dimanche 22 février 2015

La Huitième Couleur : Les Annales du Disque-monde, Tome 1 (Terry Pratchett)

Je n'avais jamais lu un roman associé au genre fantasy avant aujourd'hui. Je ne sais pas trop pourquoi, mais ces mondes fantastiques issus directement du cerveau plus ou moins dérangé d’un auteur ne m’ont jamais attiré. Aussi n'ai-je pas lu Le seigneur des anneaux de Tolkien, la référence en la matière. Comment beaucoup de mes contemporains, je me suis simplement contenté de voir l’adaptation cinématographique de cette œuvre… parce qu'il fallait bien accompagner mon fils, devoir de père oblige ! Mais même au cinéma, cela ne m’a guère enchanté, de sorte que je m'endormais généralement dans le premier quart du film tellement je trouvais ça d'un ennui mortel. (À ce propos, le mage Rincevent, le héros du Disque-monde, dit qu’entre la passion et l’ennui, il préfère volontiers l’ennui… et je dois reconnaître, un peu lâchement, que je suis parfois de son avis.) Bref, à tort ou à raison, je n'ai jamais eu envie de lire cette série de romans qu'on ne cesse d’encenser depuis des lustres.... Cependant, un peu par hasard pendant les fêtes de fin d’année, je suis tombé sur le premier tome des Annales du Disque-monde de l’auteur britannique Terry Pratchett. Ma liseuse une fois chargée, j’ai débuté la lecture de cet ouvrage… en me surprenant d’éprouver du plaisir ! Le genre venait de gagner un adepte de plus…

D’emblée je dois préciser une chose : le monde de Pratchett n’a pas grand-chose à voir avec celui de Tolkien. Chez Pratchett, le monde est un immense disque qui repose sur les dos de quatre éléphants géants qui le transportent en se dirigeant, en une marche lente, vers l’infini. Nulle quête de l’anneau… mais une déroute incroyable qui entraîne Rincevent, un mage plutôt raté (il n’a jamais terminé son cours de magie à l’Université de l’Invisible) sur les chemins de ce monde incertain, voire périlleux. Accompagné de Deuxfleurs, un touriste naïf au bagage ambulant, Rincevent essaie de trouver un endroit tranquille pour installer ses pénates, fuyant l’incendie d’Ankh-Morpork… dans lequel il a une part de responsabilité. Bien entendu, sa route est parsemé d’embûches : des dieux et déesses, des trolls, des assassins et voleurs, des elfes, etc. Mais je renonce à vous raconter… tellement cette histoire est farfelue.

Le monde de Pratchett est à l’opposé de celui de Tolkien : il est tordu, baroque, hilarant… et je l’ai aimé autant que j’ai détesté celui de Tolkien. Pour conclure, si vous êtes un fan du Seigneur des anneaux, il est probable que vous ne le serez pas des Annales du Disque-monde.

La Huitième couleur constitue le premier volume de cette série qui en compte trente-neuf… Rédigé en 1983, il a fallu dix ans pour le rendre accessible aux lecteurs francophones. En effet, les éditions L’Atalante, qui diffuse maintenant toute la série en version ePub sans DRM (et à un prix fort raisonnable en plus) a entrepris de la publier en 1993.

Pratchett, Thierry, La Huitième Couleur : Les Annales du Disque-monde, Tome 1. L'Atalande, c1983, 1996. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

– Compte rendu de Daniel Ducharme

mercredi 15 octobre 2014

Ô mon âme pourquoi te déguises-tu

Ô mon âme pourquoi te déguises-tu
Combien de masques
De dominos
Ô mon âme
Possèdes-tu
Je n’ai ni loups
Ni fards
Je suis
Simplement
Mobile mouvante ductile
Fluante

- Poème d'Aymeric Brun

samedi 4 octobre 2014

Réalité

Tremblements de terre, tsunamis, inondations, Ebola,
Guerres, attentats, décapitations, génocides, Hezbollah,
Boko Haram, Daech, Hamas, Al-Quaida, bref l’horreur:
Notre monde aujourd’hui vit dans la pire des terreurs.

Terre de misère et de souffrances, combien de massacres
Faudra-t-il encore pour que les puissants des lois et des sacres
Prêchent l’espérance et apportent enfin aux hommes le salut,
Quand auront-ils le courage de proclamer : «Jamais plus» !

