dimanche 25 mars 2018

Rencontre

Vous, amis d'enfance, qui avez su m'apprivoiser
Vous, frères et sœurs avec qui jadis j'ai pavoisé
J'ai tant désiré voir se réaliser cet événement jubilatoire
Cette rencontre obligatoire de rescapés des crématoires.

Enfin libéré de cette nostalgie qui m'avait tant accablé
On va se revoir, se parler, en un mot ensemble s'attabler
Votre présence constitue le nord de ma boussole
Je vais revivre les splendeurs des champs de tournesols.

Je vais vous écouter et vous dire, avec amour et tact
Combien j'ai espéré et tant souhaité recréer le contact
Avec vous me promener dans les souvenirs d'avant les hommes
Qui m'ont arraché de mon terroir, de mon rhizome.

Chassé de mon village sans discours ni palabre
Obligé de m'exiler dans un désert de terre glabre
Proscrit et séparé pendant longtemps, sans la passerelle
Qui soudait nos rires et mettait fin à nos innocentes querelles

J'ai souffert votre absence et celle de mon petit Frétoy
J'ai langui nos jeux, nos chansons, et puis moi et toi
Aujourd'hui je vais vous revoir et sur votre visage
Le bonheur chantera, éclairant autour de moi le paysage.

– Poème de Michaël Adam

lundi 10 avril 2017

Le dernier souffle : au coeur de l'Hôtel-Dieu de Montréal

C'est un film très touchant.

Tout dans ce film est traité d’une manière intime, respectueuse et tendre. C'est un véritable cri du coeur pour la sauvegarde d'un établissement exceptionnel, ancré dans l'histoire de la Ville de Montréal.

BANDE-ANNONCE | LE DERNIER SOUFFLE, AU COEUR DE L'HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL from Annabel Loyola on Vimeo.


jeudi 6 avril 2017

Le jardin des quatre saisons

Te souviens-tu, c’était au printemps
Mon coeur pour toi battait en chantant
Dans ce jardin où le soleil hésitant
Éclairait notre bonheur de débutants.

Puis vinrent les chaleurs de l’été
Qui mettaient des perles sur ta beauté
Tu avais la saveur d’un fruit éclaté
Tu étais ma lumière, ma félicité.

Mais bientôt survint l’automne
Accompagné parfois de jours monotones
Toujours pour toi mon cœur chantonne
Même si les nuages souvent moutonnent.

Puis ce fut la saison de l’hiver
Qui vint refroidir un peu notre univers
Mais mon affection pour toi persévère
Notre Éden à mes yeux toujours sera vert.

– Poème de Michaël Adam

vendredi 18 mars 2016

Testament of Youth (Mémoires de jeunesse)

Un beau film. Un film qui porte sur la peine inconsolable qu’une jeune femme ressent à la perte de son fiancé, de ses amis, puis de son frère. Cette perte est occasionnée par l’action la plus stupide que les hommes puissent commettre : la guerre.

Vera Brittain, auteure de ces mémoires, s’engage comme infirmière, mettant fin à des études prometteuses dont l’accès, pour les femmes de cette époque, s’avérait difficile, un bon mariage constituant encore la meilleure garantie pour leur avenir. Mais, dans les circonstances de la guerre de 1914, poursuivre des études de lettres classiques n’avait plus de sens pour elle. Elle s’engage donc comme infirmière, d’abord en Angleterre, puis, après la mort de son fiancé, en France où elle cherche à se rapprocher de son frère. Elle s’est effectivement rapprochée de ce frère qui est mort peu de temps après son arrivée. Cette scène avec tous ces corps de jeunes hommes étendus sur des civières de fortune vous laissera une forte impression qui vous fera comprendre encore avec plus d’acuité la célèbre réponse que fit Louis-Ferdinand Céline, dans Voyage au bout de la nuit (1932), à Lola qui lui demandait pourquoi il ne voulait pas partir à la guerre, et s’il était lâche : « Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

À la fin de cette guerre, Vera Brittain a trouvé le courage de prendre la parole dans une assemblée de revanchards pour clamer que le monde doit trouver un autre moyen que la violence pour solutionner ses conflits. Elle s’engage alors sur la voie du pacifisme. Jamais elle n’oubliera ceux qui ont illuminé sa jeunesse. Et jamais elle ne sera la même personne qu’avant la guerre. Comme l’écrit encore Céline, une année avant la parution de Testament of Youth de Vera Brittain : « De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c’est des mots. »

Il est rare que je vois un film tiré d’un livre sans que j’aie lu celui-ci avant. Ce fut le cas pour Testament of Youth (1933), un très beau film britannique qui, à moins que vous n’ayez pas la moindre parcelle de sensibilité, saura vous toucher.

