Les manipulateurs savent se dissimuler sous différents masques dont ils se servent pour mieux manœuvrer leurs proches. Ils sont passés maîtres dans l’art de modifier ces masques selon les personnes, les situations et les buts visés. Ils peuvent être sympathiques ou dictateurs. Le manipulateur sympathique ne l’est que pour un certain temps. Lorsque nous touchons à son pouvoir ou à son territoire, il se transforme instantanément. Lorsqu’on lui refuse quelque chose, il devient ironique, sarcastique et même méchant.
Comment reconnaître un manipulateur ?
- Il culpabilise les autres, au nom d’un lien familial, d’une amitié, de l’amour, etc.
- Il reporte sa responsabilité sur les autres et se démet de ses propres responsabilités.
- Il ne communique pas clairement ses demandes.
- Il répond de façon évasive.
- Il change ses opinions, ses comportements, selon les personnes ou situations.
- Il invoque toutes sortes de raisons pour déguiser ses demandes.
- Il exige des autres la perfection et une réponse immédiate à ses besoins.
- Il met en doute la compétence, les qualités des autres ; il critique, dévalorise et juge.
- Il fait passer ses messages par d’autres au lieu de le faire lui-même directement.
- Il sème la zizanie, crée la suspicion, divise pour mieux régner.
- Il joue à la victime pour se faire plaindre.
- Il oublie les demandes des autres, après avoir promis de s’en occuper.
- Il utilise les principes moraux des autres pour ses besoins (notions de charité, etc.)
- Il menace de façon déguisée ou utilise le chantage.
- Il change carrément de sujet au milieu d’une conversation.
- Il évite ou fuit un entretien, une réunion importante.
- Il tente de démontrer sa supériorité et se moque de l’ignorance des autres.
- Il ment constamment.
- Il prêche le faux pour savoir le vrai et déforme les faits à son avantage.
- Il est égocentrique à l’extrême.
- Il est jaloux des autres.
- Il ne supporte pas les critiques le concernant et nie l’évidence.
- Il ne tient aucunement compte des besoins des autres.
- Il attend au dernier moment pour demander, exiger ou contraindre.
- Il dit une chose alors que son attitude et ses actes démontrent le contraire.
- Il utilise la flatterie pour obtenir ce qu’il veut.
- Il crée un sentiment de malaise chez les autres.
- Il prend tous les moyens pour atteindre ses buts au détriment des autres.
- Il force à faire des choses qu’une personne n’aurait pas faites de son plein gré.
- Il est constamment l’objet de discussions entre les gens qui le connaissent.
On peut qualifier de manipulateur celui qui possède une dizaine de ces caractéristiques. Il faut évidemment faire une distinction entre faire de la manipulation de temps à autres et être un véritable manipulateur. Il est possible de retrouver dans notre comportement trois ou quatre de ces caractéristiques sans que cela fasse de nous des manipulateurs. Un véritable manipulateur n’agit pas comme tout le monde. Il ne s’agit pas chez lui d’un comportement passager. Le manipulateur manipule car il ne peut faire autrement. Il s’agit pour lui d’un système de défense, souvent inconscient. Malgré les apparences, le manipulateur n’a pas confiance en lui. Il ne peut exister sans la présence des autres et se construit en dévalorisant les autres. Les besoins, les droits des autres, sont pour lui très secondaires. Il a besoin des autres comme un noyé a besoin de s’accrocher à une bouée. Ce n’est qu’en dévalorisant, en culpabilisant et en critiquant les autres, qu’il se valorise et se déresponsabilise.
Les buts du manipulateur
Le but premier du manipulateur est de tenter de faire reconnaître qu’il est plus intelligent, plus compétent, plus bon, plus généreux que les autres. Comment s’organise-t-il ? Il observe, teste, épie ou s’arrange pour relever les failles et les défauts des autres. De cette façon, il peut s’en démarquer lui-même. En relevant une faille chez l’autre, il ne peut qu’être différent, selon lui. On appelle cela le phénomène de projection. Le manipulateur reproche à l’autre des lacunes qui sont les siennes. C’est une logique courante qui amène à la conclusion suivante chez la victime : « S’il me reproche de l’être, il ne peut l’être lui-même ». C’est cette fausse évidence qui nous piège et nous déstabilise.
Comment devient-on manipulateur ?
Il s’agit d’un système de défense mis en place dès l’enfance. On ne devient pas manipulateur du jour au lendemain. Le mécanisme de défense du manipulateur est différent de tout autre mécanisme, en ce sens que la manipulation est systématiquement utilisée comme moyen de survie. Ce mécanisme devient automatique chez le manipulateur. Il devient son seul et unique mode ; le seul qui lui permette de communiquer. Un manipulateur forge sa personnalité dès l’enfance. Enfant manipulateur, il a commencé par noter les failles affectives de ses parents pour mieux les faire souffrir par la culpabilisation. Il a compris rapidement que ce moyen lui donnait du pouvoir sur eux. La plupart des manipulateurs ont été considérés, dès leur enfance, comme plus intelligents, plus malins que les autres enfants. Ils ont été des enfants-rois, trop admirés, trop gâtés, qui ont obtenu ce qu’ils voulaient en utilisant la manipulation. Ils ont évidemment conservé cette attitude en vieillissant.
Le manipulateur est-il conscient de l’être ?
Environ 20% des manipulateurs sont bien conscients de leur état et en jouissent, puisqu’ils confondent ce pouvoir avec de l’intelligence. Ils prennent plaisir à être désagréables, à déstabiliser et culpabiliser les autres. La plupart cependant, n’ont pas conscience des dégâts qu’ils causent. Ils ne réalisent pas les conséquences de leurs actes : dévalorisation, perte de confiance en soi, stress intense, destruction psychique avec répercussions sur les plans physiologiques et physiques. L’attitude du manipulateur est semblable à celle du paranoïaque : surestimation du moi, méfiance, susceptibilité, agressivité. Le manipulateur attribue aux autres les intentions persécutrices qui sont les siennes. Le manipulateur ne se remet jamais en question. Hormis quelques rares exceptions, le manipulateur n’est pas conscient de son attitude dévastatrice. Son égocentrisme est tellement puissant que ce seul facteur suffit à expliquer son ignorance des dommages qu’il cause.
Les dommages causé par un manipulateur
Un manipulateur est indéniablement un rongeur d’énergie. La victime dira : « Il me pompe toute mon énergie » ou « Il me rend malade par son attitude, ses remarques désobligeantes ». Un contact prolongé avec un manipulateur engendre un sentiment de culpabilité, d’anxiété, de peur ou de détresse. Ces sentiments s’installent et deviennent de plus en plus lourds avec le temps. Les conséquences sont multiples : dépression, angoisse, stress, maux de tête, troubles digestifs, nervosité, tensions musculaires, manque de sommeil, troubles cardiovasculaires, troubles cutanés, etc. À long terme, une maladie grave peut en résulter.
Les moyens pour contrer la manipulation
Pour éviter d’être détruit par un manipulateur, il est très important de se protéger. Il faut pour cela utiliser la technique, dite du brouillard, c’est-à-dire d’un mode de communication floue et superficielle consistant à ne pas s’engager. Il peut s’agir d’une réponse humoristique ou ironique, ou encore d’une réponse ferme de refus. Le manipulateur s’éloigne rapidement d’une personne insensible à son pouvoir. Il ne peut se sentir supérieur vis-à-vis d’un indifférent, puisque ce dernier ne réagit pas aux provocations, aussi subtiles soient-elles. Le manipulateur glisse complètement sur un indifférent. Le principe est de toujours répondre avec indifférence et de faire en sorte que le manipulateur le comprenne rapidement. Il est important de répondre du tac au tac, sans animosité, ni agressivité. Les principes sont les suivants :
- Faire des phrases courtes.
- Rester dans le floue.
- Utiliser des phrases toutes faites, des proverbes, etc.
- Utiliser le "on" régulièrement.
- Faire de l’humour si la situation le permet.
- Sourire, surtout en fin de phrase.
- Faire de l’auto-dérision.
- Rester poli.
- Ne pas entrer dans des discussions qui ne mènent à rien.
- Éviter l’agressivité.
- Ne pas tenter de se justifier, car c’est impossible avec un manipulateur.
- Faire de l’ironie, si le contexte le permet.
En bref, il faut faire en sorte que notre comportement soit celui d’un indifférent. Le contrôle de soi est important pour éviter tout débordement d’émotions négatives pour soi.
Voici quelques exemples de phrases courtes : a) C’est votre opinion ! b) Vous pouvez le penser, c’est votre droit ! c) C’est votre interprétation ! d) Prenez-le comme vous le voulez ! e) C’est une façon de voir ! f) Personne n’est parfait ! g) Ça peut arriver à tout le monde ! h) Je n’ai pas le don de voyant ! i) Chacun ses goûts ! j) Ne vous inquiétez pas pour moi ! k) Il ou elle a ses raisons ! l) On ne commencera pas à tomber dans les ragots ! etc. Des réponses courtes déstabilisent le manipulateur en ce sens qu’il ne peut jouer son jeu.
Conclusion
Il faut être conscient des dommages considérables causés par un manipulateur et il faut s’en protéger. À moins de vivre cloîtrés, nous allons rencontrer des manipulateurs au cours de notre vie. Ils sont heureusement peu nombreux et leur existence ne doit pas nous rendre méfiants vis-à-vis tout le monde. Sachons nous fier à notre instinct de survie et soyons à l’écoute de nos émotions. Puisque le manipulateur ne changera pas, à moins d’une thérapie, il est inutile de tenter de le changer soi-même. Il faut simplement se protéger sans créer de guerres inutiles et sans fin. Notre salut réside dans notre ferme détermination à ne jamais se faire manipuler par qui que ce soit.