A l’heure où les thèses antihumaines sont banalisées,
A l’ère où dans les idées fausses notre monde est enlisé,
En famille, dans les usines, dans les partis et les bureaux,
Les thèses racistes redeviennent le mobile des bourreaux.

Les pseudo-vérités prônées, glorifiées par les agitateurs
Engendrent les meurtres dont ils sont les ambassadeurs.
Dieu seul ne suffit plus à la population: il lui faut un chef,
Un meneur envoutant capable de mettre de l’ordre dans le fief,

Un chef autoritaire, envoyé du Seigneur, émule de la géhenne,
Venu offrir au troupeau ignorant les avantages de la haine
Et avec elle l’amputation de la démocratie et de ses libertés,
Le paupérisme, l’imbécilité et, bien sûr, le droit de décapiter.

Grandeur et décadence, elle est revenue l’heure de la barbarie,
De l’amnésie intellectuelle, de la terreur et de la sauvagerie.
La justice, la vérité, l’équité et la liberté ne sont jamais acquises,
Aujourd’hui, «tout ne va pas très bien Madame la Marquise» !

– Poème de Michaël Adam

vendredi 8 août 2014

Carnage

La folie meurtrière se déchaine, la haine a monté d’un cran
La mort fauche sur les plages, tuant jeunes, vieux et civils
Les missiles et les bombes ici et la explosent sur les écrans
En temps réel on voit les cadavres s’empiler dans les villes.

Impuissants face à la tuerie, les gens hurlent leur douleur
Chez eux on crie «mort aux juifs», ici «mort aux arabes»
Allah est en vert et Yahvé en bleu, deux couleurs du malheur
Les dieux se font la guerre dans les plaines de Gaza et de Moab.

Là-bas, j’ai vu parmi les enfants morts un petit animal, un ânon
Atteint par des éclats d’obus il agonisait lentement sur les gravats
Autour de lui, les réfugiés effarés piétinaient dans le bruit des canons
Sans faire attention à ce misérable équidé tué par les enfants de Jéhovah.

Mon regard s’est porté vers cette pauvre bête et j’ai senti soudain
Monter en moi un flot de pitié pour cette pauvre créature sans défense
Gisant dans ce paysage de mort et de désolation qui ressemble à Verdun
Et j’ai pleuré pour ces enfants et cet âne qui m’ont rappelé mon enfance.

– Poème de Michaël Adam

dimanche 6 juillet 2014

1989 Crépuscule sur la rivière Kwaï



Lors d’un périple en Thaïlande, nous étions descendus deux jours au Kwaï Lodge, un hôtel flottant amarré devant un magnifique jardin tropical. Le plancher de bambou tressé était simplement fixé sur des flotteurs, bidons de deux cent litres vraisemblablement de récupération. Trois radeaux composaient le Lodge. Au centre l’accueil, le bar et le restaurant. De part et d’autre, les chambres aux cloisons de bambou étaient alignées, portes donnant sur la rivière. Un petit parapet de bois évitait d’y plonger par inadvertance. Des multitudes d’orchidées étaient suspendues sur cette passerelle. Chaque soir, une serveuse en sari les décrochait une par une et les arrosait en les immergeant brièvement dans le courant…

Ce jour là, il y avait eu une excursion sur le fleuve. Nous étions tous montés sur un radeau pourvu de sièges et d’un dais pour assurer un peu d’ombre pendant la journée. Il était tiré par une de ces pirogues que les mariniers thaïs équipent d’un moteur de voiture, l’hélice allant jusque sous l’eau par l’entremise d’un long et mince arbre d’acier…La large rivière s'écoulait lentement entre des berges basses couvertes par la luxuriance de la végétation des tropiques. Parfois, un espace défriché permettait un accostage pour atteindre plus loin un ensemble de paillotes serrées à l’orée des arbres. Un buffle pattes immergées se rafraîchissait…

Sur le retour, nous fûmes pris par la tombée du jour. Les insectes et les batraciens donnèrent le signal. Le bruit devint intense, complexe mais toujours strident : coassements et stridulations s’opposaient puis faisaient cause commune pour ce concert mouvant de fin d’après midi. Soudain la lumière baissa …



A l’ouest, sur la rive gauche, l’horizon s’enflamma. Les couleurs déclinèrent en teintes pastel toutes les tonalités du jaune à l’orange, du bleu au violet, de façons discontinues, par fines touches très étirées, juxtaposées, impressionnistes. Les roses s’installèrent, les arbres devinrent ombres chinoises aux délicates ciselures. Dans un dernier très bref sursaut, la lumière repris tout son éclat puis s’éteignit. Nuit soudaine. Des eaux noires du fleuve zébrées d’argent montaient de lourdes effluves porteuses d’une brume légère qui lentement occupa tout le dessus des flots…

Nous étions là, ébahis, saoulés d’images, stupéfaits par la sur-naturelle et primitive beauté de ce spectacle.