Mémoires de jeunesse (Testament of youth), 2015, un film britannique de James Kent, avec Alicia Vikander, Kit Harrington et Taron Egerton. 2 h 10.

– Critique de Daniel Ducharme

samedi 13 février 2016

La cybernétique

« Nous sommes des naufragés sur une planète vouée à la mort. »
Norbert Wiener, fondateur de la cybernétique

La cybernétique fournit l’une des principales clés permettant de comprendre la nature des mutations technologiques et culturelles en cours puisqu'elle a joué un rôle de premier plan dans la constitution d’un « paradigme informationnel » qui a germé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, nous sommes entrés dans « un monde sans frontières, tout entier voué à la communication et à l’échange d’informations (...). Un monde rendu plus rationnel par le contrôle et la gestion informationnels. Un monde peuplé d’êtres hybrides tels ces machines intelligentes, ces robots et cyborgs dont les médias annoncent chaque jour les nouveaux exploits. »

En niant l’héritage humaniste tout en promulguant une logique de désubjectivation, la cybernétique a ouvert une brèche profonde au cœur du principe d’humanité. Elle a rejeté les notions d’« autonomie subjective » et d’« intériorité subjective », présumant que « nous n’avons aucune expérience interne de la personnalité des autres ». La transformation radicale de la figure du sujet humain s'est opérée par la transformation de son rapport à la machine. En mettant l’accent sur les messages et les codes, la cybernétique en est venue à annuler les lignes de démarcation entre homme, ordinateur et environnement. Par l’extension de la notion de comportement, elle inclut la machine dans la catégorie universelle d’« être comportemental ». Cette conception a mené à une « ontologisation » de la machine.

- Céline Lafontaine, La société postmortelle : la mort, l’individu et le lien social à l’ère des technosciences, Paris : Éditions du Seuil, 2008 (résumé et extraits)

Le brillant essai de Céline Lafontaine permet de saisir tous les bouleversements qui affectent les sociétés modernes, dont la logique de désubjectivation et la négation de l’héritage humaniste. Comme le dit l’auteur, lorsque l’on prend conscience du lien traditionnellement établi en Occident entre la mémoire et la subjectivité, on se rend compte de l’ampleur du retournement philosophique induit par la cybernétique.

À lire aussi : Ronan Le Roux, "Cybernétique et société au XXIe siècle", Archive ouverte HAL, janvier 2014

vendredi 5 février 2016

Le responsable des ressources humaines (Avraham B. Yehoshua)

Une femme meurt dans un attentat terroriste. En soi, cela n’a rien d’inhabituel à Jérusalem. Sauf que, dans ce cas, personne ne vient réclamer le corps. Sur elle, on a retrouvé une fiche de paie permettant de l’identifier : Julia Ragaïev, quarante-huit ans, employée d’entretien dans une boulangerie industrielle de la ville. Au bout d’une semaine, le corps n’est toujours pas réclamé. Un employé de la morgue en informe un journaliste de petite envergure qui décide d’écrire un article sur un sujet haut en couleur en ces temps d’instabilité : le manque d’humanité d’une entreprise qui ne prend même pas la peine de s’inquiéter de l’absence d’une de ses employés. Le PDG de la boulangerie, un homme vieillissant qui souhaite retrouver la paix intérieure avant de tirer sa référence, convoque le responsable des ressources humaines et le charge de faire toute la lumière sur cette affaire.