Sources :
Abgrall, Jean-Marie, Tous manipulés, Tous manipulateurs, Paris : First, 2003
Ettori, Fernand et Pascal Génot, Manipulé, Moi ? Jamais ! Influence et manipulation dans la vie quotidienne, Paris : First, 2006
Goleman, Daniel, L’intelligence émotionnelle, Paris : J’ai lu, 2004, c1997
Lalord, François et Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles ? Paris : Odile Jacob, 1996
Nazare-Aga, Isabelle, Les manipulateurs sont parmi nous. Qui sont-ils ? Comment s’en protéger ? Montréal : Éditions de l’homme, 1997
Ruben, Douglas H., Le sentiment de culpabilité : dix étapes pour s’en libérer, Saint-Jean-de-Braye, France : Dangles, 1996
Thomas, Gordon, Enquête sur les manipulations mentales : les méthodes de la CIA et des terroristes, Paris : Albin Michel, c1989
vendredi 11 avril 2008
jeudi 6 mars 2008
Haya Adam
Haya, en hébreu : "celle qui vit", naît à Paris le 8 septembre 1939, huit jours après la déclaration de la guerre. Sa mère meurt trois jours après sa naissance, le 11 septembre, date aujourd’hui tristement historique. Dès l’âge de 12 ans, elle fréquente un mouvement de jeunesse sioniste qui la mènera en 1959 en Israël dont elle fait sa nouvelle patrie. Au terme de son service militaire et d’un séjour de deux années dans un kibboutz où naît sa fille unique, Yaël, elle s’installe à Beer-Shéva, capitale du Néguev, où elle travaille dans une école en tant que secrétaire. Parallèlement, elle étudie à l’université et termine sa licence puis une maîtrise en langue et littérature françaises avec un prix d’excellence. Par la suite, elle enseigne le français au lycée et à l’université, puis ouvre un bureau de traduction en coopération avec Michael, son époux. Aujourd’hui à la retraite, elle réalise un rêve de longue date : elle se met à la peinture. Son style, à la fois réaliste et naïf, reflète certainement un des aspects de sa personnalité.
mardi 29 janvier 2008
Plus loin sur le chemin le moins fréquenté (Scott Peck)
« Le courage, c’est la volonté de dominer sa peur, de dominer la souffrance. Ce n’est qu’après, quand on s’est forcé à franchir cet obstacle, que l’on se sent plus fort et qu’on avance à grands pas vers la maturité. »
« Affronter la souffrance existentielle, la surmonter par tout un travail personnel, tel est notre lot, telle est la seule manière de progresser dans notre désert. »
« La plupart du temps, le mieux n’est pas de tenter d’effacer la souffrance de l’autre, mais de rester avec lui, de la partager. Il faut apprendre à écouter, à supporter la souffrance d’autrui. »
« C’est pour son propre bien que l’on doit pardonner. Pour son équilibre. »
« Penser ainsi à la mort (...) apporte l’amour de la vie, car notre fin nous paraît familière ; nous considérons chaque jour comme un don, et c’est alors que cette vie, petit à petit, nous devient très précieuse. »
« Nous sommes sur terre pour apprendre. Tous les événements, heureux ou malheureux, qui nous arrivent font partie de cet apprentissage. Mais c’est la mort qui est la matière principale, qui nous apprend le plus. »
« Progressivement, on abandonne ce narcissisme, cet amour de soi, c’est la preuve d’une vie spirituelle saine. L’échec de cette évolution se révèle extrêmement destructeur... »
« Il est bien plus astucieux de regarder le plus tôt possible la mort en face, en évitant de se prendre pour un objet précieux. Certes, nous n’arrivons jamais à éliminer réellement notre narcissisme, mais plus nous combattons pour le vaincre, plus nous sommes capables de surmonter notre peur de la mort. »
« (...) nous sommes capables de détacher les yeux de notre petite personne, de voir les autres, enfin, de les aimer. Oui, nous sommes alors capables de donner de l’amour. »
« Plus nous nous adaptons à la réalité, mieux nous nous débrouillons dans la vie. »
« L’une des caractéristiques des gens les moins équilibrés, les moins mûrs, c’est leur manque d’intérêt pour le mystère, leur manque de curiosité. Autre symptôme de la maladie mentale, la volonté de certains de vouloir toujours et tout le temps trouver une explication à l’inexplicable, quitte à bâtir de toutes pièces des systèmes incohérents. »
« La curiosité, le goût du mystère sont, en revanche, une grande preuve de santé mentale. Quelqu’un de très sain s’intéresse à tout, du rayon laser à la poésie, des mantes religieuses à l’astronomie. Mais ces gens-là sont rares. La plupart des êtres humains restent à mi-chemin entre la folie et la raison, entre l’apathie et la curiosité. Notre goût du mystère, s’il ne dort pas tout à fait, somnole en permanence. »
« L’humilité, la vraie, est toujours réaliste. (...) Arriver à se voir tel qu’on est, avec réalisme donc, reconnaître ses défauts et ses qualités est une démarche très ardue. »
« Ce "Moi" se traduit plutôt par un vrai respect de soi-même, un grand sens des responsabilités, une volonté de bien se connaître. Si l’on ne s’aime pas soi-même, on ne peut pas aimer les autres. C’est cela l’amour de soi. »
« Mais, tout en ayant conscience de sa propre imperfection, il faut simultanément avoir conscience de sa valeur, il faut s’aimer. Car c’est par le travail sur soi-même que l’on progresse, que l’on devient meilleur. »
« Je ne connais pas de mythe qui symbolise aussi bien le passage de la maladie mentale à la guérison. Le prix à payer, pour cette métamorphose, c’est d’assumer la responsabilité de ses actes. »
« J’ai rencontré, dans mon travail, nombre de gens consacrant leur vie à se souvenir de leur passé, à regarder en arrière, figés dans la nostalgie, incapables de progresser, véritables statues de sel. »
« (...) nous ne sommes pas obligés de vieillir intellectuellement. Pour le physique, bien sûr, la dégradation reste inexorable, nous finirons tous par mourir. Notre pensée, au contraire, possède une aptitude permanente à innover, à apprendre, à se rajeunir. »
« Ce n’est pas par hasard qu’on appelle "spiritueux" les liqueurs fortes. Les alcooliques sont des gens qui ont une grande soif de spiritualité. Ils sont victimes d’un trouble spirituel. »
« (...) la santé mentale, quel que soit le sexe, ce n’est pas d’éviter les crises, mais savoir les prévoir, y faire face suffisamment tôt, afin de mieux aborder la suivante et ainsi surmonter le plus de crises possible au cours de sa vie. »
« (...) ce que dit un patient est moins important que ce qu’il fait. S’il parle librement du présent ou de l’avenir, on peut être sûr qu’il a un blocage au niveau de son passé. S’il n’arrive pas à évoquer sa situation présente, c’est qu’il ne sait pas la gérer. Enfin, quand il a un mal fou à parler de son futur, c’est qu’il a un problème avec l’espoir et la foi. »
« (...) les dépressifs ne sont jamais sereins. Ils se flagellent en permanence, ... non sans "excès de scrupules". Excès qui est surtout un péché d’orgueil. Au fond, ces gens pensent : « Dieu me pardonne, mais c’est moi qui me juge ». Derrière la pellicule d’humilité, on trouvera très vite arrogance et narcissisme. Les déprimés, de manière générale, ne perçoivent pas le monde comme les autres. Ils ne peuvent voir que les mauvais côtés des choses et jamais le positif. »
« Traiter les dépressifs, c’est leur apprendre une autre manière de voir le monde, en les aidant à trouver ce qui est positif, pour qu’ils comprennent qu’une peinture qui s’écaille sur la façade, ça peut être très joli. »
« (...) la vie, c’est ce qui se produit alors qu’on avait prévu autre chose. Dieu merci ! »
« (...) quand il y a une décision à prendre, il ne faut pas rejeter une des solutions possibles sous prétexte qu’elle représente un sacrifice. »
« Jung a dit que le véritable objectif de l’évolution psycho-spirituelle était l’individuation, la capacité à se séparer de ses parents, à se donner une pensée autonome. Bref, à devenir des êtres indépendants, capables de diriger eux-mêmes leur bateau. Mais l’individualisme primaire néglige l’autre face dont Jung a également parlé : la connaissance de nos limites, notre fragilité et notre interdépendance vis-à-vis du reste de l’humanité. »
« Que vaut la foi si elle ne se traduit pas en action ? demandait Gandhi »
– Citations choisies par Chartrand Saint-Louis, puisées dans le livre de Scott PECK, Plus loin sur le chemin le moins fréquenté, Paris : Laffont, 1995
« Affronter la souffrance existentielle, la surmonter par tout un travail personnel, tel est notre lot, telle est la seule manière de progresser dans notre désert. »
« La plupart du temps, le mieux n’est pas de tenter d’effacer la souffrance de l’autre, mais de rester avec lui, de la partager. Il faut apprendre à écouter, à supporter la souffrance d’autrui. »
« C’est pour son propre bien que l’on doit pardonner. Pour son équilibre. »
« Penser ainsi à la mort (...) apporte l’amour de la vie, car notre fin nous paraît familière ; nous considérons chaque jour comme un don, et c’est alors que cette vie, petit à petit, nous devient très précieuse. »
« Nous sommes sur terre pour apprendre. Tous les événements, heureux ou malheureux, qui nous arrivent font partie de cet apprentissage. Mais c’est la mort qui est la matière principale, qui nous apprend le plus. »
« Progressivement, on abandonne ce narcissisme, cet amour de soi, c’est la preuve d’une vie spirituelle saine. L’échec de cette évolution se révèle extrêmement destructeur... »
« Il est bien plus astucieux de regarder le plus tôt possible la mort en face, en évitant de se prendre pour un objet précieux. Certes, nous n’arrivons jamais à éliminer réellement notre narcissisme, mais plus nous combattons pour le vaincre, plus nous sommes capables de surmonter notre peur de la mort. »
« (...) nous sommes capables de détacher les yeux de notre petite personne, de voir les autres, enfin, de les aimer. Oui, nous sommes alors capables de donner de l’amour. »
« Plus nous nous adaptons à la réalité, mieux nous nous débrouillons dans la vie. »
« L’une des caractéristiques des gens les moins équilibrés, les moins mûrs, c’est leur manque d’intérêt pour le mystère, leur manque de curiosité. Autre symptôme de la maladie mentale, la volonté de certains de vouloir toujours et tout le temps trouver une explication à l’inexplicable, quitte à bâtir de toutes pièces des systèmes incohérents. »
« La curiosité, le goût du mystère sont, en revanche, une grande preuve de santé mentale. Quelqu’un de très sain s’intéresse à tout, du rayon laser à la poésie, des mantes religieuses à l’astronomie. Mais ces gens-là sont rares. La plupart des êtres humains restent à mi-chemin entre la folie et la raison, entre l’apathie et la curiosité. Notre goût du mystère, s’il ne dort pas tout à fait, somnole en permanence. »
« L’humilité, la vraie, est toujours réaliste. (...) Arriver à se voir tel qu’on est, avec réalisme donc, reconnaître ses défauts et ses qualités est une démarche très ardue. »
« Ce "Moi" se traduit plutôt par un vrai respect de soi-même, un grand sens des responsabilités, une volonté de bien se connaître. Si l’on ne s’aime pas soi-même, on ne peut pas aimer les autres. C’est cela l’amour de soi. »
« Mais, tout en ayant conscience de sa propre imperfection, il faut simultanément avoir conscience de sa valeur, il faut s’aimer. Car c’est par le travail sur soi-même que l’on progresse, que l’on devient meilleur. »
« Je ne connais pas de mythe qui symbolise aussi bien le passage de la maladie mentale à la guérison. Le prix à payer, pour cette métamorphose, c’est d’assumer la responsabilité de ses actes. »