– Billet de Jean-Louis MILLET

mardi 1 juillet 2014

Tu voudrais

Tu voudrais que mes écrits soient teintés d’humour
Que mes vers soient empreints d’un soupçon de rose
Que je parle de ce qui est beau, de la vie et de l’amour
Car, me dis-tu, souvent mes strophes sont trop moroses.

Pourtant, tu le sais, lorsque toi et moi regardions les étoiles
Lorsque le présent et l’avenir qu’ensemble nous tissions
Autour de nous tramaient les fils d’argent de notre toile
C’est de beauté et d’amour que je te parlais - de ma passion.

Je riais avec toi lorsque tu faisais fondre notre solitude
Avec cette chaleur magique qui faisait du néant un soleil
J’étais heureux comme un enfant et je goûtais la plénitude
Après l’accalmie, lorsque la félicité mettait nos coeurs en éveil.

Aujourd’hui que nos effusions sont devenues tendresse
A l’heure où l’affection a remplacé les épanchements
Je n’oublie pas les propos que j’avais à ton adresse
Ni ce qui est beau, ni la vie et l’amour, ni mon attachement.

Mais perdu avec toi dans l’infini d’un bonheur avorté
Dans cette galaxie pleine de promesses et de rires illusoires
J’ai vu qu’il y a tellement peu, outre ce que tu m’as apporté
Que j’ai perdu l’envie de peindre en rose cette vie provisoire.

– Poème de Michaël Adam

vendredi 13 juin 2014

Modestie singulière

Cette modestie est singulière
Où sont les rimes
Que j’aimais tant
Où se trouve la pompe
Qui ravissait mon âme
J’ai quitté tout orgueil
Je veux que mes vers
Soient sans apprêts et sans fards
Comme un fruit
Comme une peau nue

- Poème d'Aymeric Brun

mercredi 4 juin 2014

Deuxième édition de "La blessure des mots" de Thierry Cabot

Avant-propos

Pourquoi une deuxième édition de « La Blessure des Mots » ?

La réponse à la vérité est fort simple. Des thèmes jamais abordés se sont imposés à moi. Quelques-uns ont été développés ou approfondis. Le chemin, dit-on, fait souvent l’objectif. Et par strates successives, à la lumière des pièces déjà écrites, j’ai senti la nécessité de donner un prolongement et une impulsion nouvelle à ma démarche poétique.

En fait, ces trente-et-un poèmes sont venus s’ajouter aux précédents de manière quasi naturelle. Ils forment eux-mêmes l’élargissement d’une vision, d’un regard, d’un questionnement sur le monde et sur la vie. Ils ne peuvent nullement être dissociés des autres. Grâce à un phénomène de capillarité, lesdits poèmes non seulement dialoguent entre eux mais ont vocation à se fondre dans le creuset des textes composés plus tôt.

D’autre part, toujours en conformité avec mes orientations esthétiques, je suis demeuré fidèle à la métrique traditionnelle ; de l’emploi du tétrasyllabe à l’alexandrin, sans oublier l’impair. En écrivant, la recherche inlassable de l’expressivité m’a conduit également à privilégier quatre axes fondamentaux à mes yeux : l’image, l’émotion, le rythme et l’euphonie.

Entre inspiration et transpiration, le travail sur la langue ne semble d’ailleurs jamais finir. C’est le dur lot des poètes qui s’efforcent au milieu des affres de la création de fourbir leurs armes de lumière.

Ce qui est donné ne pèse pas lourd au regard de ce qui est conquis.

Chacun essaie de faire pour le mieux.

Au terme de cette nouvelle étape, me voilà quelque peu saisi par le vertige. L’aventure n’est donc pas terminée. « La Blessure des Mots » poursuit son chemin, vaille que vaille.

Puisse-t-elle, chers amis lecteurs, trouver une petite place dans votre cœur !

- Thierry Cabot

Lien de la deuxième édition de "La Blessure des Mots".