C’est ainsi que les fils se tendent pour favoriser le décollage d’une histoire enlevante qui débute à Jérusalem pour se poursuivre dans une ex-république du bloc soviétique pour enfin revenir à Jérusalem. Une histoire qui tourne essentiellement autour de la quête du responsable des ressources humaines qui, agacé par le journaliste tout en autant que troublé par le destin tragique de cette femme, en fait une affaire personnelle.

Le roman est structuré en trois parties, une « passion en trois actes » comme l’indique l’auteur en sous-titre de son œuvre. Rien de très passionnel, pourtant, dans ce roman qui combine enquête policière, réflexion métaphysique et chronique sociale. Le héros, un homme de quarante ans, divorcé et père d’une fille adolescente, est incarné tout entier par une fonction, celle de responsable des ressources humaines ou de DRH. C’est à ce point que, nulle part dans le roman, l’auteur lui attribue un nom, une identité, si ce n’est celui d’un homme perturbé par l’hostilité des femmes : son ex-femme, d’abord, qui lui prend tout le pognon qu’elle peut lui prendre ; sa mère, ensuite, qui est mécontente de voir revenir son fils à la maison et qui l’accuse d’avoir laissé détruire sa famille ; sa fille, enfin, qui en a marre des disputes continuelles de ses parents.

C’est dans ce contexte que le DRH s’investit dans cette mission qui consiste à offrir une sépulture décente à cette femme dont la beauté « tatare » a quelque chose de mythique. L’enquête débute à la boulangerie, se poursuit dans le pays d’origine de Julia Ragaïev et se termine à Jérusalem où revient le DRH, après avoir trimbalé un cercueil pendant trois jours, pour enterrer cette femme, accompagné de son fils adolescent et de sa grand-mère. Au terme de sa mission, le PDG de l’entreprise s’indigne du peu de sens de toute cette affaire. Et c’est par cette réponse du responsable des ressources humaines que l’histoire se termine, sur une note teintée d’optimisme : « Le sens, monsieur, c’est à nous de le trouver. Et moi, comme toujours, je vous aiderai ».

J’ai profondément aimé ce roman qui, dans un style fort original, aborde une question tragique tout en ne négligeant pas la dimension personnelle et, par conséquent, universelle, de l’humain. Certes, le Proche-Orient doit composer avec un quotidien où la mort est parfois au bout de la rue. Mais cela n’occulte pas la difficulté de vivre du héros qui, attentat terroriste ou pas, s’interroge sur son destin. J’ai beaucoup aimé ce roman parce que l’auteur, malgré toute la lourdeur du monde, raconte des événements qui, avec un humour subtil mais constant, sait les mettre à notre portée. Ce qu’il faut retenir de ce roman, ce n’est pas nécessairement le culte mythique de Jérusalem, ville ouverte qui appartient à tous ceux qui se l’approprient (référence évidente au fils et à la mère de Julia Ragaïev qui reviennent y vivre à la fin du roman), mais plutôt cette rupture du quotidien personnalisée par cette quête au bout de laquelle le héros retrouve l’amour de sa fille et le respect de son ex-femme. Cela rappelle à tous ceux qui l’ignorent encore que c’est dans la mobilité que se manifeste l’humain en nous, car elle seule favorise le retour à soi si nécessaire au tournant de la vie.

Avraham B. Yeoshua est né à Jérusalem en 1936 dans une famille séfarade. Il est notamment l’auteur de L’Amant (1979), Un divorce tardif (1983), L’Année des cinq saisons (1990), Shiva (1995) et Voyage vers l’an mil (1998). Il vient de faire paraître La Mariée libérée (2005) aux éditions Calmann-Lévy.

Yehoshua, Avraham B., Le responsable des ressources humaines ; traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Paris : Calmann-Lévy, 2004.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

samedi 30 janvier 2016

Flamboiements

Reflets irisés des images d’une guerre
Aux couleurs de l’horreur et du sang
Qui font de la vie un mot vulgaire
Dards de mort qui tuent les innocents

Le ciel de cette terre que l’on dit sainte
Est embrasé par une haine inassouvie
L’infamie brille, Jérusalem, sur tes enceintes
La flambée de violence calcine Ahmed et Lévy

Les éclats sont ceux des pierres et des grenades
Dans les yeux des enfants ne brille plus le rire
Les enterrements tiennent lieu de promenade
Sait-on aujourd’hui qui demain va mourir ?