« J’ai rencontré, dans mon travail, nombre de gens consacrant leur vie à se souvenir de leur passé, à regarder en arrière, figés dans la nostalgie, incapables de progresser, véritables statues de sel. »
« (...) nous ne sommes pas obligés de vieillir intellectuellement. Pour le physique, bien sûr, la dégradation reste inexorable, nous finirons tous par mourir. Notre pensée, au contraire, possède une aptitude permanente à innover, à apprendre, à se rajeunir. »
« Ce n’est pas par hasard qu’on appelle "spiritueux" les liqueurs fortes. Les alcooliques sont des gens qui ont une grande soif de spiritualité. Ils sont victimes d’un trouble spirituel. »
« (...) la santé mentale, quel que soit le sexe, ce n’est pas d’éviter les crises, mais savoir les prévoir, y faire face suffisamment tôt, afin de mieux aborder la suivante et ainsi surmonter le plus de crises possible au cours de sa vie. »
« (...) ce que dit un patient est moins important que ce qu’il fait. S’il parle librement du présent ou de l’avenir, on peut être sûr qu’il a un blocage au niveau de son passé. S’il n’arrive pas à évoquer sa situation présente, c’est qu’il ne sait pas la gérer. Enfin, quand il a un mal fou à parler de son futur, c’est qu’il a un problème avec l’espoir et la foi. »
« (...) les dépressifs ne sont jamais sereins. Ils se flagellent en permanence, ... non sans "excès de scrupules". Excès qui est surtout un péché d’orgueil. Au fond, ces gens pensent : « Dieu me pardonne, mais c’est moi qui me juge ». Derrière la pellicule d’humilité, on trouvera très vite arrogance et narcissisme. Les déprimés, de manière générale, ne perçoivent pas le monde comme les autres. Ils ne peuvent voir que les mauvais côtés des choses et jamais le positif. »
« Traiter les dépressifs, c’est leur apprendre une autre manière de voir le monde, en les aidant à trouver ce qui est positif, pour qu’ils comprennent qu’une peinture qui s’écaille sur la façade, ça peut être très joli. »
« (...) la vie, c’est ce qui se produit alors qu’on avait prévu autre chose. Dieu merci ! »
« (...) quand il y a une décision à prendre, il ne faut pas rejeter une des solutions possibles sous prétexte qu’elle représente un sacrifice. »
« Jung a dit que le véritable objectif de l’évolution psycho-spirituelle était l’individuation, la capacité à se séparer de ses parents, à se donner une pensée autonome. Bref, à devenir des êtres indépendants, capables de diriger eux-mêmes leur bateau. Mais l’individualisme primaire néglige l’autre face dont Jung a également parlé : la connaissance de nos limites, notre fragilité et notre interdépendance vis-à-vis du reste de l’humanité. »
« Que vaut la foi si elle ne se traduit pas en action ? demandait Gandhi »
– Citations choisies par Chartrand Saint-Louis, puisées dans le livre de Scott PECK, Plus loin sur le chemin le moins fréquenté, Paris : Laffont, 1995
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Psychologie
mercredi 16 janvier 2008
Psychopathologie de la vie quotidienne
(Sigmund Freud)
« En résumé, les conditions nécessaires pour que se produise l’oubli d’un nom avec fausse réminiscence sont les suivantes : 1) une certaine tendance à oublier ce nom ; 2) un processus de refoulement ayant eu lieu peu de temps auparavant ; 3) la possibilité d’établir une association extérieure entre le nom en question et l’élément qui vient d’être refoulé. Il n’y a probablement pas lieu d’exagérer la valeur de cette dernière condition, car étant donnée la facilité avec laquelle s’effectuent les associations, elle se trouvera remplie dans la plupart des cas. »
« (...) où l’oubli se met au service de notre prudence, lorsque nous sommes sur le point de succomber à un désir impulsif. L’acte manqué acquiert alors la valeur d’une fonction utile. Une fois dégrisés, nous approuvons ce mouvement intérieur qui, pendant que nous étions sous l’emprise du désir, ne pouvait se manifester que par un lapsus, un oubli, une impuissance psychique. »
« Le mécanisme de l’oubli des noms est aussi intéressant que ses motifs. Dans un grand nombre de cas, on oublie un nom, non parce qu’il éveille lui-même les motifs qui s’opposent à sa reproduction, mais parce qu’il se rapproche par sa consonance ou sa composition, d’un autre mot contre lequel notre résistance est dirigée. »
« Le mécanisme de l’oubli de noms (ou, plus exactement, de l’oubli passager de noms) consiste dans l’obstacle qu’oppose à la reproduction voulue du nom, un enchaînement d’idées étrangères à ce nom et inconscientes. Entre le nom troublé et le complexe perturbateur, il peut y avoir soit un rapport préexistant, soit un rapport qui s’établit, selon des voies apparemment artificielles, à la faveur d’associations superficielles extérieures. »
« Les souvenirs d’enfance indifférents doivent leur existence à un processus de déplacement ; ils constituent la reproduction substitutive d’autres impressions, réellement importantes, dont l’analyse psychique révèle l’existence, mais dont la reproduction directe se heurte à une résistance. Or, comme ils doivent leur conservation, non à leur propre contenu, mais à un rapport d’association qui existe entre ce contenu et un autre, refoulé, ils justifient le nom de « souvenirs-écrans ». »
« Dans l’oubli de noms, la mémoire fonctionne, mais en fournissant des noms de substitution. Dans le cas de souvenirs-écrans, il s’agit d’un oubli d’autres impressions, plus importantes. Dans les deux cas, une sensation intellectuelle nous avertit de l’intervention d’un trouble dont la forme varie d’un cas à l’autre. »
« (...) nous n’arrivons à la découverte de l’élément perturbateur qu’à travers une chaîne d’associations complexe, en partant des idées qui viennent à l’esprit du sujet lorsque nous l’interrogeons. »
« Nous nous trouvons d’abord en présence d’une condition positive, qui consiste dans la production libre et spontanée d’associations tonales et verbales provoquées par les sons énoncés. À côté de cette condition positive, il y a une condition négative, qui consiste dans la suppression ou dans le relâchement du contrôle de la volonté et de l’attention, agissant, elle aussi, comme fonction volitive. »
« Or, il arrive souvent que l’idée qui s’exprime dans le lapsus soit précisément celle qu’on veut refouler... »
« Le lapsus devient ici un moyen d’expression mimique ; il sert d’ailleurs souvent à exprimer ce qu’on ne voulait pas dire, à se trahir soi-même. »
« Par une coïncidence favorable, les mots du langage peuvent occasionnellement déterminer des lapsus qui vous bouleversent comme des révélations inattendues ou produisent l’effet comique d’un mot d’esprit achevé. Tel est, par exemple, le cas observé et communiqué par le Dr Reitler : « Votre chapeau neuf est ravissant, dit une dame à une autre, sur un ton admiratif ; c’est vous-même qui l’avez si prétentieusement orné ? »
« (...) un lapsus se produit facilement, lorsqu’on s’efforce de réprimer des mots injurieux. Il constitue alors une sorte de dérivatif. »
« (...) c’est le conflit intérieur qui nous est révélé par le trouble de la parole. »
« Une manière d’écrire claire et franche montre que l’auteur est d’accord avec lui-même, et toutes les fois où nous rencontrons un mode d’expression contraint, sinueux, fuyant, nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que nous nous trouvons en présence d’idées compliquées, manquant de clarté, exposées sans assurance, comme avec une arrière-pensée critique. »
« (...) la déformation de noms signifie très souvent le mépris, ainsi que je l’ai fait remarquer à propos des lapsus. »
« La déformation du nom est une expression d’hostilité interne... »
« (...) un lapsus : un trouble de l’attention produit par l’intervention d’une idée étrangère, extérieure. »
« L’habileté inconsciente avec laquelle des motifs inconscients, mais puissants, nous font égarer un objet, ressemble tout à fait à l’assurance somnambulique. »
« Il est deux situations dans la vie où le profane lui-même se rend compte que l’oubli de projets n’est nullement un phénomène élémentaire irréductible, mais autorise à conclure à l’existence de motifs inavoués. Je veux parler de l’amour et du service militaire. Un amoureux qui se présente à un rendez-vous avec un certain retard aura beau s’excuser auprès de sa dame en disant qu’il avait malheureusement oublié ce rendez-vous. Elle ne tardera pas à lui répondre : « Il y a un an, tu n’aurais pas oublié. C’est que tu ne m’aimes plus. » (...) Certes, la dame n’exclura pas toute possibilité d’oubli ; elle pensera seulement, et non sans raison, que l’oubli non intentionnel est un indice presque aussi sûr d’un certain non-vouloir qu’un prétexte conscient. »
« Ces personnes oublient toutes les petites promesses qu’elles ont faites, ne s’acquittent d’aucune des commissions dont on les a chargées, se montrent peu sûres dans les petites choses et prétendent qu’on ne doit pas leur en vouloir de ces petits manquements qui s’expliqueraient, non par leur caractère, mais par une certaine particularité organique. Mais je crois pouvoir dire par analogie qu’il s’agit d’un degré très prononcé de mépris à l’égard d’autrui, mépris inavoué et inconscient, certes, et qui utilise le facteur constitutionnel pour s’exprimer et se manifester. »
« La convoitise primitive du nourrisson qui cherche à s’emparer de tous les objets (pour les porter à sa bouche) ne disparaît, d’une façon générale, qu’incomplètement sous l’influence de la culture et de l’éducation. »
« Tomber, faire un faux pas, glisser - autant d’accidents qui ne résultent pas toujours d’un fonctionnement momentanément et accidentellement défectueux de nos organes moteurs. Le double sens que le langage attribue à ces expressions montre d’ailleurs quelles sont les idées dissimulées que ces troubles de l’équilibre du corps sont susceptibles de révéler. »
« Il arrive souvent dans la rue que deux passants se dirigent en sens inverse et voulant chacun éviter l’autre, et céder la place à l’autre, s’attardent pendant quelques secondes à dévier de quelques pas, tantôt à droite, tantôt à gauche, mais tous les deux dans le même sens, jusqu’à ce qu’ils se trouvent arrêtées l’un en face de l’autre. Il en résulte une situation désagréable et agaçante, et dans laquelle on ne voit généralement que l’effet d’une maladresse accidentelle. Or, il est possible de prouver que dans beaucoup de cas cette maladresse cache des intentions sexuelles et reproduit une attitude indécente et provocante d’un âge plus jeune. »
« (...) il existe, à côté du suicide conscient et intentionnel, un suicide mi-intentionnel, provoqué par une intention inconsciente, qui sait habilement utiliser une menace contre la vie et se présenter sous le masque d’un malheur accidentel. (...) Les mutilations volontaires représentent, en général, un compromis entre cette tendance et les forces qui s’y opposent et, dans les cas qui se terminent par le suicide, le penchant à cet acte a dû exister depuis longtemps avec une intensité atténuée ou à l’état de tendance inconsciente et réprimée. »
« (...) une maladresse accidentelle et une insuffisance motrice peuvent ainsi servir à certaines personnes de paravents derrière lesquels se dissimule la rage contre leur propre intégrité et leur propre vie. »
« Les actes accidentels ou symptomatiques se rattachant à la vie conjugale ont souvent la plus grande signification et peuvent inspirer la croyance aux signes prémonitoires à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la psychologie de l’inconscient. Ce n’est pas un bon début, lorsqu’une jeune femme perd son alliance au cours du voyage de noces ; il est vrai que le plus souvent l’alliance, qui a été mise par distraction dans un endroit où on n’a pas l’habitude de la mettre, finit par être retrouvée. »
