moyens pour contrer la manipulation

Pour éviter d’être détruit par un manipulateur, il est très important de se protéger. Il faut pour cela utiliser la technique, dite du brouillard, c’est-à-dire d’un mode de communication floue et superficielle consistant à ne pas s’engager. Il peut s’agir d’une réponse humoristique ou ironique, ou encore d’une réponse ferme de refus. Le manipulateur s’éloigne rapidement d’une personne insensible à son pouvoir. Il ne peut se sentir supérieur vis-à-vis d’un indifférent, puisque ce dernier ne réagit pas aux provocations, aussi subtiles soient-elles. Le manipulateur glisse complètement sur un indifférent. Le principe est de toujours répondre avec indifférence et de faire en sorte que le manipulateur le comprenne rapidement. Il est important de répondre du tac au tac, sans animosité, ni agressivité. Les principes sont les suivants :

- Faire des phrases courtes.
- Rester dans le floue.
- Utiliser des phrases toutes faites, des proverbes, etc.
- Utiliser le "on" régulièrement.
- Faire de l’humour si la situation le permet.
- Sourire, surtout en fin de phrase.
- Faire de l’auto-dérision.
- Rester poli.
- Ne pas entrer dans des discussions qui ne mènent à rien.
- Éviter l’agressivité.
- Ne pas tenter de se justifier, car c’est impossible avec un manipulateur.
- Faire de l’ironie, si le contexte le permet.

En bref, il faut faire en sorte que notre comportement soit celui d’un indifférent. Le contrôle de soi est important pour éviter tout débordement d’émotions négatives pour soi.

Voici quelques exemples de phrases courtes : a) C’est votre opinion ! b) Vous pouvez le penser, c’est votre droit ! c) C’est votre interprétation ! d) Prenez-le comme vous le voulez ! e) C’est une façon de voir ! f) Personne n’est parfait ! g) Ça peut arriver à tout le monde ! h) Je n’ai pas le don de voyant ! i) Chacun ses goûts ! j) Ne vous inquiétez pas pour moi ! k) Il ou elle a ses raisons ! l) On ne commencera pas à tomber dans les ragots ! etc. Des réponses courtes déstabilisent le manipulateur en ce sens qu’il ne peut jouer son jeu.

Conclusion

Il faut être conscient des dommages considérables causés par un manipulateur et il faut s’en protéger. À moins de vivre cloîtrés, nous allons rencontrer des manipulateurs au cours de notre vie. Ils sont heureusement peu nombreux et leur existence ne doit pas nous rendre méfiants vis-à-vis tout le monde. Sachons nous fier à notre instinct de survie et soyons à l’écoute de nos émotions. Puisque le manipulateur ne changera pas, à moins d’une thérapie, il est inutile de tenter de le changer soi-même. Il faut simplement se protéger sans créer de guerres inutiles et sans fin. Notre salut réside dans notre ferme détermination à ne jamais se faire manipuler par qui que ce soit.

Sources :

Abgrall, Jean-Marie, Tous manipulés, Tous manipulateurs, Paris : First, 2003
Ettori, Fernand et Pascal Génot, Manipulé, Moi ? Jamais ! Influence et manipulation dans la vie quotidienne, Paris : First, 2006
Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Paris : J’ai lu, 2004, c1997
Lalord, François et Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles ? Paris : Odile Jacob, 1996
Nazare-Aga, Isabelle, Les manipulateurs sont parmi nous. Qui sont-ils ? Comment s’en protéger ? Montréal : Éditions de l’homme, 1997
Ruben, Douglas H., Le sentiment de culpabilité : dix étapes pour s’en libérer, Saint-Jean-de-Braye, France : Dangles, 1996
Thomas, Gordon, Enquête sur les manipulations mentales : les méthodes de la CIA et des terroristes, Paris : Albin Michel, c1989

samedi 7 mai 2005

La jalousie

Qu’est-ce qui se passe dans un cerveau jaloux ? Qu’est-ce qui suscite ce flot d’émotions, parfois dévastatrices ?

L’article de Marie-Pier Elie sur « les vertus de la jalousie » permet d’en comprendre le mécanisme, de savoir ce qui la déclenche et ce qu’en dit la science.

La jalousie n’est pas une invention humaine. Sur plusieurs points, nous ne sommes pas différents des animaux. Nos réactions de jalousie sont commandées par des mécanismes biologiques « vieux comme le monde » ; la résultante des millions d’années d’évolution qui ont permis à l’être humain de survivre et de transmettre ses gènes. C’est ce qu’affirment les psychologues évolutionnistes.