Israël et Ismaël ont soufflé sur les braises
Le feu consume les dernières lueurs d’espoir
L’incendie ravivé rallume la fournaise
La seule lumière vive est celle du désespoir

L’éblouissante clarté de la trêve ne dura guère
Voici revenus les lumineux et resplendissants
Reflets irisés des images d’une guerre
Aux couleurs de l’horreur et du sang.

– Poème de Michaël Adam

samedi 16 janvier 2016

Écrire ou ne pas écrire : conseil à un ami retraité

J’ai un ami qui vient de prendre sa retraite. Autour de la table, lors d’un repas avec d’autres amis, une discussion s’engage sur ses projets, sur ses intentions d’activité. Cet ami est doté d’une grande culture, mais s’avère un intellectuel passif. En effet, il lit beaucoup, il s’intéresse à la littérature, à la philosophie et à politique… mais il ne restitue pas par écrit ce qu’il retient de ses lectures, de ses observations. Bref, il n’écrit pas, même s’il a des opinions fort pertinentes sur les phénomènes sociopolitiques. Des opinions qu’il pourrait partager. Des idées qu’il pourrait diffuser. Parce qu’elles en valent la peine.

Mais mon ami a du mal à écrire. Mieux que quiconque, il souffre du syndrome de la page blanche ou plutôt de l’écran vide. Ce syndrome agit sur plus d’un individu. On s’assoit devant son écran, on commence à taper des mots… et tout se fige et ce, malgré le message qu’on voudrait communiquer au monde. Un écrivain (je crois qu’il s’agit d’Henry Miller, mais je n’en suis pas certain) a écrit quelque chose comme ça : s’il s’avère que tu es incapable d’écrire, alors écris pourquoi tu ne peux pas écrire et, à force d’écrire, tu écriras…

Alors voici ce que je conseille à mon ami. C’est d’ailleurs le même conseil que je me donne à moi-même et que je m’efforce tant bien que mal d’appliquer. Voici, donc.

1) Écris chaque jour, peu importe le jour et les conditions. L’idée est d’écrire 300 mots par jour. Dans le bus, dans le métro ou ailleurs. L’hypothèse à la base de cette initiative est que les idées vont jaillir des mots, et non l’inverse. 300 mots représentent les trois quarts d’une page de dimension standard. Alors il s’agit d’un objectif facile à atteindre. Une discipline à la portée de chacun de nous.

2) Ne te préoccupe pas du sujet de ton écriture. Écris sur n’importe quoi. Sur le gars affalé sur la banquette du bus. Sur la jeune fille qui pose les pieds sur le banc dans le métro. Sur le mec qui pue quand tu te trouves dans l’ascenseur de la Grande bibliothèque. Sur n’importe quoi. Toi ou les autres, peu importe. Si tu préfères des sujets plus vastes comme la gouvernance du monde, alors vas-y. Aucune limite ne t’est fixée.

3) Écris sans te préoccuper de la forme, de l’orthographe, de la qualité de la langue en général. Toutes ces règles sont des entraves au processus de création, et ceux qui s’en préoccupent outre mesure n’arrivent jamais à rien. Concentre-toi sur l’expression. Elle seule compte à cette étape. Ce qui importe, c’est de maintenir la discipline d’écriture au quotidien. C’est de t’exprimer, peu importe la qualité de cette expression.

4) Une fois par semaine, ou au rythme qui te convient, consigne tes notes dans un fichier. Quand tu en auras plusieurs pages ou des milliers de mots, tu te surprendras à y trouver des idées intéressantes. Et c’est à partir de ce moment-là que tu pourras reprendre tes notes pour en rédiger des billets de blogue ou autre chose. À ta guise. Tu es aux commandes. Tu décides. Pour une fois, il n’y a aucun patron sauf toi-même.

Écrire n’est pas une mince affaire. Cela demande du courage, du travail et une bonne estime de soi. Et il faut trouver la motivation au fond de soi, car la reconnaissance des autres peut ne jamais venir.

- Billet de Daniel Ducharme