« « L’alliance dans la poche du gilet », telle est la recommandation qu’un proverbe populaire adresse au mari qui se propose de tromper sa femme. »
« Très souvent, la perte de l’objet témoigne seulement du peu de prix qu’on attache à celui-ci ou du peu d’estime qu’on a pour la personne de qui on le tient ; ou encore, la tendance à perdre un objet déterminé vient d’une association d’idées symbolique entre cet objet et d’autres, beaucoup plus importants, la tendance se trouvant transféré de ceux-ci à celui-là. »
« La tendance à chercher, inconsciente, peut plus facilement aboutir à un résultat positif que l’attention consciemment orientée. »
« C’est là le châtiment pour notre manque de sincérité intérieure : sous le masque de l’oubli et de la méprise, en invoquant pour leur justification l’absence de mauvaise intention, les hommes expriment des sentiments et des passions dont ils feraient bien mieux d’avouer la réalité, en ce qui les concerne aussi bien qu’en ce qui concerne les autres, dès l’instant où ils ne sont pas à même de les dominer. »
« La force psychique de la haine est plus grande que nous le croyons. »
« (...) c’est l’ignorance qui serait le contraire d’une erreur de mémoire. »
« Ce qui me distingue d’un homme superstitieux, c’est donc ceci : Je ne crois pas qu’un événement, à la production duquel ma vie psychique n’a pas pris part, soit capable de m’apprendre des choses cachées concernant l’état à venir de la réalité ; mais je crois qu’une manifestation non intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n’appartient qu’à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). »
« Égoïsme, jalousie, hostilité, tous les sentiments et toutes les impulsions comprimées par l’éducation morale, utilisent souvent chez l’homme le chemin qui aboutit à l’acte manqué, pour manifester d’une façon ou d’une autre leur puissance incontestable, mais non reconnue par les instances psychiques supérieures. »
« (...) entre l’état nerveux normal et le fonctionnement nerveux anormal, il n’existe pas de limite nette et tranchée et (que) nous sommes tous plus ou moins névrosés. »
– Freud, Sigmund, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris : Payot, 1984 (collection « Petite bibliothèque Payot » ; 97)
« (...) où l’oubli se met au service de notre prudence, lorsque nous sommes sur le point de succomber à un désir impulsif. L’acte manqué acquiert alors la valeur d’une fonction utile. Une fois dégrisés, nous approuvons ce mouvement intérieur qui, pendant que nous étions sous l’emprise du désir, ne pouvait se manifester que par un lapsus, un oubli, une impuissance psychique. »
« Le mécanisme de l’oubli des noms est aussi intéressant que ses motifs. Dans un grand nombre de cas, on oublie un nom, non parce qu’il éveille lui-même les motifs qui s’opposent à sa reproduction, mais parce qu’il se rapproche par sa consonance ou sa composition, d’un autre mot contre lequel notre résistance est dirigée. »
« Le mécanisme de l’oubli de noms (ou, plus exactement, de l’oubli passager de noms) consiste dans l’obstacle qu’oppose à la reproduction voulue du nom, un enchaînement d’idées étrangères à ce nom et inconscientes. Entre le nom troublé et le complexe perturbateur, il peut y avoir soit un rapport préexistant, soit un rapport qui s’établit, selon des voies apparemment artificielles, à la faveur d’associations superficielles extérieures. »
« Les souvenirs d’enfance indifférents doivent leur existence à un processus de déplacement ; ils constituent la reproduction substitutive d’autres impressions, réellement importantes, dont l’analyse psychique révèle l’existence, mais dont la reproduction directe se heurte à une résistance. Or, comme ils doivent leur conservation, non à leur propre contenu, mais à un rapport d’association qui existe entre ce contenu et un autre, refoulé, ils justifient le nom de « souvenirs-écrans ». »
« Dans l’oubli de noms, la mémoire fonctionne, mais en fournissant des noms de substitution. Dans le cas de souvenirs-écrans, il s’agit d’un oubli d’autres impressions, plus importantes. Dans les deux cas, une sensation intellectuelle nous avertit de l’intervention d’un trouble dont la forme varie d’un cas à l’autre. »
« (...) nous n’arrivons à la découverte de l’élément perturbateur qu’à travers une chaîne d’associations complexe, en partant des idées qui viennent à l’esprit du sujet lorsque nous l’interrogeons. »
« Nous nous trouvons d’abord en présence d’une condition positive, qui consiste dans la production libre et spontanée d’associations tonales et verbales provoquées par les sons énoncés. À côté de cette condition positive, il y a une condition négative, qui consiste dans la suppression ou dans le relâchement du contrôle de la volonté et de l’attention, agissant, elle aussi, comme fonction volitive. »
« Or, il arrive souvent que l’idée qui s’exprime dans le lapsus soit précisément celle qu’on veut refouler... »
« Le lapsus devient ici un moyen d’expression mimique ; il sert d’ailleurs souvent à exprimer ce qu’on ne voulait pas dire, à se trahir soi-même. »
« Par une coïncidence favorable, les mots du langage peuvent occasionnellement déterminer des lapsus qui vous bouleversent comme des révélations inattendues ou produisent l’effet comique d’un mot d’esprit achevé. Tel est, par exemple, le cas observé et communiqué par le Dr Reitler : « Votre chapeau neuf est ravissant, dit une dame à une autre, sur un ton admiratif ; c’est vous-même qui l’avez si prétentieusement orné ? »
« (...) un lapsus se produit facilement, lorsqu’on s’efforce de réprimer des mots injurieux. Il constitue alors une sorte de dérivatif. »
« (...) c’est le conflit intérieur qui nous est révélé par le trouble de la parole. »
« Une manière d’écrire claire et franche montre que l’auteur est d’accord avec lui-même, et toutes les fois où nous rencontrons un mode d’expression contraint, sinueux, fuyant, nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que nous nous trouvons en présence d’idées compliquées, manquant de clarté, exposées sans assurance, comme avec une arrière-pensée critique. »
« (...) la déformation de noms signifie très souvent le mépris, ainsi que je l’ai fait remarquer à propos des lapsus. »
« La déformation du nom est une expression d’hostilité interne... »
« (...) un lapsus : un trouble de l’attention produit par l’intervention d’une idée étrangère, extérieure. »
« L’habileté inconsciente avec laquelle des motifs inconscients, mais puissants, nous font égarer un objet, ressemble tout à fait à l’assurance somnambulique. »
« Il est deux situations dans la vie où le profane lui-même se rend compte que l’oubli de projets n’est nullement un phénomène élémentaire irréductible, mais autorise à conclure à l’existence de motifs inavoués. Je veux parler de l’amour et du service militaire. Un amoureux qui se présente à un rendez-vous avec un certain retard aura beau s’excuser auprès de sa dame en disant qu’il avait malheureusement oublié ce rendez-vous. Elle ne tardera pas à lui répondre : « Il y a un an, tu n’aurais pas oublié. C’est que tu ne m’aimes plus. » (...) Certes, la dame n’exclura pas toute possibilité d’oubli ; elle pensera seulement, et non sans raison, que l’oubli non intentionnel est un indice presque aussi sûr d’un certain non-vouloir qu’un prétexte conscient. »
« Ces personnes oublient toutes les petites promesses qu’elles ont faites, ne s’acquittent d’aucune des commissions dont on les a chargées, se montrent peu sûres dans les petites choses et prétendent qu’on ne doit pas leur en vouloir de ces petits manquements qui s’expliqueraient, non par leur caractère, mais par une certaine particularité organique. Mais je crois pouvoir dire par analogie qu’il s’agit d’un degré très prononcé de mépris à l’égard d’autrui, mépris inavoué et inconscient, certes, et qui utilise le facteur constitutionnel pour s’exprimer et se manifester. »
« La convoitise primitive du nourrisson qui cherche à s’emparer de tous les objets (pour les porter à sa bouche) ne disparaît, d’une façon générale, qu’incomplètement sous l’influence de la culture et de l’éducation. »
« Tomber, faire un faux pas, glisser - autant d’accidents qui ne résultent pas toujours d’un fonctionnement momentanément et accidentellement défectueux de nos organes moteurs. Le double sens que le langage attribue à ces expressions montre d’ailleurs quelles sont les idées dissimulées que ces troubles de l’équilibre du corps sont susceptibles de révéler. »
« Il arrive souvent dans la rue que deux passants se dirigent en sens inverse et voulant chacun éviter l’autre, et céder la place à l’autre, s’attardent pendant quelques secondes à dévier de quelques pas, tantôt à droite, tantôt à gauche, mais tous les deux dans le même sens, jusqu’à ce qu’ils se trouvent arrêtées l’un en face de l’autre. Il en résulte une situation désagréable et agaçante, et dans laquelle on ne voit généralement que l’effet d’une maladresse accidentelle. Or, il est possible de prouver que dans beaucoup de cas cette maladresse cache des intentions sexuelles et reproduit une attitude indécente et provocante d’un âge plus jeune. »
« (...) il existe, à côté du suicide conscient et intentionnel, un suicide mi-intentionnel, provoqué par une intention inconsciente, qui sait habilement utiliser une menace contre la vie et se présenter sous le masque d’un malheur accidentel. (...) Les mutilations volontaires représentent, en général, un compromis entre cette tendance et les forces qui s’y opposent et, dans les cas qui se terminent par le suicide, le penchant à cet acte a dû exister depuis longtemps avec une intensité atténuée ou à l’état de tendance inconsciente et réprimée. »
« (...) une maladresse accidentelle et une insuffisance motrice peuvent ainsi servir à certaines personnes de paravents derrière lesquels se dissimule la rage contre leur propre intégrité et leur propre vie. »
« Les actes accidentels ou symptomatiques se rattachant à la vie conjugale ont souvent la plus grande signification et peuvent inspirer la croyance aux signes prémonitoires à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la psychologie de l’inconscient. Ce n’est pas un bon début, lorsqu’une jeune femme perd son alliance au cours du voyage de noces ; il est vrai que le plus souvent l’alliance, qui a été mise par distraction dans un endroit où on n’a pas l’habitude de la mettre, finit par être retrouvée. »
« « L’alliance dans la poche du gilet », telle est la recommandation qu’un proverbe populaire adresse au mari qui se propose de tromper sa femme. »
« Très souvent, la perte de l’objet témoigne seulement du peu de prix qu’on attache à celui-ci ou du peu d’estime qu’on a pour la personne de qui on le tient ; ou encore, la tendance à perdre un objet déterminé vient d’une association d’idées symbolique entre cet objet et d’autres, beaucoup plus importants, la tendance se trouvant transféré de ceux-ci à celui-là. »
« La tendance à chercher, inconsciente, peut plus facilement aboutir à un résultat positif que l’attention consciemment orientée. »