Selon l’anthropologue Bernard Chapais, « seul le mâle manifeste de la jalousie au sein de la plupart des espèces animales, parce qu’il est le seul à en retirer un véritable avantage ». La raison principale en est l’incertitude paternelle. Une femme est la mère biologique de son bébé ; pour son compagnon, c’est loin d’être aussi certain. Un homme a donc tout avantage à limiter le nombre de concurrents à la course à la fécondation.

Les femmes ne sont pas pour autant épargnées par la jalousie. Leur jalousie a moins à voir avec la transmission de leurs gènes mais davantage à leur survie (au sein de leur progéniture). La jalousie leur permettrait de garder son « pourvoyeur » à ses côtés pour ne pas assumer seules le fardeau de la procréation.

Y a-t-il une différence entre les types de jalousie masculine et féminine ? Selon des recherches, il y en aurait une.

Le psychologue américain David Buss a demandé à plusieurs sujets d’imaginer leur partenaire en relation avec une autre personne selon deux scénarios (dans le premier, le partenaire avait un rapport sexuel avec l’autre personne ; dans le second, il en tombait amoureux et développait un attachement profond envers elle). Le premier scénario générait une détresse plus importante chez les hommes (60%) alors que les femmes (83%) trouvaient le second plus menaçant. Ces résultats ont été corroborés par plusieurs autres études.

Les hommes préfèrent donc l’infidélité émotionnelle de leur compagne ; les femmes optant davantage pour l’infidélité sexuelle (un moindre mal, compte tenu de l’idée encore répandue qu’un homme peut avoir une relation sexuelle avec une autre femme sans éprouver quoi que ce soit à son endroit).

Qu’est-ce qui se passe dans un cerveau jaloux ?

Il semble que ce soit très difficile à cerner. La jalousie ne serait pas une émotion biologique mais davantage un trouble de la relation avec les autres (Jean-Didier Vincent, neurobiologiste).

Des expériences ont été tentées pour soigner des patients trop jaloux à l’aide de médicaments qui modifient le niveau de sérotonine. Les antidépresseurs faisaient disparaître les symptômes mais la passion s’en trouvait éteinte elle aussi.

La jalousie : piment et ciment du couple ? Il semble que oui. Sans jalousie, l’amour serait insipide ; toutefois, en quantité excessive, il deviendrait invivable.

Les femmes susciteraient intentionnellement la jalousie afin d’intensifier l’engagement de leur partenaire, pour renforcer sa confiance en elles ou pour tester la solidité de leur union. Les hommes auraient recours à d’autres tactiques pour conserver leur partenaire (vigilance, attention accrue à sa compagne, parfois même la violence).

Quand la jalousie devient-elle pathologique ? Lorsqu’elle est suscitée par une menace purement imaginaire (Serge Lecours, professeur à l’Université de Montréal).

Où se trouvent les racines de la jalousie ? De plus en plus de chercheurs rattachent la jalousie à la petite enfance. La thèse retenue : la jalousie serait apparue en guise de réponse à la compétition que se livraient les rejetons pour obtenir les ressources limitées de leurs parents (dans la peur de perdre une ressource au détriment d’autrui).

La jalousie et l’envie sont-elles à distinguer ? Oui, en effet. La Rochefoucauld faisait cette remarquable distinction : « La jalousie est en quelque sorte juste et raisonnable puisqu’elle ne tend qu’à conserver un bien qui nous appartient ; au lieu que l’envie est une furieuse qui ne peut souffrir le bien des autres. »

Source principale :

Elie, Marie-Pier, « Les vertus de la jalousie », Québec Science, mai 2004, p. 15 à 21

Autres références :

Buss, David, Les stratégies de l’amour : comment hommes et femmes se trouvent, s’aiment et se quittent depuis 4 millions d’années, Paris : Interéditions, 1994
Kirouac, Gilles, Cognitions et émotions, Québec : Presses de l’Université Laval
Kirouac, Gilles, Les émotions, Sillery : Presses de l’Université du Québec, 1990
Pasini, Willy, La jalousie, Paris : O. Jacob, 2004
Pasini, Willy, À quoi sert le couple ?, Paris : O. Jacob, 1996
Pasini, Willy, Nourriture et amour : deux passions dévorantes, Paris : Payot : Rivages, 1995
Vincent, Jean-Didier, Biologie des passions, Paris : O. Jacob, 1994