« C’est là le châtiment pour notre manque de sincérité intérieure : sous le masque de l’oubli et de la méprise, en invoquant pour leur justification l’absence de mauvaise intention, les hommes expriment des sentiments et des passions dont ils feraient bien mieux d’avouer la réalité, en ce qui les concerne aussi bien qu’en ce qui concerne les autres, dès l’instant où ils ne sont pas à même de les dominer. »
« La force psychique de la haine est plus grande que nous le croyons. »
« (...) c’est l’ignorance qui serait le contraire d’une erreur de mémoire. »
« Ce qui me distingue d’un homme superstitieux, c’est donc ceci : Je ne crois pas qu’un événement, à la production duquel ma vie psychique n’a pas pris part, soit capable de m’apprendre des choses cachées concernant l’état à venir de la réalité ; mais je crois qu’une manifestation non intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n’appartient qu’à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). »
« Égoïsme, jalousie, hostilité, tous les sentiments et toutes les impulsions comprimées par l’éducation morale, utilisent souvent chez l’homme le chemin qui aboutit à l’acte manqué, pour manifester d’une façon ou d’une autre leur puissance incontestable, mais non reconnue par les instances psychiques supérieures. »
« (...) entre l’état nerveux normal et le fonctionnement nerveux anormal, il n’existe pas de limite nette et tranchée et (que) nous sommes tous plus ou moins névrosés. »
– Freud, Sigmund, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris : Payot, 1984 (collection « Petite bibliothèque Payot » ; 97)
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dimanche 30 décembre 2007
L’intelligence émotionnelle
(Daniel Goleman)
« L’intelligence émotionnelle se traduit en cinq points : 1) se connaître soi-même ; 2) contrôler ses émotions ; 3) se motiver ; 4) reconnaître les émotions des autres ; 5) établir des relations avec les autres. »
« Les gens qui n’ont pas de contrôle sur leur vie émotive sont constamment engagés dans des batailles internes qui sabotent leur aptitude à se concentrer sur leur travail et à avoir une pensée claire. »
« Les anxieux sont sûrs qu’ils ne réussiront pas ; cette certitude paralyse effectivement leurs capacités intellectuelles. »
« Décoder les émotions des autres demande de la sensibilité, car 90% d’un message émotionnel est non verbal. »
« Les super-performateurs se caractérisent par une plus grande capacité à se motiver eux-mêmes qui les fait persévérer et rebondir énergiquement après un échec. Ces étoiles partagent aussi une aptitude marquée à se construire un réseau informel de travail, basé sur la camaraderie. Ils s’entourent de gens qui feraient n’importe quoi pour les aider. »
– Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Paris : J’ai lu, 2004, c1997
« Les gens qui n’ont pas de contrôle sur leur vie émotive sont constamment engagés dans des batailles internes qui sabotent leur aptitude à se concentrer sur leur travail et à avoir une pensée claire. »
« Les anxieux sont sûrs qu’ils ne réussiront pas ; cette certitude paralyse effectivement leurs capacités intellectuelles. »
« Décoder les émotions des autres demande de la sensibilité, car 90% d’un message émotionnel est non verbal. »
« Les super-performateurs se caractérisent par une plus grande capacité à se motiver eux-mêmes qui les fait persévérer et rebondir énergiquement après un échec. Ces étoiles partagent aussi une aptitude marquée à se construire un réseau informel de travail, basé sur la camaraderie. Ils s’entourent de gens qui feraient n’importe quoi pour les aider. »
– Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Paris : J’ai lu, 2004, c1997
mercredi 3 octobre 2007
Sur la route (Jack Kerouac)
On ne peut aborder "Sur la route" sans le restituer dans le contexte d’alors. Les États-Unis - l’Amérique comme l’on dit - viennent de gagner la Seconde guerre mondiale, de terrasser le fascisme avec l’aide de quelques alliés bien sûr, mais... Toute une jeunesse issue de la crise des années 30 a vécu ceci de loin, sans être directement impliquée. À la sortie du conflit, que trouvent ces jeunes autour d’eux, que leur propose l’« american way of life », quels idéaux pourraient les motiver ?
L’Amérique est le
- pays conformiste pudibond du consumérisme triomphant ;
- pays de l’aide à la reconstruction des vaincus d’hier et des alliés exsangues dans une approche au minimum clientéliste ;
- pays maccarthyste de la chasse aux sorcières ;
- pays ségrégationniste aux lois raciales dignes de l’apartheid afrikaner ;
- pays auto proclamé gendarme du monde face à « l’hydre rouge » qui engloutit l’Europe de l’est et une bonne partie de l’Asie ;
- pays aux certitudes vacillantes derrière son bouclier nucléaire face aux évènements de Chine et de Corée...
Certains, le plus grand nombre, s’y réfugient ou s’y plaisent, voire s’y complaisent. D’autres, à la marge, refusent et choisissent la voie de la liberté de l’homme, la voie de la "fureur de vivre" (1), du « faire la vie » au sens de vivre sa vie pleinement, de vivre une vie d’être humain. Beaucoup d’entre eux décident alors que cette voie ne peut être que sur la route, que leur vie ne peut être qu’une vie de routard allant sans but d’une ville à l’autre, d’un petit boulot à un autre, voyageant à pied, en stop, en clandestin dans des wagons de marchandises...
Sans but, pas vraiment, car ce qu’ils recherchent, c’est la rencontre, c’est l’Autre afin de se trouver eux-mêmes voire pour certains de tutoyer Dieu. Ils vivent ceci au travers d’expériences multiples et variées, n’en écartant aucune a priori, ni le sexe, surtout pas le sexe, ni l’alcool, surtout pas l’alcool, ni les drogues, surtout pas les drogues. Ils optent donc pour la voie de la transgression, la voie des "Clochards Célestes" qui pour certains trouvera ses fondements et son développement dans un bouddhisme hinayana largement syncrétique. Jean-Louis Lebris de Kerouac est de ceux-ci.
Né en 1922 au Québec dans une famille canadienne catholique d’origine bretonne tôt installée à Lowell dans le Massachusetts, il y est devenu Jack Kerouac. Il fait partie au cours des années 40 d’un groupe d’amis, fréquentant pour certains l’université Columbia de New York, pour d’autres les rues et les bars des quartiers vétustes. Il revendique « Les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout en un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent... » Il est fou de sexe dont les plaisirs lui font « entrevoir le paradis ». Kerouac est et restera toujours un mystique.
Cette assemblée à géométrie variable compte cependant quelques permanents, dont William Burroughs et Allen Ginsberg. Ceux-ci, comme Kerouac, ont soif de liberté et d’écriture hors de l’académisme ou de la manière de la Lost Generation des années 20, celle des Gertrude Stein, Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Ezra Pound...
Un jazz nouveau, révolutionnaire, le be-bop, est leur musique, Charlie Parker, une idole, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke et Thelonious Monk, ses saints. Cette musique est pour eux tous un déclic mais pour Kerouac c’est une véritable révélation (2) : il y a là un son, une virtuosité, une liberté mais surtout l’improvisation avec ses imprévisibilités. Il y a le rythme, le swing, l’évasion, c’est beat selon Herbert Huncke l’un des membres du groupe, mot dont Kerouac va faire sa chose. (3)
C’est le langage nu de l’émotion, le langage du blues, répétitif, litanique, scandé, le langage du quotidien pauvre de la rue, prenant, mais non dénué d’humour et de conviction. C’est l’équilibre entre une assise rythmique, une variation mélodique simple et le récit au jour le jour de l’errance. Voici rassemblés les éléments d’un style d’écriture à créer. (4)
Le passage à l’acte va se produire avec la rencontre de Kerouac et de Neal Cassidy organisée par Allen Ginsberg amant fugace de ce dernier. Neal Cassidy est un instable toujours en mouvement libéré des contraintes sociétales, menant une vie délirante dans laquelle alcool, drogue et sexe - il est bisexuel - font bon ménage. C’est le point de départ d’une amitié d’âme très forte. Son emprise sur Kerouac est immense. Les contraires s’attirent. Jack est le spectateur, Neal l’acteur. Il finit par le décider de quitter sa machine à écrire et sa mère (5) pour prendre la route. Cassidy a une réputation de conducteur hors pair et c’est sans encombre qu’il mène Kerouac de New York à San Francisco et inversement allant de l’une à l’autre de ces deux villes sans faire la moindre pause, si ce n’est pour faire le plein.
Kerouac refera plusieurs fois la traversée aller et retour du continent nord-américain entre 1947 et 1951 (6). Il ajoutera à cela plusieurs incursions au Mexique. De ces voyages trans-américains il va tirer la très longue histoire quasi autobiographique de son second roman publié, "On the Road". Le personnage principal en est Neal Cassidy alias Dean Moriarty, il est lui-même alias Sal Paradise. Il rédige ce texte en trois semaines sur des feuilles de papier japonais collées les unes aux autres en un très long rouleau (7) lors de longues séances de prose spontanée, inspirée du phrasé du jazz, seule technique capable, selon lui, de rendre dans la fiction la « profusion myriadique » de la vie réelle (8). En ce sens, l’écriture de Kerouac est purement cinématographique.
Voici ce qu’il en dit à Neal Cassidy : « Du 2 avril au 22, j’ai écrit 125 000 mots d’un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. (...) L’histoire traite de toi et de moi sur la route... (...) J’ai raconté toute la route à présent. Suis allé vite parce que la route va vite... écrit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mètres de long (du papier-calque...) - Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et en fait pas de paragraphes... Je l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route... » et ce qu’il en écrit à un autre ami : « ... (c’est) un roman picaresque situé en Amérique,..., qui traite simplement du stop et des chagrins, des difficultés, des aventures, des efforts et du labeur dans tout çà (deux garçons qui vont en Californie, un pour retrouver sa nana, l’autre à la recherche d’un Hollywood doré ou d’une illusion de ce genre, et ayant à travailler dans des fêtes foraines, des cantines, des usines, des fermes, tout au long de la route, arrivant en Californie pour ne rien y trouver... et repartant dans l’autre sens). »
Le manuscrit est proposé à plusieurs éditeurs qui tous tergiversent, surpris sinon scandalisés par la complexité (un très long paragraphe sans virgules) et la teneur du texte. Ils suggèrent à Kerouac de couper certains passages, ceux ayant trait à l’homosexualité et aux relations avec des mineures, en particulier, ce qu’il refuse de faire... jusqu’en 1957 (9). Joyce Johnson, sa compagne de l’époque traduit ainsi l’état d’esprit de Kerouac : « Ses sentiments au sujet de "Sur la route" étaient mitigés. Forcément. Il a senti que le manuscrit d’origine avait été trahi par le polissage et la mise en forme finale. Viking Press redoutait par-dessus tout la diffamation et l’obscénité. Ce n’était pas une période propice pour publier un livre comme "Sur la route". Ils ont vraiment retravaillé le manuscrit et aussi le ton employé par Jack - notamment cette éditrice du nom d’Helen Taylor. Et quand ils ont finalement envoyé à Jack un exemplaire relié, il n’avait pas eu l’occasion de voir la plupart des changements effectués. C’était une négation de ses droits fondamentaux d’écrivain. » Viking Press sort donc le livre dans une version « acceptable ».
Au lendemain de la publication, le critique littéraire du New York Times, Gilbert Millstein, conclut ainsi son article : « ... la déclaration la plus claire, la plus importante et la plus belle faite jusqu’ici par la génération que, voici quelques années, Kerouac a lui-même qualifiée de beat et dont il est le principal avatar. De même que "Le soleil se lève aussi", plus que tout autre roman des années 20, fut considéré comme le roman emblématique de la génération perdue, il semble certain que "Sur la Route" deviendra celui de la Beat Generation. »
La prophétie se réalisa, "Sur la route" fut le livre culte de la génération qui venait d’être baptisée. Ce succès tardif poussa Kerouac sous les projecteurs. À son corps défendant, il fut catalogué comme l’incarnation d’un courant qu’il n’avait aucun goût et peu d’aptitude à soutenir. À partir de ce jour il dut, selon son agent Sterling Lord, « affronter de nouveaux démons : la réaction du public, la célébrité, la notoriété. Mais dans ses quelques rares moments de quiétude, il était encore possible d’entrevoir le vrai Jack Kerouac. » (10)
L’engouement créé par ce livre déboucha un peu plus tard sur le mouvement beatnik dont les tenants se réclamèrent de la Beat Generation. Le nom avait été composé de beat et du suffixe nick, clin d’oeil au Spoutnik, premier satellite artificiel russe apparu au même moment et dont parlaient beaucoup les médias de l’époque. Kerouac s’en tint toujours éloigné, l’être du beat originel disparaissant sous l’exponentiel des oripeaux et des propos du paraître d’une mode mercantile. Ce courant trouva toutefois une continuité dans le mouvement hippie qui déferla sur l’Occident dans les années 60 porté par la génération du baby-boom. Aux États-Unis, cette jeunesse, plus politique que la précédente, s’opposa à la guerre du Vietnam et agit pour les droits civiques et la déségrégation. (11)
Le "faire la vie" devint le "faire l’amour pas la guerre" sur fond de paroles de protest songs aux accents folk (12), de blues blanc (13) et de sonorités rock n’ roll... Ce courant se dispersa dans le psychédélisme et des voies teintées de spiritualismes indo-asiatiques ou nord-amérindiens - dont le new age - avant que les baby-boomers intègrent progressivement la société libérale.
En 2001, la rédaction du American Modern Library inclut "Sur la route" dans sa liste des 100 meilleurs romans en langue anglaise du 20e siècle.
« Kerouac savait qu’il faut s’émouvoir, se serrer, pleurer : qu’on n’a qu’une vie. » (14)
En guise de conclusion :
Le meilleur de Kerouac, celui qui me prend le plus aux tripes, est parmi les romans : Tristessa (1955/1960/1982)* et Big Sur (1961/1962/1966), ou les écrits sur sa quête bouddhique : L’écrit de l’éternité d’or (1956/1960/1979) et Dharma (1953-1956/1997/2000). Ceci est un avis personnel qui n’engage que son auteur (rires) !
* (année d’écriture/année de publication/année de publication en français)
– Billet de Jean-Louis MILLET
Notes:
(1) Qui crèvera bientôt les écrans, portée par un autre mythe James Dean : La fureur de vivre.
(2) En 1958 Jack Kerouac a notamment enregistré un disque en compagnie des saxophonistes Al Cohn et Zoot Sims intitulé Blues and Haikus, où il récite de courts poèmes avec, en fond sonore, des solos improvisés de saxophone.
(3) Le terme Beat désignait au 19ème siècle les vagabonds voyageant clandestinement dans les wagons de marchandises. Mais pour ce qui nous concerne, Beat est un mot fourre-tout qui a donné lieu à de nombreuses interprétations. Pour son "inventeur" Huncke, cela signifie être dans la rue, battu, écrasé, perdant, au bout du rouleau. Puis, rapidement, cela glisse vers la musique avec "sympathetique" comme traduction des pulsations de la batterie, puis vers "cool" comme détachement absolu pour arriver finalement à une acceptation plus spiritualiste : "beatifique".
(4) À cette époque, le même vent de renouveau souffle sur la peinture. Un autre « clochard » fou de jazz et d’alcool va innover, Jackson Pollock, avec le drip painting
(5) Chez qui il se réfugie pour se soustraire au groupe et pouvoir écrire...
(6) Pour les trajets, voir :
http://ny-ca.net/home.aspx/
http://www.geocities.com/Athens/420...
(7) L’original a été vendu plus de 2 M$ en 2001...
(8) Voici ce qu’il en écrit à Allen Ginsberg en 52 « Esquisser [ Ed White a mentionné çà... « Pourquoi ne fais-tu pas simplement des esquisses dans les rues comme un peintre mais avec des mots... ? » ], c’est ce que j’ai fait... tout s’active devant toi... tu n’as qu’à purifier ton esprit et le laisser déverser les mots (que les anges de la vision font voler sans effort quand tu te tiens devant la réalité) et écrire avec 100% d’honnêteté à la fois psychique et sociale, etc., et frapper tout à fond, sans honte, bon gré mal gré, rapidement jusqu’à ne plus être conscient d’écrire parfois, tellement j’étais inspiré. »
(9) Durant cette période, il n’écrira pas moins de 10 ouvrages, romans ou recueils de poèmes qui seront tous publiés après le succès de "Sur la Route" !
(10) En 1967, Kerouac répond en français à Fernand Seguin de Radio Canada : Seguin rencontre Kerouac.
(11) En Europe - Tchécoslovaquie, Italie, Pologne, France... - cela déboucha sur les soubresauts étudiants très politisés de 1968. Le Japon, le Mexique et le Canada connurent aussi des violences.
(12) On pense bien sûr à Bob Dylan - qui lui aussi endossera à son corps défendant le costume de maître à penser d’une génération - et à Joan Baez, héritiers de Woody Guthrie et de Pete Seger.
(13) De Janis Joplin et de Joe Cocker par exemple.
(14) Sylvain Marcelli in L’Interdit, décembre 2001.
(15) Pour les paroles des chansons :
Bob Dylan
http://www.bobdylan.com/songs/roada...
Canned Heat
http://www.drfeelgood.de/c_heat/s_o...
Francis Cabrel
http://www.paroles.net/chansons/128...
Bernard Lavilliers
http://www.paroles.net/chansons/194...
Gérald de Palmas
http://www.paroles.net/chansons/222...
Raphaël
http://www.paroles.net/chansons/322...
Sources:
- Préface de Yves Buin et dossiers afférents in Kerouac, Jack, Sur la route et autres romans. Paris : Gallimard, 2003, 1419 p. (collection Quarto)
- Gifford, Barry et Lawrence Lee, Les vies parallèles de Jack Kerouac ; traduit par Brice Matthieussent. Paris : H. Veyrier, 1979, 320 p.
Mais aussi :
- Jack Kerouac
- Neal Cassady
- Sur la route
- "Kerouac écrit sur une Amérique qui n’existe plus" par Meghan ORourke
- Chronologie de la vie de Jack Kerouac (1922-1969)
- Hommage à Jack Kerouac
- "La Beat Generation et son influence sur la société américaine" par Elizabeth Guigou
- Errance de Kerouac
- Beatnik
- Hippie
L’Amérique est le
- pays conformiste pudibond du consumérisme triomphant ;
- pays de l’aide à la reconstruction des vaincus d’hier et des alliés exsangues dans une approche au minimum clientéliste ;
- pays maccarthyste de la chasse aux sorcières ;
- pays ségrégationniste aux lois raciales dignes de l’apartheid afrikaner ;
- pays auto proclamé gendarme du monde face à « l’hydre rouge » qui engloutit l’Europe de l’est et une bonne partie de l’Asie ;
- pays aux certitudes vacillantes derrière son bouclier nucléaire face aux évènements de Chine et de Corée...
Certains, le plus grand nombre, s’y réfugient ou s’y plaisent, voire s’y complaisent. D’autres, à la marge, refusent et choisissent la voie de la liberté de l’homme, la voie de la "fureur de vivre" (1), du « faire la vie » au sens de vivre sa vie pleinement, de vivre une vie d’être humain. Beaucoup d’entre eux décident alors que cette voie ne peut être que sur la route, que leur vie ne peut être qu’une vie de routard allant sans but d’une ville à l’autre, d’un petit boulot à un autre, voyageant à pied, en stop, en clandestin dans des wagons de marchandises...
Sans but, pas vraiment, car ce qu’ils recherchent, c’est la rencontre, c’est l’Autre afin de se trouver eux-mêmes voire pour certains de tutoyer Dieu. Ils vivent ceci au travers d’expériences multiples et variées, n’en écartant aucune a priori, ni le sexe, surtout pas le sexe, ni l’alcool, surtout pas l’alcool, ni les drogues, surtout pas les drogues. Ils optent donc pour la voie de la transgression, la voie des "Clochards Célestes" qui pour certains trouvera ses fondements et son développement dans un bouddhisme hinayana largement syncrétique. Jean-Louis Lebris de Kerouac est de ceux-ci.
Né en 1922 au Québec dans une famille canadienne catholique d’origine bretonne tôt installée à Lowell dans le Massachusetts, il y est devenu Jack Kerouac. Il fait partie au cours des années 40 d’un groupe d’amis, fréquentant pour certains l’université Columbia de New York, pour d’autres les rues et les bars des quartiers vétustes. Il revendique « Les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout en un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent... » Il est fou de sexe dont les plaisirs lui font « entrevoir le paradis ». Kerouac est et restera toujours un mystique.
Cette assemblée à géométrie variable compte cependant quelques permanents, dont William Burroughs et Allen Ginsberg. Ceux-ci, comme Kerouac, ont soif de liberté et d’écriture hors de l’académisme ou de la manière de la Lost Generation des années 20, celle des Gertrude Stein, Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Ezra Pound...
Un jazz nouveau, révolutionnaire, le be-bop, est leur musique, Charlie Parker, une idole, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke et Thelonious Monk, ses saints. Cette musique est pour eux tous un déclic mais pour Kerouac c’est une véritable révélation (2) : il y a là un son, une virtuosité, une liberté mais surtout l’improvisation avec ses imprévisibilités. Il y a le rythme, le swing, l’évasion, c’est beat selon Herbert Huncke l’un des membres du groupe, mot dont Kerouac va faire sa chose. (3)
C’est le langage nu de l’émotion, le langage du blues, répétitif, litanique, scandé, le langage du quotidien pauvre de la rue, prenant, mais non dénué d’humour et de conviction. C’est l’équilibre entre une assise rythmique, une variation mélodique simple et le récit au jour le jour de l’errance. Voici rassemblés les éléments d’un style d’écriture à créer. (4)
Le passage à l’acte va se produire avec la rencontre de Kerouac et de Neal Cassidy organisée par Allen Ginsberg amant fugace de ce dernier. Neal Cassidy est un instable toujours en mouvement libéré des contraintes sociétales, menant une vie délirante dans laquelle alcool, drogue et sexe - il est bisexuel - font bon ménage. C’est le point de départ d’une amitié d’âme très forte. Son emprise sur Kerouac est immense. Les contraires s’attirent. Jack est le spectateur, Neal l’acteur. Il finit par le décider de quitter sa machine à écrire et sa mère (5) pour prendre la route. Cassidy a une réputation de conducteur hors pair et c’est sans encombre qu’il mène Kerouac de New York à San Francisco et inversement allant de l’une à l’autre de ces deux villes sans faire la moindre pause, si ce n’est pour faire le plein.
Kerouac refera plusieurs fois la traversée aller et retour du continent nord-américain entre 1947 et 1951 (6). Il ajoutera à cela plusieurs incursions au Mexique. De ces voyages trans-américains il va tirer la très longue histoire quasi autobiographique de son second roman publié, "On the Road". Le personnage principal en est Neal Cassidy alias Dean Moriarty, il est lui-même alias Sal Paradise. Il rédige ce texte en trois semaines sur des feuilles de papier japonais collées les unes aux autres en un très long rouleau (7) lors de longues séances de prose spontanée, inspirée du phrasé du jazz, seule technique capable, selon lui, de rendre dans la fiction la « profusion myriadique » de la vie réelle (8). En ce sens, l’écriture de Kerouac est purement cinématographique.
Voici ce qu’il en dit à Neal Cassidy : « Du 2 avril au 22, j’ai écrit 125 000 mots d’un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. (...) L’histoire traite de toi et de moi sur la route... (...) J’ai raconté toute la route à présent. Suis allé vite parce que la route va vite... écrit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mètres de long (du papier-calque...) - Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et en fait pas de paragraphes... Je l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route... » et ce qu’il en écrit à un autre ami : « ... (c’est) un roman picaresque situé en Amérique,..., qui traite simplement du stop et des chagrins, des difficultés, des aventures, des efforts et du labeur dans tout çà (deux garçons qui vont en Californie, un pour retrouver sa nana, l’autre à la recherche d’un Hollywood doré ou d’une illusion de ce genre, et ayant à travailler dans des fêtes foraines, des cantines, des usines, des fermes, tout au long de la route, arrivant en Californie pour ne rien y trouver... et repartant dans l’autre sens). »
Le manuscrit est proposé à plusieurs éditeurs qui tous tergiversent, surpris sinon scandalisés par la complexité (un très long paragraphe sans virgules) et la teneur du texte. Ils suggèrent à Kerouac de couper certains passages, ceux ayant trait à l’homosexualité et aux relations avec des mineures, en particulier, ce qu’il refuse de faire... jusqu’en 1957 (9). Joyce Johnson, sa compagne de l’époque traduit ainsi l’état d’esprit de Kerouac : « Ses sentiments au sujet de "Sur la route" étaient mitigés. Forcément. Il a senti que le manuscrit d’origine avait été trahi par le polissage et la mise en forme finale. Viking Press redoutait par-dessus tout la diffamation et l’obscénité. Ce n’était pas une période propice pour publier un livre comme "Sur la route". Ils ont vraiment retravaillé le manuscrit et aussi le ton employé par Jack - notamment cette éditrice du nom d’Helen Taylor. Et quand ils ont finalement envoyé à Jack un exemplaire relié, il n’avait pas eu l’occasion de voir la plupart des changements effectués. C’était une négation de ses droits fondamentaux d’écrivain. » Viking Press sort donc le livre dans une version « acceptable ».
Au lendemain de la publication, le critique littéraire du New York Times, Gilbert Millstein, conclut ainsi son article : « ... la déclaration la plus claire, la plus importante et la plus belle faite jusqu’ici par la génération que, voici quelques années, Kerouac a lui-même qualifiée de beat et dont il est le principal avatar. De même que "Le soleil se lève aussi", plus que tout autre roman des années 20, fut considéré comme le roman emblématique de la génération perdue, il semble certain que "Sur la Route" deviendra celui de la Beat Generation. »
La prophétie se réalisa, "Sur la route" fut le livre culte de la génération qui venait d’être baptisée. Ce succès tardif poussa Kerouac sous les projecteurs. À son corps défendant, il fut catalogué comme l’incarnation d’un courant qu’il n’avait aucun goût et peu d’aptitude à soutenir. À partir de ce jour il dut, selon son agent Sterling Lord, « affronter de nouveaux démons : la réaction du public, la célébrité, la notoriété. Mais dans ses quelques rares moments de quiétude, il était encore possible d’entrevoir le vrai Jack Kerouac. » (10)
L’engouement créé par ce livre déboucha un peu plus tard sur le mouvement beatnik dont les tenants se réclamèrent de la Beat Generation. Le nom avait été composé de beat et du suffixe nick, clin d’oeil au Spoutnik, premier satellite artificiel russe apparu au même moment et dont parlaient beaucoup les médias de l’époque. Kerouac s’en tint toujours éloigné, l’être du beat originel disparaissant sous l’exponentiel des oripeaux et des propos du paraître d’une mode mercantile. Ce courant trouva toutefois une continuité dans le mouvement hippie qui déferla sur l’Occident dans les années 60 porté par la génération du baby-boom. Aux États-Unis, cette jeunesse, plus politique que la précédente, s’opposa à la guerre du Vietnam et agit pour les droits civiques et la déségrégation. (11)
Le "faire la vie" devint le "faire l’amour pas la guerre" sur fond de paroles de protest songs aux accents folk (12), de blues blanc (13) et de sonorités rock n’ roll... Ce courant se dispersa dans le psychédélisme et des voies teintées de spiritualismes indo-asiatiques ou nord-amérindiens - dont le new age - avant que les baby-boomers intègrent progressivement la société libérale.
En 2001, la rédaction du American Modern Library inclut "Sur la route" dans sa liste des 100 meilleurs romans en langue anglaise du 20e siècle.
« Kerouac savait qu’il faut s’émouvoir, se serrer, pleurer : qu’on n’a qu’une vie. » (14)
En guise de conclusion :
Le meilleur de Kerouac, celui qui me prend le plus aux tripes, est parmi les romans : Tristessa (1955/1960/1982)* et Big Sur (1961/1962/1966), ou les écrits sur sa quête bouddhique : L’écrit de l’éternité d’or (1956/1960/1979) et Dharma (1953-1956/1997/2000). Ceci est un avis personnel qui n’engage que son auteur (rires) !
* (année d’écriture/année de publication/année de publication en français)
– Billet de Jean-Louis MILLET
Notes:
(1) Qui crèvera bientôt les écrans, portée par un autre mythe James Dean : La fureur de vivre.
(2) En 1958 Jack Kerouac a notamment enregistré un disque en compagnie des saxophonistes Al Cohn et Zoot Sims intitulé Blues and Haikus, où il récite de courts poèmes avec, en fond sonore, des solos improvisés de saxophone.
(3) Le terme Beat désignait au 19ème siècle les vagabonds voyageant clandestinement dans les wagons de marchandises. Mais pour ce qui nous concerne, Beat est un mot fourre-tout qui a donné lieu à de nombreuses interprétations. Pour son "inventeur" Huncke, cela signifie être dans la rue, battu, écrasé, perdant, au bout du rouleau. Puis, rapidement, cela glisse vers la musique avec "sympathetique" comme traduction des pulsations de la batterie, puis vers "cool" comme détachement absolu pour arriver finalement à une acceptation plus spiritualiste : "beatifique".
(4) À cette époque, le même vent de renouveau souffle sur la peinture. Un autre « clochard » fou de jazz et d’alcool va innover, Jackson Pollock, avec le drip painting
(5) Chez qui il se réfugie pour se soustraire au groupe et pouvoir écrire...
(6) Pour les trajets, voir :
http://ny-ca.net/home.aspx/
http://www.geocities.com/Athens/420...
(7) L’original a été vendu plus de 2 M$ en 2001...
(8) Voici ce qu’il en écrit à Allen Ginsberg en 52 « Esquisser [ Ed White a mentionné çà... « Pourquoi ne fais-tu pas simplement des esquisses dans les rues comme un peintre mais avec des mots... ? » ], c’est ce que j’ai fait... tout s’active devant toi... tu n’as qu’à purifier ton esprit et le laisser déverser les mots (que les anges de la vision font voler sans effort quand tu te tiens devant la réalité) et écrire avec 100% d’honnêteté à la fois psychique et sociale, etc., et frapper tout à fond, sans honte, bon gré mal gré, rapidement jusqu’à ne plus être conscient d’écrire parfois, tellement j’étais inspiré. »
(9) Durant cette période, il n’écrira pas moins de 10 ouvrages, romans ou recueils de poèmes qui seront tous publiés après le succès de "Sur la Route" !
(10) En 1967, Kerouac répond en français à Fernand Seguin de Radio Canada : Seguin rencontre Kerouac.
(11) En Europe - Tchécoslovaquie, Italie, Pologne, France... - cela déboucha sur les soubresauts étudiants très politisés de 1968. Le Japon, le Mexique et le Canada connurent aussi des violences.
(12) On pense bien sûr à Bob Dylan - qui lui aussi endossera à son corps défendant le costume de maître à penser d’une génération - et à Joan Baez, héritiers de Woody Guthrie et de Pete Seger.
(13) De Janis Joplin et de Joe Cocker par exemple.
(14) Sylvain Marcelli in L’Interdit, décembre 2001.
(15) Pour les paroles des chansons :
Bob Dylan
http://www.bobdylan.com/songs/roada...
Canned Heat
http://www.drfeelgood.de/c_heat/s_o...
Francis Cabrel
http://www.paroles.net/chansons/128...
Bernard Lavilliers
http://www.paroles.net/chansons/194...
Gérald de Palmas
http://www.paroles.net/chansons/222...
Raphaël
http://www.paroles.net/chansons/322...
Sources:
- Préface de Yves Buin et dossiers afférents in Kerouac, Jack, Sur la route et autres romans. Paris : Gallimard, 2003, 1419 p. (collection Quarto)
- Gifford, Barry et Lawrence Lee, Les vies parallèles de Jack Kerouac ; traduit par Brice Matthieussent. Paris : H. Veyrier, 1979, 320 p.
Mais aussi :
- Jack Kerouac
- Neal Cassady
- Sur la route
- "Kerouac écrit sur une Amérique qui n’existe plus" par Meghan ORourke
- Chronologie de la vie de Jack Kerouac (1922-1969)
- Hommage à Jack Kerouac
- "La Beat Generation et son influence sur la société américaine" par Elizabeth Guigou
- Errance de Kerouac
- Beatnik
- Hippie
lundi 1 octobre 2007
Jean-Louis Millet
Né en 1946 à Paris dans le quartier chargé d’histoire populaire de la Bastille où j’ai ensuite vécu 20 ans. Au sortir de la guerre, ce coin alors pauvre de la capitale, au passé révolté, était un melting pot des races, des ethnies et des religions et vivait un peu comme un village rendu cohérent et solidaire par sa précarité même. Là, j’ai été « perfusé » à l’humanisme de la tolérance cosmopolite. Ceci était tout à fait en phase avec la pensée camusienne à laquelle je souscrivais : lutter contre toutes les idéologies et les abstractions qui détournent de l’humain. Plus tard, j’ai spiritualisé l’ensemble avec des éléments de la pensée mahayana d’un zen soto occidentalisé.
Autodidacte curieux, j’ai été chimiste puis marketeur et enfin directeur de la communication. Durant ce parcours, je suis allé aux USA, en Israël, au Japon, à Taïwan...
Dans les relations sociales, j’ai développé une activité associative multiple en science et en sports.
Côté détente, j’enchaîne depuis toujours les bouffées de passion : Préhistoire, Basket (joueur), Folk song (guitariste), Chine, Minéraux et Fossiles (chercheur/collectionneur), Photographie, Protohistoire/ les Celtes, Japon, Bonsaï (collectionneur), Bouddhisme(s), Art asiatique, Religions, Ecriture (nouvelles), Poésie (haïkaï et vers libres), Art contemporain (peinture, sculpture, vidéo), avec au milieu de tout çà, des voyages : Italie, Allemagne, Belgique, Pays Bas, Espagne, UK, Antilles, Thaïlande, Afrique du Sud... et toujours en filigrane, la lecture, toutes les lectures.
Tout n’est-il pas dans les livres...
Ces passions sont rassemblées sur trois blogs :
Au hasard de connivences : art et poésie à quatre mains
Le musée improbable : un artiste, une oeuvre vs un artiste une oeuvre
Voix dissonante : car parfois le silence rend complice
Autodidacte curieux, j’ai été chimiste puis marketeur et enfin directeur de la communication. Durant ce parcours, je suis allé aux USA, en Israël, au Japon, à Taïwan...
Dans les relations sociales, j’ai développé une activité associative multiple en science et en sports.
Côté détente, j’enchaîne depuis toujours les bouffées de passion : Préhistoire, Basket (joueur), Folk song (guitariste), Chine, Minéraux et Fossiles (chercheur/collectionneur), Photographie, Protohistoire/ les Celtes, Japon, Bonsaï (collectionneur), Bouddhisme(s), Art asiatique, Religions, Ecriture (nouvelles), Poésie (haïkaï et vers libres), Art contemporain (peinture, sculpture, vidéo), avec au milieu de tout çà, des voyages : Italie, Allemagne, Belgique, Pays Bas, Espagne, UK, Antilles, Thaïlande, Afrique du Sud... et toujours en filigrane, la lecture, toutes les lectures.
Tout n’est-il pas dans les livres...
Ces passions sont rassemblées sur trois blogs :
Au hasard de connivences : art et poésie à quatre mains
Le musée improbable : un artiste, une oeuvre vs un artiste une oeuvre
Voix dissonante : car parfois le silence rend complice
mercredi 1 août 2007
La séduction
« Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts. »
Sigmund Freud
La séduction repose sur des codes inconscients. On est séduisant malgré soi. Pas de technique, pas de manipulation, que de la spontanéité et de l’attention aux autres.
Un être séduisant n’est pas un séducteur. Il avance sans arrière-pensée. Il désire tisser des liens francs et étroits.
Le processus de séduction peut se résumer en quelques points :
État d’esprit positif ;
Être le plus vrai possible. Restez soi-même ;
Être vivant ! Gestuelle riche ;
Être à l’écoute, attentif à l’autre. Pas d’autre volonté que celle de nourrir l’échange ;
Restez simple : effet d’humanité. C’est notre humanité qui nous rend séduisants ;
Se laisser aller ;
Séduire quelqu’un, c’est le « toucher ». Le toucher renforce la proximité, à une condition : sa brièveté (de manière à passer inaperçu). Trop appuyé, un toucher peut engendrer l’effet inverse ;
La sérénité, la voix posée, les gestes lents. Un trop grand empressement déclenche des réactions de fermeture ;
Être soi-même charmé. Sans interaction, il n’y a pas d’échange possible.
Par l’étude de la synergologie, cette méthode de communication qui met l’accent sur l’observation du corps, il est possible de décrypter les codes inconscients de la séduction.
Certains signes non verbaux sont des indicateurs d’ouverture :
Haut du corps en mouvement, se rapprochant de l’autre ;
Inclinaison de la tête (exprimant la capacité à se laisser aller) ;
Visibilité de la partie gauche du visage (mue par l’hémisphère droit du cerveau, l’hémisphère des émotions) créant un climat de douceur ;
Intensité du regard, sa luminosité : vecteurs de rapprochement ;
Symétrie du visage : on ne triche pas avec l’affection, lorsqu’on le ressent, aucun contrôle ne s’exerce sur le muscle frontal, le visage paraît harmonieux ;
Paumes ouvertes traduisant l’ouverture à l’autre ;
Corps détendu, décoincé ; d’ailleurs, quand les émotions nous étreignent, nous ressentons des démangeaisons brèves. Ces micro-démangeaisons témoignent que notre besoin émotionnel de s’ouvrir n’est pas accepté ;
Épaules, bras, poignets et mains s’orientant vers l’autre. En ouvrant ses poignets, le haut du corps s’ouvre et s’avance vers l’autre ;
Position des jambes en direction de l’interlocuteur.
Comment savoir si une personne mime ou non la sincérité ? La synergologie enseigne que, lorsqu’une personne n’est pas sincère, elle a tendance à incliner systématiquement la tête du côté opposé à celui de son interlocuteur. Et puis, cette personne n’écoute pas. Même si elle vous regarde dans les yeux, vous percevez qu’elle est absente. Signe non verbal : une personne qui n’écoute pas cesse de cligner des paupières. Ça ne trompe pas.
Le potentiel de séduction dépend donc de la qualité de notre attention et de notre capacité d’empathie. Être séduisant implique de s’intéresser à l’autre. Pour être attentif aux messages non verbaux d’ouverture que nous transmet l’autre, il importe de développer sa capacité d’observation. Il suffit de prendre le temps d’observer ce qui se passe en soi et autour de soi, d’être attentif et présent.
Source :
Turchet, Philippe, Les codes inconscients de la séduction : Comprendre son interlocuteur grâce à la synergologie, Montréal : Les Éditions de l’Homme, 2004
Sigmund Freud
La séduction repose sur des codes inconscients. On est séduisant malgré soi. Pas de technique, pas de manipulation, que de la spontanéité et de l’attention aux autres.
Un être séduisant n’est pas un séducteur. Il avance sans arrière-pensée. Il désire tisser des liens francs et étroits.
Le processus de séduction peut se résumer en quelques points :
État d’esprit positif ;
Être le plus vrai possible. Restez soi-même ;
Être vivant ! Gestuelle riche ;
Être à l’écoute, attentif à l’autre. Pas d’autre volonté que celle de nourrir l’échange ;
Restez simple : effet d’humanité. C’est notre humanité qui nous rend séduisants ;
Se laisser aller ;
Séduire quelqu’un, c’est le « toucher ». Le toucher renforce la proximité, à une condition : sa brièveté (de manière à passer inaperçu). Trop appuyé, un toucher peut engendrer l’effet inverse ;
La sérénité, la voix posée, les gestes lents. Un trop grand empressement déclenche des réactions de fermeture ;
Être soi-même charmé. Sans interaction, il n’y a pas d’échange possible.
Par l’étude de la synergologie, cette méthode de communication qui met l’accent sur l’observation du corps, il est possible de décrypter les codes inconscients de la séduction.
Certains signes non verbaux sont des indicateurs d’ouverture :
Haut du corps en mouvement, se rapprochant de l’autre ;
Inclinaison de la tête (exprimant la capacité à se laisser aller) ;
Visibilité de la partie gauche du visage (mue par l’hémisphère droit du cerveau, l’hémisphère des émotions) créant un climat de douceur ;
Intensité du regard, sa luminosité : vecteurs de rapprochement ;
Symétrie du visage : on ne triche pas avec l’affection, lorsqu’on le ressent, aucun contrôle ne s’exerce sur le muscle frontal, le visage paraît harmonieux ;
Paumes ouvertes traduisant l’ouverture à l’autre ;
Corps détendu, décoincé ; d’ailleurs, quand les émotions nous étreignent, nous ressentons des démangeaisons brèves. Ces micro-démangeaisons témoignent que notre besoin émotionnel de s’ouvrir n’est pas accepté ;
Épaules, bras, poignets et mains s’orientant vers l’autre. En ouvrant ses poignets, le haut du corps s’ouvre et s’avance vers l’autre ;
Position des jambes en direction de l’interlocuteur.
Comment savoir si une personne mime ou non la sincérité ? La synergologie enseigne que, lorsqu’une personne n’est pas sincère, elle a tendance à incliner systématiquement la tête du côté opposé à celui de son interlocuteur. Et puis, cette personne n’écoute pas. Même si elle vous regarde dans les yeux, vous percevez qu’elle est absente. Signe non verbal : une personne qui n’écoute pas cesse de cligner des paupières. Ça ne trompe pas.
Le potentiel de séduction dépend donc de la qualité de notre attention et de notre capacité d’empathie. Être séduisant implique de s’intéresser à l’autre. Pour être attentif aux messages non verbaux d’ouverture que nous transmet l’autre, il importe de développer sa capacité d’observation. Il suffit de prendre le temps d’observer ce qui se passe en soi et autour de soi, d’être attentif et présent.
Source :
Turchet, Philippe, Les codes inconscients de la séduction : Comprendre son interlocuteur grâce à la synergologie, Montréal : Les Éditions de l’Homme, 2004
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